Le cinéma a cela de merveilleux qu'il nous amène loin de la réalité tout en nous confrontant au monde réel. Le nouveau film de Maren Ade, réalisatrice allemande avec son "Toni Erdmann" fait partie de ce cinéma merveilleux. Un père s'immisce dans la vie millimétrée de sa fille Inès, consultante basée à Bucarest pour une grosse entreprise allemande et la questionne en passant sur le sens de la vie.

 

Pas de star en tête d'affiche

Ne cherchez pas un Brad Pitt ou une #Angelina Jolie, ni même une célébrité du cinéma français dans le nouveau film de la réalisatrice allemande. Ici, pas de visages célèbres et pour cause, le film n'a pas besoin de cela. Car c'était sans compter sur le pouvoir immense du jeu des acteurs. De la première à la dernière minute, "Toni Erdmann" alias le père incarné par Peter Simonischek, nous offre une palette d'émotions qui nous traverse en entier et nous oblige à revoir nos propres précieux moments de notre vie. Sa fille, jouée par Sandra Huller, quant à elle, nous livre une prestation tout en retenue et justesse. La difficile question du bonheur lui est posée par son père : le bonheur est-il dans l'avoir ou dans l'être?

 

Donnons un sens à notre vie

Ces confrontations successives tout au long du film, entre un père décalé mais vivant et sa fille ordonnée mais robotisée, nous bousculent sans cesse. Le père porte sur lui UNE vérité qui dérange sans jamais tomber dans la caricature. Même s'il garde avec lui son sac plastique et son dentier, il n'a de cesse de nous interroger sur le sens de la vie et celui du monde. Celui de la fille jouée par Sandra Huller nous livre une vision acerbe du monde moderne : l infatigable femme d'affaires qui veut prouver qu'elle est la meilleure dans son domaine au point d'en oublier de parler avec son propre père lorsqu'elle le croise à une réunion de famille. Ici le message est simple pour sa réalisatrice Maren Ade : amener l'individu à la réflexion existentielle. Car si le monde est brutal et fragile, aussi bien en #Roumanie qu'en Allemagne ou ailleurs, il n'en est pas moins interdit de s'interroger sur la direction que l'on veut donner à sa vie. D'ailleurs, tout dans le film y est subtil. Même si le père semble lourd dans sa manière d'aborder sa fille et de la déranger, cela est fait avec tant d'amour que l'on en vient à vouloir l'aider à faire l'idiot et à blaguer avec lui. On lui trouve même une certaine délicatesse.

 

L'humour seule antidote à notre passage sur terre

L'humour comme on en fait plus. L'humour à toutes les sauces pour parler des problèmes familiaux. L'humour pour faire prendre conscience du drame humain. Comme dans cette scène où un travailleur roumain plaisante sur une cuvette des toilettes alors qu'autour de lui, des ouvriers, dont lui même peut être, vont être confrontés à la mondialisation. Les émotions qui passent tout au long du film sont de plus en plus grandes car avec la tristesse, s'accompagne la joie de vivre. Avec la colère vient le besoin de tendresse et ainsi le film nous apprend beaucoup sur le pourquoi de l'existence.

 

Ce film vaut mieux qu'une palme

Ce film de Maren Ade vaut mieux qu'une palme dans un festival, car il interpelle le public, il fait rire aux éclats et trouve écho dans une société mise à mal par le pessimisme, la désillusion et le chaos. En réalité, le film de Maren Ade vient d'être élu Film de l'année par la fédération internationale de la presse cinématographique (Fipresci). Ce film va faire grand bruit, ce qu'il a commencé à faire puisque sa réalisatrice allemande va recevoir son prix lors de l'ouverture d'un festival, et non des moindres, celui de San Sébastian du 16 au 24 Septembre, dans le nord de l 'Espagne. Et n'en déplaise aux jurés de Cannes 2016 qui l'ont sans doute boudé : vive tous les "Toni Erdmann". #Célébrité