Aujourd'hui, nous vous relaterons l'histoire de la Chéchia, ce couvre-chef pour hommes à l'origine tunisien(fait à base de laine naturelle) ayant une surface plate, une couleur traditionnelle rouge vermillon et surtout une texture souple.

ORIGINE

La chéchia fut importée en Tunisie depuis l'Espagne par les Maures expulsés après la prise de Grenade en 1492. C'est au 17e siècle qu'elle est devenue une véritable industrie en Tunisie. Ses artisans sont appelés les chaouachis, statut obtenu après avoir obligatoirement gravi des échelons pour monter en grade et passé des examens devant un comité d'artisans confirmés; et pour cause, la fabrication de la chéchia était considérée comme un art raffiné obéissant à des principes traditionnels stricts!

PROCESSUS DE FABRICATION

Le processus de fabrication de ce bonnet en laine se faisait suivant une division du travail et une répartition géographique en étapes consécutives:

  • 1) La laine était importée de l'Australie car y étant de loin la meilleure; la laine de moutons tunisienne étant de nature bouclée, le rendu aurait été raté d'office.

  • 2) Le filage de la laine dans les villes de Djerba et Gafsa.

  • 3) Le tricotage de la laine filée à Ariana par des femmes spécialistes appelées Kabbasat permettant d'obtenir des Kabbous (de grands bonnets blancs ).

  • 4) Le lavage à l'eau chaude et au savon, et le foulage aux pieds masculins dans l'usine de El Batan afin de détremper les Kabbous et faire disparaître les mailles du tricot, permettant ainsi d'apercevoir les premières formes de ce mini chapeau.

  • 5) Le cadrage ou peignage à El Allia initialement réalisé au moyen du chardon( qui jadis permettait de réaliser le cadrage), mais à présent fait avec une brosse métallique permettant à présent le peignage.

  • 6) La teinture en rouge, couleur traditionnelle originelle faite à Zaghouan.

  • 7) La Mise En Forme à Tunis dans les ateliers du Souk (entendez par là places du marché, où seront également exposées ces mini chapeaux pour la vente). Lors de cette dite mise en forme, ils y sont repassés longuement, humidifiés puis repassés de nouveau afin de leur donner forme.

  • 8)Et enfin, les finitions à Tunis, toujours dans cesdits ateliers pour les étiquetter avec le logo du chaouachi concepteur. Une fois les chéchias prêtes, une partie( dont 5% du volume produit) était écoulée dans les Souk et le reste écoulé à l'extérieur(Maroc, Algérie, Turquie, Libye, Niger, Cameroun, etc...).

Évolution

S'il est vrai que ce bonnet a connu un succès fulgurant à la fin du 18e siècle, il n'en demeure pas moins que sa demande a chuté considérablement au fil du temps: et pour cause, à la suite de l'indépendance tunisienne en 1956, l'arrivée des produits manufacturés, et des coutumes occidentales a profondément influencé les moeurs locales. Désormais, on ne l'apercevait plus que lors des vacances et des fêtes religieuses; de plus, le métier étant pénible , l'usine d'El Batan étant vieille de depuis 1901, et le désengagement du gouvernement à soutenir la fabrication des chéchias avaient largement contribué à la baisse de sa fabrication.

C'est pourquoi dans les années 90 les chaouachis ont essayé de l'innover en variant les couleurs, les formes pour répondre aux exigences des pays achéteurs. Ainsi:

  • Au Maroc il se retrouve conique, plus haut et rigide , et y est surnommé Fez.
  • En Lybie il devient noir sauf a Benghazi( seconde ville après Tripoli).
  • En Turquie il apparaît aussi plus haut et est surnommé Chéchia Stambouli".
  • Dans certaines régions tunisiennes on peut désormais le découvrir en couleur blanche ou grise.
  • L'on en rencontre même désormais pour les femmes, très coloré.

Certes avec ce souffle d'air frais, l'on a enregistré peu après une augmentation de la demande, mais avec le temps elle a fini par rechuter. Néanmoins, selon des chiffres officiels , l'on apprend que 80% de chéchias avaient été vendus en 2007 en Algérie, au Soudan, au Maroc, dans le moyen orient, mais aussi en Asie, preuve qu'elles restent tout de même prisées.

De nos jours, de nombreuses industries modernes fabriquent déjà en parallèle des chéchias ou fez industriels, mais la qualité n'est pas aussi excellente que les chéchias artisanales.

Quoiqu'il en soit, la chéchia demeure une caractéristique tunisienne comptant parmi ses symboles de richesses patrimoniales. D'ailleurs, elle est de plus en plus utilisée lors des manifestations populaires visant à signifier des revendications quelconques. Il revient donc à nous africains de pérenniser nos cultures en recommençant à les revaloriser !

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