Le Président Trump a changé de logiciel en matière de politique étrangère. Au cours de la campagne électorale qui l'a opposé à Hilary Clinton, Trump a été clair sur un point : renforcer la forteresse américaine grâce à un isolationnisme relatif dominé par un protectionnisme intransigeant, une discussion sans concession avec Poutine pour rétablir l’ordre international, un désengagement progressif des Etats Unis du Moyen-Orient et une consolidation des relations traditionnelles avec l’Arabie Saoudite et Israël. Les frappes américaines modifient la politique étrangère de Trump et mettent Poutine au pied du mur en montrant qu’il n’est plus le seul maître du jeu en Syrie avec son nouvel allié l’Iran, et qu’il faut désormais compter avec les Etats Unis.

Cette nouvelle posture américaine est-elle réaliste ou bien ne participe-t-elle pas d’un coup de semonce et de publicité diplomatique qui permettent d’ouvrir les négociations sur la question syrienne ?

La décision de Trump de frapper la Syrie modifie-t-elle sa politique étrangère ?

Trump a lancé une opération surprise sur la Syrie. Il n’exclut pas une autre opération mais avec l’accord du Congrès qui le lui demande. Il a réussi à ressouder sa majorité républicaine et les démocrates (comme Hilary Clinton) sont d’accord avec lui. L’intervention de Trump redistribue-t-elle les options diplomatiques dans cette partie du Moyen Orient, voire dans le monde ? En attaquant la Syrie de façon unilatérale, Trump envoie plusieurs messages aux dirigeants du Conseil de sécurité : on peut discuter avec les Etats Unis mais, en cas de blocage grâce au droit de veto que détiennent les cinq grandes puissances (Etats-Unis, Chine, Grande-Bretagne, Russie, France), Trump passera en force au nom des intérêts américains.

Cette attitude peut être déstabilisatrice pour le monde et pour les équilibres régionaux. Trump va-t-il accélérer la conflictualité dans le monde, ou être celui par lequel un début de négociation peut venir ? En géopolitique, la force prépare la paix et vice-versa.

Trump montre à la Russie qu’elle n’est plus la seule super puissance qu’elle rêve d’être au Moyen-Orient.

Les faiblesses d’Obama et ses retournements permanents sur la question syrienne ont laissé accroire que les Etats Unis s’étaient détournés de la question moyen-orientale. Malgré le réalisme trumpiste, la Russie de Poutine n’abandonnera pas Bachar car la Russie a largement investi en matériel et en hommes pour marquer sa présence en Syrie et au Moyen-Orient.

La Russie a besoin de la base navale de Tartous en Méditerranée orientale pour déployer son action politique, militaire et diplomatique.

Face à Trump, la politique étrangère européenne (Allemagne, France) doit se réinventer

Concernant les autres membres du Conseil de sécurité que sont essentiellement l’Allemagne et la France, Trump montre que le véritable maître du jeu et de l’OTAN, ce sont les Etats Unis. C’est une occasion en or pour ces pays d’approfondir leur politique étrangère et leur politique de défense à construire pour moins dépendre des Etats Unis, qui ne souhaitent qu’une chose : l’éclatement de l’Union européenne à leurs profits. La Grande-Bretagne est une fidèle alliée et suit les yeux fermés les Etats Unis, il reste à la France et à l’Allemagne de développer de manière concrète, et pas seulement sur les principes des Droits de l’Homme, une réflexion approfondie devant conduire à l’action de manière budgétaire sur une défense européenne.

Il faut que les Français acceptent de solder la fin de la guerre de 1945. A la Chine le message est clair : il faut que les Chinois ramènent à la raison la Corée du Nord. Les Etats Unis n’excluent pas des frappes éventuelles sur des cibles nucléaires. Trump rassure dans le même temps le Japon, les Philippines et tous les Etats de l’Asie du Sud que le parapluie américain sera toujours là face à la menace chinoise dans les mers du sud et dans le pacifique.