Sa vie fut indéniablement liée à celle de son pays. Pourtant, l'histoire de Johnny Clegg n'avait réellement rien de si évidente. Venue d'une famille juive lituanienne et polonaise installée en Rhodésie du sud, sa mère, Muriel Brando rencontre, durant ses études à l'université de Johannesburg, Denis Clegg, un étudiant non juif. Contre l'avis de son père, elle l'épouse et le couple part s’installer en Angleterre où ils donneront naissance à Jonathan. Six mois plus tard le couple divorce et Muriel et Jonathan repartent en Afrique du Sud, où la jeune femme élèvera son fils dans la ferme familiale.

Une rencontre déterminante à l'âge de 15 ans

C'est au milieu de cette savane africaine que Johnny Clegg va grandir et faire une rencontre déterminante : Mntonganazo Mzila, un musicien de rue Zoulou. A partir de cet instant, le jeune homme va trouver sa voie, il va se lancer dans des études d'anthropologie pour mieux comprendre les origines de son pays et de ses hommes, s'initier à l'art de la danse et surtout à la culture Zoulou. Dépassant toutes les barrières imposées par l'apartheid, la future star sud-africaine ne se considérera plus comme juif, ni comme anglais, mais comme Africain Zoulou.

Pour cela, le jeune homme va enfreindre toutes les lois interdisant aux noirs et aux blancs de se mélanger, et se lancer corps et âmes dans sa nouvelle identité : celle du Zoulou Blanc.

Le succès arriva avec le duo Juluka qu'il forma avec Sipho Mchunu

C'est à cette époque que Johnny Clegg va rencontrer Sipho Mchunu, un guitariste réputé, avec qui il va créer un duo impensable pour l'époque. Les deux hommes, qui vont très vite se considérer comme des frères, vont imposer, avec difficulté, du fait des lois de leur pays, une Musique hybride entre les influences rocks et celtes de Clegg et Zoulou de Mchunu.

En 1976, le duo se lance avec un premier album « Woza Friday (Come Friday) ». La surprise est totale et le style Clegg est né. Le duo s'appellera « Juluka » et mélangera les textes anglais et Zoulou. Le premier album sera censuré mais le deuxième « African Litany » connaîtra un succès national. Suivront trois autres albums qui installeront le duo au rang de stars nationales. Mais Johnny Clegg voit plus grand, plus loin, il veut conquérir le monde. Alors que Sipho vit mal le succès et quitte l'aventure, signant la fin de Julula. Les deux amis ne se perdront pourtant jamais de vue.

Le carton planétaire en 1985 avec Savuka

En 1985, Johnny Clegg, qui a toujours eu conscience des errances de son pays, va monter un nouveau groupe « Savuka » avec lequel il va sortir son succès planétaire : « Third World Child ». Un album dans lequel l'artiste va devenir plus politique, aborder des sujets aussi difficiles pour l'époque que le mur de Berlin (Berlin Wall) ou encore la non-reconnaissance de la culture Zoulou dans son pays. Avec « Scatterlings of Africa » Clegg s'ouvre les portes du monde entier.

Et c'est avec « Asibonanga », une chanson en hommage à Nelson Mandela, dans lequel il parle de cet homme, qui s'est opposé en toute non-violence, contre les puissants de son pays qui ont bafoué les droits des noirs sur leurs terres. Un homme dont, à l’époque, tout le monde parlait mais que personne ne voyait. Johnny Clegg va alors faire regarder le monde en direction de l’Afrique du sud. Mais la mixité de sa musique va se retourner contre lui. Alors qu'il porte la parole de son pays, et qu’il est le porte-parole légitime de la lutte contre l’Apartheid, les organisateurs d'un concert à Wembley en 1988, demandant la libération de Mandela, avec tout ce que la planète musicale comprenait de stars : simple Minds, U2, Sting et bien d’autres, ne sachant pas comment utiliser son image, ne l'invitèrent pas.

En 1990, Nelson Mandela est libéré et Johnny Clegg continue encore à écrire et composer mais son pays est en mutation et l'artiste doit se réinventer. C'est à ce moment qu'il commence à ressentir un besoin de prendre de la distance. En près de 15 années il ne sortira que 3 albums. En octobre dernier, Johnny Clegg avait annoncé être atteint d'un cancer du pancréas incurable et que ses jours étaient comptés. A l'image de sa vie, il aura affronté la maladie avec force et sérénité. Il s'est éteint ce mardi 16 juillet, laissant une œuvre unique et l'exemple d'un amour pour son pays qui s'est intimement lié à sa carrière.

Le Zoulou blanc est parti rejoindre la terre de ses ancêtres.

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