Le projet STIR, pour Système de Transport Intelligent de la Réunion, est un projet porté par le Syndicat mixte des transports de la Réunion. L’objectif est de développer la mobilité durable puisque l’île souffre d’un « trop plein » de voitures, les transports en commun étant insuffisamment développés. La procédure d’appel d’offres a été lancée, incluant trois lots. Le premier concerne la billettique, le second le service d’aide à l’exploitation et le dernier l’Information voyageurs. Les trois lots ont été remportés par la filiale digitale de la RATP « Ixxi » en août 2017. Mais depuis, rien n’a bougé. Enfin, presque.

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L’offensive des concurrents

Des exploitants locaux n’ont pas tardé à passer à l’action. Par crainte de perdre une position confortable, Transdev a subitement demandé à sa filiale Cityway de réaliser gratuitement un service d’information voyageurs incluant la recherche d’itinéraires. Or, ce service correspond au lot 3, remporté par l’un de ses compétiteurs (Ixxi) suite à l’appel d’offres. Une générosité qui tombe à point nommé ?

De son côté, Ixxi n’a jamais eu de feu vert pour démarrer les projets.

A La Réunion, le projet STIR ambitionne de révolutionner le transport grâce à la multi-modalité pour s’adapter aux particularismes de l’île
A La Réunion, le projet STIR ambitionne de révolutionner le transport grâce à la multi-modalité pour s’adapter aux particularismes de l’île

Et pour cause. Un vote du SMTR en mai 2018 a conduit à l’arrêt du projet STIR. Pourtant, un nouvel acteur, l’AFD (Agence Française pour le Développement) se propose de prêter main forte et de soutenir financièrement le projet. Malgré ce soutien financier, rien ne bouge et dans l’ombre, on soupçonne le lobbying discret du plus grand opérateur de l’île. C’est « qu’il ne fait pas bon parler à la presse ni aux présidents des collectivités à qui Transdev apporte seule la bonne parole » résume le Journal de l’Ile de la Réunion (JIR), dans un article au titre évocateur, Transdev, une interface influente auprès des collectivités.

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En une phrase, l’article traduit le clientélisme présent à La Réunion et les liens étroits entre les acteurs du secteur privé et les politiques.

On y apprend notamment qu’entre Frédéric Delouye, président de Transdev Services Réunion, et le président de la Semittel, Albert Périanayagon, des liens affectifs existent : l’une des filles de Delouye occupe le poste de DRH à Semittel, tandis qu’une autre a fait carrière chez Transdev en métropole. Semittel est une SEM, une société d’économie mixte partenaire historique de la Communauté intercommunale des villes solidaires (CIVIS) et du CASUD, deux des réseaux urbains de transport de l’île.

Elle entretient depuis longtemps des liens étroits avec Transdev : un rapport de la Cour des comptes en 2004 révélait, déjà, que le représentant de Transdev assurait la défense juridique de la Semittel.

Coutumier du fait ?

Un mélange des genres public-privé qu’un dirigeant d’une PME de Transports, Eric Caroupapoulle, avait exposé publiquement en 2017. Le dirigeant de Transport C.Joseph dénonçait alors l’abus de position dominante réalisé par Transdev, Mooland et Fontaine. Trois entreprises bien connues localement et présentes dans toutes les SEM (sociétés d’économie mixte) et marchés de transport public de la Réunion.

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Elles poussent inexorablement vers la sortie les PME et autres transporteurs « pour les marchés de délégations de service public CASUD, TCO et CIVIS » expliquait-il sur zinfos974.

En France, dans un autre secteur, le cartel de la lessive dont les prix avaient explosé en quelques années avait été condamné pour entente. Les dirigeants se réunissaient secrètement et déjeunaient en catimini pour réaliser leurs arrangements. Des pratiques qui avaient été lourdement sanctionnées par la Commission Européenne.

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A la Réunion, en attendant que l’Autorité de la concurrence rende sa décision, le secteur du transport reste entre les mains d’un petit groupe de puissants. Certains politiques n’hésitent pas à dénoncer le « lobbying agressif du transport » comme Jean-Pierre Marchau, député EELV local. Malgré ces accusations, les protagonistes ne semblent pas inquiétés. En électron libre, Transdev peut œuvrer à maintenir et renforcer son positionnement en comptant sur ses appuis locaux. Quant à la maison mère Transdev, qui vient de lancer sa navette électrique et autonome I-Cristal en grande pompe, peut-elle ignorer plus longtemps ce qui se trame sous les cocotiers ?

Depuis la loi NOTRe qui confère aux régions le pilotage des transports les yeux se tournent désormais vers Didier Robert, le président de l’exécutif régional, pour que cessent ces arrangements. Et pour que la mobilité durable à la Réunion ne soit pas qu’un doux rêve...

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