Les fortes pluies diluviennes ont pris d'assaut certaines villes du Cameroun. Toutefois, il en résulte de nombreuses conséquences notamment celles concernant le phénomène d'inondations. A cet effet, Douala (capitale économique) a fait les frais ce vendredi 21 août 2020 d'une inondation spectaculaire, qui a sévit dans de nombreux quartiers et communes de la ville.

Des photos de domiciles, de véhicules et de ponts engloutis par les eaux, auront tôt fait de circuler sur la toile. Cet envahissement ne semble parallèlement pas non plus anodin, ceci aux vues des années précédentes (notamment au mois de juillet 2018) qui ont elles aussi vu de grandes étendues d'eaux se déverser dans ces quartiers de Douala.

Notons que depuis quelques semaines, la région de l'extrême-Nord subit également de nombreuses inondations avec d'énormes pertes. Des digues ont d'ailleurs été installées dans certaines zones affectées, et certains donateurs et élites ont par la suite, organisés des collectes de fonds pour venir en aide aux familles touchées par ce phénomène naturel.

Un périple intransigeant pour les populations de Douala

Ces déversements d'eau de ruissellement, ont sensiblement atteint les 50 centimètres de hauteur dans les habitations de quartiers tels que Bonabéri (4e arrondissement), Nyalla (4e arrondissement), New-Bell (2e arrondissement), Cité Cicam, Makèpè (5e arrondissement) ou encore Bepanda (5e arrondissement).

Par ailleurs il y'a encore quelques jours, certains quartiers avaient déjà légèrement subi les affres de cette déferlante mais sans grands effet.

Ne pouvant pas limiter ou stopper ce phénomène naturel, la saison des pluies est d'avantage connue pour ses averses et ses précipitations à n'en plus finir dans la ville de Douala.

Pour se faire, le ministre de la Décentralisation et du Développement local (Minddevel) Georges Elanga Obam, a mis à contribution l'importance des communes et des communautés urbaines à pouvoir prévenir ce genre de catastrophes dans un communiqué datant du 11 août 2020.

Celui-ci adresse à tous les maires une note en les instruisant de prendre des mesures urgentes (dans l'ensemble du territoire national) à l'approche des pluies dans les prochains mois, compte tenu des risques élevés de précipitations, d'embâcles, et de drains en milieux urbains et périurbains.

Ces mesures préventives ont été annoncées par l'Observatoire National des Changements Climatiques (ONACC). Aucune perte en vie humaine n'a pour l'instant été déclarée mais les risques d'épidémie sont néanmoins à craindre.

"Une inondation est une cause de crise sanitaire. Dans un contexte où on sait que la ville de Douala est un foyer de choléra, ce type de situation pourrait favoriser une propagation de la maladie à large échelle. Par ailleurs, les inondations exposent directement les populations aux autres problèmes de Santé pouvant augmenter la demande de santé et par conséquent saturer le système de santé actuel". Dira le Docteur en Economie de la Santé Albert Ze.

Les inondations et leurs facteurs d'immersion

Il faut noter que ces précipitations entrainent de graves dégâts et pertes. Ceci peut être dû à l'absence d'outils de planification, à l'insuffisance des réseaux d'évacuation des eaux pluviales ou à l'inefficacité des systèmes de collecte des déchets solide. Notons qu'au Cameroun, ces phénomènes d'inondations ont affecté près de 367.000 personnes entre 2007 et 2015. Ceci principalement dans les localités urbaines, comme le souligne les données du "Center for Research on the Epidemiology of Disasters" (Centre de Recherche sur l'Epidémiologie des Catastrophes) en 2016.

Les zones inondables urbaines affectent également des populations marginalisées, installées de manière irrégulière dans des zones périphériques exposées au risque, contrairement à ce qu'il en est le plus souvent de la ville originelle.

Dans certains de ces quartiers, c'est la fragilité des matériaux utilisés pour les constructions qui crée une vulnérabilité des enjeux face à l'excès d'eau. En outre, la communauté urbaine de Douala s'évertue à implanter depuis bon nombres d'années, la gestion du risque d'inondation dans ses politiques d'aménagement.

Ce qui implique cette particularité d'y contraindre un cadre sur l'adaptation aux changements climatiques. Cette nécessité devrait être acquise dans le but de pouvoir limiter la casse, car la montée des eaux de l'estuaire menace la ville. Toutefois les nombreux projets mis en exécution servent sans nul doute à mieux cerner le risque d'inondation dans les documents de planification et de restructurer les quartiers affectés par ces inondations fréquentes.

Cela permet en retour de mettre en exergue le fonctionnement hydrologique naturel. Ces différents aménagements, qui se positionnent dans les politiques de résilience des zones urbaines (ceci face aux risques), ont de façon manutentionnaire, donné l'opportunité de les faire évoluer dans l'idée du risque zéro, comme le souligne également la géographe française Magali Reghezza-Zitt en 2012.

Le Cameroun tenu comme responsable

Pour l'artiste plasticien Camerounais Tally Mbok, ce phénomène résulte de plusieurs facteurs qui seraient mis en cause par les riverains et les autorités. "Les inondations sont causées par le mauvais système d'évacuation des eaux, et l'accumulation des déchets dans les caniveaux. Dans le cas de Douala, on doit y ajouter le recul par l'action humaine des limites du Wouri (Fleuve dont l'estuaire est situé à Douala). Les responsabilités sont partagées. Mais moi je penses que, si Douala et toutes les autres villes africaines sont pensées, pas pour résoudre les problèmes ponctuels, mais en anticipant le futur, on aura : une architecture urbaine propre à Douala et ses problèmes d'intempéries, lui offrant par là une identité culturelle.

Les peuples Douala du 10eme siècle, vivaient déjà sous ces pluies interminables. Alors comment pensaient-ils l'habitat pour ne pas avoir à se déplacer à chaque saison de pluie? C'est de ça qu'il faut s'inspirer pour créer l'architecture de la ville. La même démarche pour les saisons sèches où la chaleur est très forte. Je pense que pour les ordures et déchets qui bouchent le minuscule circuit d'évacuation d'eau, dont l'existence se dévoile seulement quand il pleut, il faut simplement punir 'les ordures qui jettent leurs déchets' un peu partout en ville. L'entreprise Hysacam (Hygiène et Salubrité du Cameroun) fait un travail remarquable, mais les mentalités ne suivent pas.

Pourtant même ceux qui le font en sont conscients. Il faut sanctionner. Quelqu'un qui paie une amande de 2000 francs CFA pour avoir jeté son sachet plastique de Kitoko (whisky en sachet), réfléchira par 237 fois avant de recommencer. Et par la suite, cela devient une habitude et finalement devient culturel. Pour finir, la cause la plus importante, est le recul du Wouri. Quand on voit la carte de la ville de Douala dans les années 30/40 et la carte d'aujourd'hui, c'est tellement flagrant. Le capitalisme est entrain de chasser le fleuve vers je ne sais où. Ceux qui en bénéficient sont loin des inondations. Ce sont les riverains et les autochtones qui en souffrent. A des moments de fortes pluies, bah le fleuve monte et déborde les limites qu'on lui a imposé. Je n'ose pas imaginer le jour où le Wouri en aura marre...", a-t-il fini.

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