Jacob Zuma a jeté l’éponge après la pression de l’ANC (Africa National Congress, parti dirigé par Nelson Mandela pour lutter contre l’apartheid). Cyril Ramaphosa, ancien syndicaliste, devient le nouveau Président. Il a fait fortune dans l’industrie minière et est devenu millionnaire. Après neuf ans de présidence, Jacob Zuma, considéré comme corrompu est ainsi obligé de laisser sa place à son Vice-Président qui vient d’être intronisé Président de la République. L’Afrique du Sud, deuxième puissance économique d’Afrique après le Nigéria, est confrontée à de nombreux problèmes (pauvreté rampante parmi les populations noires, manque d’eau, stratégie incohérente et Corruption à un niveau élevé).

L’opposition démocrate chrétienne ACDP de Kenneth Meshoe demande une dissolution du parlement et des élections anticipées car elle estime que Ramaphosa est un cacique et qu’il est impossible de faire du neuf avec du vieux. En exigeant la démission de Jacob Zuma, l’ANC ne veut pas insulter l’avenir car les élections présidentielles auront lieu en 2019. Il devenait donc nécessaire de se séparer de Jacob Zuma et de désigner Ramaphosa à sa place pour espérer gagner les élections présidentielles futures. Zuma ne comprend pas pourquoi on exige son départ.

Négociations de Zuma pour rester trois ou six mois au pouvoir

Zuma a demandé un délai de trois à six mois pour démissionner. Cette période, trop longue, lui a été refusée par l’ANC car les cadres de ce parti estiment que Jacob Zuma est un fin manœuvrier, un caméléon capable de gagner du temps pour rester aux affaires.

En obligeant Zuma à quitter le pouvoir, l’ANC reconnait implicitement qu’il a largement couvert les turpitudes affairistes du Président déchu et sa mauvaise gouvernance.

Le nouveau Président élu a souhaité répondre positivement aux délais exigés par Zuma, mais il a été très vite débordé par les parlementaires ANC qui souhaitaient une décision rapide. Zuma, selon le journal Jeuneafrique.com, est partie prenante en tant que chef d’Etat, de plusieurs scandales dans la gestion de l’Etat sud-africain en cheville avec la famille Gupta, richissime et largement impliquée dans la vie économique de l’Afrique du Sud. Toujours selon ce journal, cette famille décidait, ensemble avec Zuma, de la nomination des Ministres et exerçait des pressions importantes pour obtenir de juteux contrats publics. L’arrivée aux affaires de Cyril Ramaphosa permettra-t-elle de couper le lien ombilical avec les Gupta et de réintroduire une gouvernance plus démocratique et plus ouverte dans la gestion économique de l’Afrique du Sud ?

La démission de Zuma est-elle une jurisprudence pour d’autres dirigeants africains ?

Selon certains Think-Tanks et organisations non gouvernementales, ainsi que les récentes affaires d’évasions fiscales (Panama’s papers), l’Afrique perdrait par an 50 milliards de dollars d’évasion fiscale placés à l’étranger par la faute de ses dirigeants qui préfèrent leurs fortunes personnelles au développement économique de leurs pays.

Cet argent placé à l’étranger est de l’épargne qui fait défaut aux investissements économiques, sociaux et culturels. La corruption, dont on drape Zuma, peut être étendue à d’autres Présidents et chefs d’Etat africains. La démission de Zuma fera-t-elle école dans la plupart des pays africains dont les dirigeants sont connus comme corrompus et corrupteurs. Rien n’est moins sûr car la gouvernance en Afrique est d’abord clanique et tribaliste. Le pouvoir politique, l’armée et la justice sont aux ordres des Présidents régnants. Le cas de l’Afrique du Sud est spécifique. Après de nombreuses années d’apartheid à partir de 1948 et de l’entrée dans l’ère démocratique dans les années 1990, Mandela a insufflé un modèle de gouvernance spécifique grâce à la Nation Arc En Ciel.

Pour l’ANC, il était insupportable de voir l’héritage démocratique de Mandela foulé et piétiné de la manière dont l’ancien Président Zuma l’a fait avec une gouvernance légère et autocratique. Le nouveau Président Ramaphosa sera-t-il à la hauteur du projet de la Nation Arc-En-Ciel en Afrique du Sud initiée et mise en place par Nelson Mandela ?