Dimanche soir. Rien de bien excitant à la TV, envie de bouger. Ça fait un moment que #The Greatest Showman me fait de l'œil avec son #Hugh Jackman qui laisse tomber les griffes pour pousser la chansonnette, le retour à la comédie musicale d'un certain Zac Effron (qui donc ?), et sa promesse d'un spectacle visuel et musical. Quoi de mieux pour sortir un peu de la morosité des jours froids et pluvieux ? Puis les entrées au box-office [VIDEO] sont plutôt encourageantes, tout comme les nominations aux Golden Globes [VIDEO] et aux Oscars [VIDEO] du film... C'est décidé, ce soir ce sera ciné !

Cependant... Peut-être aurais-je dû jeter un coup d'œil aux critiques et ne pas me fier aux affiches et à quelques extraits avant de me rendre en salle.

Loin d'avoir passé un mauvais moment, je ne m'attendais pas à ça. Déçue ? Un peu, c'est vrai. Surprise ? Pas nécessairement dans le bon sens du terme. Est-ce que je le reverrai ? Malgré tout, probablement. Est-ce que j'écoute la B.O. en boucle depuis ? Absolument (shame on me). Alors qu'est-ce qui divise autant le public et les critiques ?

Une absence de fond historique et diégétique...

Etais-je naïve de penser qu'un biopic sur l'inventeur du cirque moderne (Phineas Taylor Barnum, incarné par Hugh Jackman), m'offrirait un petite leçon historique et ludique sur ce personnage, le spectacle et la société du XIXe siècle ? Il faut croire que oui, car à mon grand désarroi, le degré d'historicité de ce film tourne autour de zéro. À peu près.

La mise en scène évoque vaguement quelques petits problèmes sociétaux (industrialisation, vie ouvrière, lutte des classes, racisme - sans faire cas de la condition animale, qui a quand même valu un sacré paquet de procès aux héritiers de ce cher Phineas, jusqu'à provoquer la faillite du cirque en 2017) mais sans jamais les explorer en profondeur - ni même gratter un tout petit peu la surface -, et encore moins prendre parti.

Le film de Michael Gracey - petit nouveau à la réalisation cinématographique - est un coup d'essai en demi-teinte en raison de ce manque de vérité historique. Il suffit de se pencher un tout petit peu sur le contexte de l'époque pour comprendre que des enjeux majeurs maintenaient les populations en tension, loin des bons sentiments de The Greatest Showman. Je me suis d'ailleurs arrêtée après coup sur la vie de ce cher P.T. Barnum, vous savez, ce bon samaritain un peu ambitieux qui voulait rassembler tous les freaks rejetés de la société en une belle et grande famille. Comment ça il n'a jamais fait ça ? Vous êtes sûrs ? Réunir les gens en marge physiquement (gens de couleur ou atteints de difformités quelconques, frères siamois, malades) à la vue des Américains bien blancs et bien bourgeois, ce ne serait donc pas de la philanthropie ? Eh bien non, en effet. Figurez-vous que notre ami Phineas était par exemple un charmant partisan des zoos humains, chose tout à fait éludée dans le long-métrage.

Le peu de véracité du film ne peut que faire tâche aujourd'hui. Et si encore la trame se tenait... Mais même pas. Les chansons s'enchaînent et font défiler l'histoire sous nos yeux sans vraiment s'attarder sur les faits ou les personnages qui, en somme, ne bénéficient d'aucune portée psychologique. Se souviendra-t-on au moins de leur nom ? Certainement pas. À la manière des spectateurs de l'époque, nous les évoquerons en faisant référence à leur caractéristique physique. Pour un film qui prend le parti de redonner une dignité à ceux à qui on n'en donne pas, c'est tout de même dommage. Même les personnages principaux sont vides. Quant aux idylles de Hugh Jackman et Zac Effron, elles n'ont pas non plus l'intensité suffisante pour nous faire rêver ; niaises tout au plus, elles sont pathétiques en vérité.

... qui n'empêche pas le divertissement

Qui que tu sois Michael Gracey, tu nous offres un casting qui pèse lourd. Certains ont parlé d'un Hugh Jackman fatigué. Que nenni ! À lui tout seul il porte le film. Nous pouvons aussi applaudir la prestation juste de Michelle Williams (qui interprète l'épouse de Barnum) et même, à moindre mesure, la jeune génération qui apporte sa fraîcheur - mièvre certes - au long-métrage.

Toute cette joyeuse équipe s'échine donc à chantonner et à sautiller sur des chorégraphies peu novatrices, mais au moins le spectacle est assuré. Pour ceux qui toutefois s'attendaient à voir des numéros de cirques, ils repasseront. En dehors de quelques scènes de trapèze, le spectacle s'arrête ici. En somme, à défaut d'avoir une histoire à raconter, le réalisateur nous propose un divertissement au sens premier : oublions le manque de fond et concentrons-nous sur la poudre de perlimpinpin.

Peut-être que c'est là, finalement, l'essence de The Greastest Showman : un film qui nous parle de #Cinéma, ou du moins de loisir. Le thème de la "couleur" comme symbole d'évasion et de rêve à poursuivre revient à plusieurs reprises dans les chansons, comme pour inviter le spectateur à sortir de son train-train morose pour s'offrir un moment loin des préoccupations du quotidien. Tout au long du film, la troupe du cirque invite le public à venir voir son spectacle, et tente de rappeler auprès d'elle l'un des personnages principaux qui semble abandonner ses millions de rêves pour courir après la reconnaissance sociale.

The Greatest Showman propose un bon moment de divertissement, néanmoins il ne doit pas détourner totalement l'attention du public : il y a des vérités historiques qui trouvent encore leur écho aujourd'hui, et si quelques chansons et paillettes sont toujours bonnes à prendre, les consciences ne doivent pas oublier de s'éveiller à nouveau une fois sorties des salles de cinéma.