Octave Mirbeau reste-t-il considéré trop "politiquement incorrect" et "potentiellement subversif" (ainsi Wikipedia le caractérise-t-elle) pour le ministère de la Culture ? L’auteur des Contes cruels et du Journal d’une femme de chambre (quatre fois porté à l’écran, dont par Jean Renoir et Luis Buñuel), mais aussi de multiples pièces de théâtre, de milliers d’articles, était aussi un critique d'art avant-gardiste et un mécène de peintres dont les œuvres forment le fonds de référence du musée d’Orsay. Mentionnons, parmi ceux qu’il a soutenu par ses écrits ou ses acquisitions, Bonnard, Camille Claudel (et Rodin), Cézanne, Daumier, Gauguin, Maillol, Monet, Pissarro, Seurat, Signac, Utrillo, Van Gogh, ou encore Vallotton.

 

Si le ministère de la Culture approuve formellement les initiatives de la Société Octave Mirbeau dans le cadre du centenaire, le musée d’Orsay, dont il conserve la tutelle, a opposé une fin de non-recevoir après trois ans de sollicitations restées caduques ou entraînant des réponses dilatoires. Plus question de parcours thématique, ni de représentations théâtrales, ni même de conférences dans l’auditorium. Pas même de visite guidée, pourtant, dans un premier temps, accordée.

 

L’écrivain Alain (Georges) Leduc, auteur de romans mais aussi d’un dictionnaire de la peinture, qui seconde le président Pierre Michel au sein de la Société Octave Mirbeau, mène campagne pour faire revenir la direction du musée sur ces reniements. Par ailleurs, une pétition sera lancée sur Change.org.

 

Ce n’est pas la première fois que Mirbeau se retrouve, en quelque sorte, ostracisé, mis à l’écart, voué à l’oubli. Comment comprendre que La Pléiade, qui publie Jean Genet, n’ait pas consacré un coffret d’œuvres complètes aux romans et pièces de théâtre d’Octave Mirbeau ? Cela tient, en partie, au peu d’intérêt d’une grande partie des universitaires : les mémoires de mastère ou les thèses sur Mirbeau sont rares, trop souvent négligées. Il est le plus souvent absent des manuels scolaires, catalogué érotomane, inclassable, nihiliste davantage qu’anarchiste.

 

Pourtant, de son vivant, ses 11 romans, ses huit pièces, et ses multiples récits et contes, de même que ses critiques littéraires ou sociales (contre le colonialisme, le racisme, la guerre, pour Dreyfus, le féminisme, les luttes sociales…) furent salués par les intellectuels de son temps, dont Stéphane Mallarmé et Rémy de Gourmont ou encore Émile Zola.

 

Antireligieux, antimilitariste tel un Siné, incitant à la Grève des électeurs, fustigeant la finance et la presse vénale, pamphlétaire féroce car portant le fer dans la plaie, Mirbeau dérange encore. Son actualité s’affirme encore de par sa dénonciation des œuvres charitables (renommées humanitaires) qu’il qualifia de juteux placement de fonds.

 

Libertaire (voire libertarien au sens actuel, mais aussi anti-libéraliste), Mirbeau était sans doute le libre-penseur le plus fécond de son temps. Est-ce qui fait frémir la direction du musée d’Orsay ? Pour la Société, il s’agit d’une "immense et cruelle déception". Partagée par toutes celles et ceux qui veulent encore croire que la littérature, le #Journalisme, et plus largement, la culture, peuvent encore influer sur la marche du monde… ou notre discernement. #Art