Jeudi 11 juin, le musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem) a organisé la cinquième partie d'un cycle de conférence sur la peur. Cette conférence traitait de la peur de la mafia et de la corruption. Qui mieux que Roberto Scarpinato, dernier des juges anti-mafia encore en vie, pour traiter de ce sujet ?

Son discours s'est articulé comme une histoire que l'on raconte, une histoire que l'on veut partager. Il a débuté son propos en exposant ses débuts à Palerme. On lui racontait et montrait ce que cette ville était vraiment, une ville de terreur. On lui montrait des enfants qui dessinaient à la craie sur les trottoirs, somme toute, rien d'extraordinaire. Mais ils dessinaient la place des corps, tués par la Mafia.

Il développait l'idée que ce qu'il peut se passer - et se passe tous les jours ailleurs - a un autre sens à Palerme et en Sicile en général. Il a donné l'exemple de deux personnes qui se rencontrent, qui discutent, l'un d'entre eux lui dit "hier, j'ai vu ta fille sortir de l'école, qu'est-ce qu'elle a grandi ! On m'a dit qu'elle était douée à l'école, c'est génial !" Cette remarque, qui semble quotidienne et amicale, à Palerme prend en tout autre sens : " Si tu ne fait pas ce que je te dis, ta fille, tu ne la reverra plus".

Vivre à Palerme selon lui c'est vivre dans un monde où tout compte, où il faut faire attention à tout, où chaque parole (ou non parole), chaque acte (ou non acte) à une influence sur ton future (ou ton non future).

La Mafia selon le dictionnaire c'est une "bande ou association secrète de malfaiteurs". Selon Roberto Scarpinato c'est bien plus que ça. C'est une « institution » hiérarchique qui contrôle tout, mais de façon invisible et détournée. La peuple est alors aveuglé et ne peut comprendre. La mafia est quelque chose de tellement fort, que l'on ne se doute pas de tout ce qui peut se cacher derrière ce mot. Derrière ça se cachent des hommes politiques, des avocats, des prêtres, des policiers, des journalistes, des bourgeois et des prolétaires. Volontairement ou pas, la mafia fait partie intégrante de notre société.

La mafia fait tellement peur qu'elle contrôle tout. Un mafieux peut aller voir un médecin lambda et lui demander de faire un certificat pour annoncer à la justice qu'un autre mafieux en prison, ne peut pas y rester pour des raisons de santé. La peur fait que tout le monde est manipulé par la mafia. Que ce soit comme dans ce cas une manipulation visible, palpable, ou dans les autres cas, une manipulation invisible.

Dans le milieu mafieux il y un leitmotiv "tu ne dois pas avoir peur car tu vas respecter les règles". Mais quelles règles, les règles de la justice ? Pas tout à fait, les règles de la mafia. La mafia est une "institution" hiérarchique, dans sa constitution humaine et dans ces codes. Les sentences de non respect des règles mafieuses peut entrainer la mort, ou pire, la mort sociale, disparaitre, ne plus être personne, un inconnu, un fantôme.

Aujourd'hui la mafia à changé. Selon Roberto Scarpinato la Mafia est devenu une Mafia de cols blanc, une mafia bourgeoise, diplômée et par conséquent plus chirurgicale dans ses attaques. Leur pouvoir n'est plus de l'oppression physique par la peur mais plus de la corruption.

Une question a été posée lors de la rencontre : est-ce que la peur de la Mafia est la même que la peur du terrorisme ? Pour Roberto Scarpinato c'est différent, la Mafia est une peur qui vient de l'intérieur, proche de chez nous, il y a des mafieux que l'on a vu grandir, avec qui on a été à l'école. Le terrorisme c'est extérieur.

« L'humanité réside dans la fragilité donc dans la peur. » disait Fethi Bensalama en propos introductif de cette rencontre. La mafia crée la faiblesse et la fragilité. Des personnages comme Falcone se sont montrés forts et ont initié ce sentiment de confiance, comme une nécessité pour se construire et créer un mécanisme de confiance réciproque et donc de force. Avant Falcone, Borsalino ou encore Scarpinato, le peuple était « orphelin », ils sont devenus alors une famille, un collectif. Et c'est ce collectif qui va faire que la Mafia va devenir faible fasse au peuple. Collectif humain, qu'en est-il du collectif politique ? #Démocratie #Marseille culture