À chaque passage au supermarché, le même dilemme me hante. Rien que d'y penser, je sue, je suis agité, je me mordille les ongles et les avale. Le sujet est sensible. Si le marché libre de type capitaliste a accouché d'un défaut (qui n'est pas la destruction de tout signe d'humanité via sa transformation en marchandise monnayable), c'est l'excès de choix. J'ai pas envie de choisir mon papier toilette. Ça ne me dérange pas qu'un dictateur adipeux et paranoïaque s'en occupe pour moi. Que faire ?

Mon choix s'est porté sur la quasi gratuité

C'est une question de principes.

Ça vaut pas le coup de claquer plus de 0,99€ pour des demi-rouleaux de sopalin.

D'autant plus que ça va terminer souillé puis jeté dans la cuvette, un peu comme toutes mes relations amicales. Bon, certes, niveau descriptif c'est pas sexy. L'emballage est sobre, il a un arrière-goût de propagande communiste. La typo fait un peu peur, on dirait qu'il s'agit d'une police d'écriture créée spécifiquement pour donner une sensation de vulnérabilité. Le plastique transparent qui tient les rouleaux a certainement déjà servi à tuer quelqu'un, vu la texture. D'ailleurs, ce genre de plastique ne se dégrade pas dans la nature, même après quelques millions d'années. Même après que le soleil ait englouti notre planète, même après que les galaxies soient mortes, même après la fin du film. Ce plastique pollue toujours quelque chose dans l'Univers.

Passons aux rouleaux : rose mais pas rose bonbon. Rose comme du sang infecté par Ebola dilué à l'eau du robinet de Tchernobyl.

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Texture : assez râpeux pour rayer du diamant, fond en petits pâtés rosâtres au toucher à cause de l'humidité de la main. Verdict : parfait pour essuyer des fesses de crevard, à raison d'un rouleau par session.

J'ai choisi celui qui allait me coûter un bras

Rends le caddie instantanément bourgeois.

J'économise pendant quelques mois avant de faire cet achat-coup-de-coeur. L'emballage est d'une telle qualité que je le garde à la maison après l'avoir ouvert. D'ailleurs il sent bon, et si on le lèche il a des vertus antidépressives. Dessus, il y a des dessins chaleureux et une dédicace par un grand couturier. À l'intérieur, il y a un jeu-concours avec la possibilité de revenir 20 ans en arrière pour ne plus refaire les mêmes erreurs.

Les rouleaux... Peut-on appeler ça des rouleaux ? Il s'agit plutôt de papyrus célestes. L'inconvénient c'est qu'on n'a pas du tout envie de l'utiliser, vu le degré de luxe atteint.

Enfin, si, peut-être, mais en tant que doudou ou meilleur ami. Ce PQ est tellement doux qu'il a mis fin à la guerre 14-18. C'est d'ailleurs en son honneur qu'on lance des rouleaux de PQ de nos jours dans les stades de foot [VIDEO].

Conclusion

Ah, vous lisez toujours ? Bref, faites pas chier, achetez une marque de distributeur pas trop chère et pas trop pourrie. Et si vous voulez toujours pas claquer de thunes, voilà une combine : allez dans une brasserie avec un sac à dos, commandez un expresso et demandez où sont les wc. Rentrez et dévalisez tout ce que vous pouvez dévaliser. À noter que le prix de l'expresso est en directe corrélation avec la qualité du PQ. En sortant, buvez votre café. N'oubliez pas de voler la cuillère [VIDEO].