Alors que l’opposition dénonce depuis des mois les tentatives de fraude électorale, un nouveau scandale, peut-être celui de trop, est venu semer le trouble quelques jours avant le scrutin présidentiel.

Le 29 juillet 2018, le Mali va prendre les urnes et voter pour son nouveau Président de la République. Ces élections ne se font toutefois pas dans un contexte serein. Outre la menace terroriste, constante, l'apparition d'un fichier parallèle d'électeurs à quelques jours du scrutin a mis le feu aux poudres.

Publicité
Publicité

C'est l'équipe de Soumaïla Cissé, candidat et favori à la présidentielle, qui a dénoncé l'existence de la fameuse liste. En avril, le fichier validé par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qui aide au bon déroulement des élections, en contenait près de 8 millions d'électeurs. Problème : quelques mois plus tard, le fichier officiel mis en ligne sur le site de la Direction générale des élections (DGE) malienne en compte largement plus.

Soumaïla Cissé, principal opposant au président sortant IBK dans un meeting à Bamako.
Soumaïla Cissé, principal opposant au président sortant IBK dans un meeting à Bamako.

« Nous sommes au regret de constater qu’il y a 275 761 doublons d’électeurs dans le fichier mis en ligne. Pour nous, la responsabilité du gouvernement est entachée de ce qui s’apparente à une vaste tentative de fraude tendant à prendre en otage le vote du peuple malien », a affirmé Tiébilé Dramé, directeur de campagne de M. Cissé, dans une conférence de presse à Bamako vendredi 20 juillet. À cela s'ajoute des bureaux de vote fictifs, "par milliers".

Publicité

Un fichier parallèle en tout point différent

La révélation a fait l’effet d’une déflagration. Si l’accusation a été rapidement contestée par les autorités maliennes, celles-ci ont cependant reconnu l’existence du second fichier. « Il ne s’agit pas d’une volonté de fraude, mais d’une erreur informatique », a minimisé le général Siaka Sangaré, président de la DGE, précisant qu'un correctif serait apporté rapidement.

Insuffisant pour l’opposition, qui n’est guère convaincue par l’explication du “bug” mis en avant par l’exécutif.

Le camp Cissé a ainsi appelé de ses voeux à une solution politique, plus que technique, et a plaidé pour l'intervention de la communauté internationale. Même son de cloche du côté de la Direction de campagne du candidat Cheick Modibo Diarra, un autre opposant au président actuel Ibrahim Boubacar Keïta (dit IBK). Ce dernier dénonce même quant à lui une liste allant jusqu’à plus de 1,2 millions d’électeurs fictifs, ce qui achève de jeter le trouble sur les élections à venir.

Au point que l’ancien président, Moussa Traoré, est sorti de son silence, appelant à “régler cette question avant dimanche”.

Publicité

Le camp Cissé, aux portes du pouvoir ?

Il faut dire que pour l’opposition, chaque vote compte, notamment pour Soumaïla Cissé. Arrivé deuxième lors de l’élection présidentielle de 2013, "Soumi" est bien placé pour ravir le siège de son ancien adversaire, mais les votes s’annoncent serrés.

Mais le challenger du président IBK peut compter sur des ralliements de taille. Lundi 23 juillet, il a reçu le soutien de l’ancien ministre et candidat à l'élection de 2013 Hamed Sow.

Publicité

M. Sow a estimé que le projet de société de Soumaïla Cissé est « le plus cohérent » car il prend en compte les principales préoccupations des citoyens, notamment la corruption, le prix des denrées alimentaires, la réforme de l’école et la mise en œuvre d’une politique de santé et de protection sociale universelle.

Pour l’ancien ministre, l’élection de Soumaïla Cissé permettrait surtout au pays de tourner la page après un quinquennat désastreux. « Si le Mali était une entreprise, elle serait aujourd’hui en cessation de paiement. Le président a échoué sur toute la ligne. Un échec sur le plan sécuritaire avec des attaques presque quotidiennes. Un échec économique avec d’énormes difficultés pour les populations pour subvenir à leurs besoins, un échec social avec la multiplication des grèves. Une gouvernance erratique, un régime abonné aux scandales. Un président dépensier », résume, implacable, Hamed Sow.

Lire la suite et regardez la vidéo