Blasting News. Pourquoi avoir créé l'UDMF, l'Union des Démocrates Musulmans Français ?

Nagib Azergui. La création de notre parti résulte d'un constat fort : ces dernières années, et c'est encore plus le cas depuis les tragiques attaques de janvier dernier, il y a en France un profond repli identitaire face aux valeurs de la République. C'est un constat que l'on peut étendre à l'échelle européenne, où l'Islam est décrié, où cette foi est devenue un thème de campagne électorale depuis 2004. Autant de considérations qui participent à la stigmatisation, à beaucoup de discrimination, ainsi qu'au désoeuvrement d'une certaine catégorie de Français. Il faut apporter une réponse politique à ce problème.

Quelles sont vos ambitions politiques, que voulez-vous apporter sur la scène politique française ?

Notre ambition, c'est l'union nationale. Nous voulons reconstruire les ponts qui ont été détruits au fil des années au sein de la société française. Nous nous rendons compte aujourd'hui que les gens ne se connaissent plus. Que de plus en plus, on vit dans la peur de l'autre, et c'est avant tout ce contre quoi nous voulons lutter. Il n'est pas question pour nous de promouvoir une islamisation de la France, mais d'apporter un regard responsable sur ce qui se passe dans notre pays. L'un des dossiers les plus important, c'est l'éducation. Il faut s'intéresser aux quartiers, il y a un travail profond à accomplir avec les familles, sur le terrain associatif. il faut développer le travail collaboratif, le débat, permettre aux populations qui se sentent aujourd'hui discriminées de se réapproprier leur cadre de vie et arrêter de marginaliser une jeunesse qui se sent désoeuvrée. Nous avons une place à prendre, et un rôle à jouer.

Ne craignez-vous pas que l'arrivée sur la scène politique française d'un parti musulman contribue à renforcer les clivages ou à alimenter les peurs d'une partie des Français ?

Tout d'abord, nous comprenons ces craintes, cette hostilité à l'égard de l'Islam ou d'un parti comme le nôtre. Beaucoup de choses ont été dites, et de nombreux amalgames ont été faits. Le traitement réservé à l'Islam par le monde politique ou par les médias contribue selon moi à cette course vers le soi-disant "choc des civilisations". Mais, pour revenir aux attentats de janvier 2015, il faut savoir que tout le monde est touché par le terrorisme, par les sectes et les gourous. Nous nous devons d'être tous solidaires et engagés vers un avenir meilleur. C'est à nous de montrer, dans le débat politique, nos valeurs, notre légitimité. C'est à nous, la majorité silencieuse, de prendre la parole ailleurs que sur le terrain religieux. Nombreux sont ceux qui perçoivent, à tort, l'Islam comme une menace. Et c'est sur le terrain politique, dans les débats de société, que nous devons mener ce combat. #Élections