Comment la justice peut faire son travail en toute impartialité quand des dossiers d’instruction se retrouvent dans les journaux ? L’enquête sur Dmitri Rybolovlev en est un exemple frappant. Dmitri Rybolovlev, l’un des hommes les plus riches de Russie, est au cœur d’une enquête entamée il y a plus d’un an. Elle a pour point de départ une plainte déposée en 2015 par l’homme d’affaires russe contre le marchand d’art suisse Yves Bouvier.

Ce dernier est accusé d’avoir dupé son client en lui vendant sciemment des œuvres à des prix beaucoup trop élevés. Le préjudice pourrait atteindre presque un milliard de dollars. De quoi faire appel à la justice. La justice monégasque ouvre alors une enquête. Et la presse s’en est saisie aussitôt.

Suite à la révélation que le milliardaire aurait offert des invitations à des matchs à des hauts dignitaires de la Principauté, les journalistes parisiens s’empressent de parler d’un Monacogate.

« C’est une facilité de langage » rétorque l’avocat du milliardaire dans une interview donnée à Nice Matin. « Avec le temps, on comprendra à quel point la justice et la police monégasques ont été salies de manière excessive ».

Maître Hervé Temime, jusqu’ici silencieux, déplore de lire des informations erronées ici et là : « M. Rybolovlev serait rentré chez lui pendant la garde à vue… Non seulement ce n’est pas le cas, mais il n’a rien demandé de cette nature. Pas plus qu’il n’a fui en Russie ou licencié ses employés à Monaco (…). Les informations publiées ont été fausses et malveillantes. Pourquoi ? ». Et de montrer que le principe de présomption d’innocence n’a pas été respecté : « le dossier d’instruction se trouve dans les médias, probablement livré de manière intéressée. Je ne cherche pas à identifier les sources, même si on a une petite idée (…). La présomption d’innocence est totalement bafouée ».

L’insinuation contre Dmitri Rybolovlev comme moyen d’enquête ?

Une enquête bien compliquée puisque le plaignant s’est retrouvé accusé d’avoir été trop proche de certains représentants de la justice. Les versions des deux protagonistes (Rybolovlev/Bouvier) se contredisent et s’accusent, mais tiennent toutes les deux la route. Sauf que le marchand d’art suisse semble particulièrement préservé dans cette affaire.

L’avocat de Dmitri Rybolovlev met en avant dans Nice Matin une différence de traitement préoccupante : « Le moins qu’on puisse dire est qu’en tant qu’inculpé d’escroquerie, M.Bouvier n’est pas mal traité par la justice. Les investigations le concernant ont aussi été très limitées par rapport à celles qui ont visé (mon) client ».

Rappelons qu’un scandale avait éclaté suite aux sms découverts dans le téléphone de l’avocate russe de Dmitri Rybolovlev, révélant la pratique d’invitations à des matchs faites aux hauts dignitaires monégasques.

Problème : non seulement la légalité de cette fouille téléphonique reste controversée, mais le téléphone de Bouvier lui ne semble pas avoir été examiné lors de son arrestation en 2015. Ou alors les informations compromettantes qu’il contenait auraient été effacées à distance ? Le mystère reste entier. En attendant, l’affaire donne l’impression d’un deux poids deux mesures assez préoccupant de la part de la presse et de la justice.

A l’origine de cette différence de traitement, probablement le goût du « sensationnel ». Faire de la richissime Principauté de Monaco le terrain de jeu sans règle d’un oligarque russe ouvre la boîte à fantasmes. Une justice aux ordres, un prince dépassé, et un vaste réseau récompensé par des invitations en loge aux grands événements sportifs, c’est largement assez pour être repris avec enthousiasme par la presse, alimentée par de fréquentes fuites.

En revanche, chercher et peut-être trouver qu’un riche homme d’affaires s’est fait avoir car trop confiant en un expert n’a rien de très intéressant. D’ailleurs, Maître Hervé Temime le prédit : « Cette affaire va se dégonfler comme une baudruche ».

Une présomption d’innocence qui ne marche que pour Yves Bouvier

L’avocat parisien a eu récemment droit à un débat contradictoire d’une vingtaine de minutes à la fin de l’enquête « Pièces à conviction », diffusée le 12 décembre sur France 5, émission mettant en avant le point de vue d’Yves Bouvier contre celui de Dmitri Rybolovlev.

Maître Hervé Temime a donc dû rappeler des principes élémentaires comme la présomption d’innocence… pour les deux hommes. Rybolovlev a d’ailleurs toujours, comme il le précise, « répondu à toutes les convocations que la police ou la justice lui a adressées, et y répondra, et n’est absolument pas en fuite ».

Mais un milliardaire russe propriétaire du club de foot professionnel de Monaco, un marchand d’art internationalement reconnu et une lutte d’avocats qui se déroule sous le soleil de la Principauté de Monaco, ça fait vendre.

Le décor est planté et assez attractif pour véhiculer des rumeurs et des fausses informations.

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