Visiblement les deux objets se ressemblent beaucoup : une masse suspendue à un fil. Cependant la masse du pendule est plus faible, de l'ordre de 20 grammes, afin qu'un léger tremblement des doigts qui tiennent le fil puisse le mettre en mouvement.

Le pendule et le fil à plomb

Et c'est ainsi que le magnétiseur, le sourcier ou le radiesthésiste vont l'utiliser dans une pratique encore mystérieuse car d'où provient le tremblement, un stress, une réaction, causée par quoi ?

Notons que le pendule n'est rien en soi sans l'interaction avec celui ou celle qui le tient et qui le met en mouvement!

Il n'en va pas de même avec le fil à plomb, sa masse est plus grande précisément pour ne pas être affectée par un léger tremblement. La force qui l'attire vers la Terre doit être bien plus forte. Ici on recherchera l'absence d'interaction entre le fil à plomb et celui qui le tient, principe d'expérimentation scientifique.Donc sans celui qui le tient, le fil à plomb remplit son rôle.

Nous pouvons l'attacher à un support inerte et il montrera tout autant une parfaite verticale immobile existant indépendamment de nous. La force qui agit sur le fil à plomb est la gravitation, seule force présente dans tout l'Univers dès lors qu'il y a une masse. La masse du fil à plomb ou du pendule est précisément ce qui a tendance à attirer nos yeux lorsque nous les regardons alors que tous les deux indiquent aussi une direction et c'est précisément leur objectif.

« Mais alors si mon fil à plomb est attiré par la masse de la Terre qui est sous nos pieds, il est aussi attiré par la masse de la montagne qui est à côté de nous ? » interrogea le Petit Prince.

« Oui la masse de la montagne l'attire aussi » répondit le renard.

« Et la lune, le soleil qui sont dans le ciel, et aussi les étoiles, ils attirent aussi mon fil à plomb ? » interrogea à nouveau le Petit Prince.

« Oui aussi ! et même la plus petite poussière cosmique en mouvement à des milliards d'années lumière attire ton fil à plomb, seulement plus la poussière est petite et lointaine et moins la force d'attraction est grande, mais elle est bien là ! Ton fil à plomb, là où il est , montre l'équilibre des forces de gravitation de l'Univers entier qui l'attirent » répondit le Renard.

« De l'Univers entier...» répéta pensif Le Petit Prince en regardant le ciel...

Quand nous regardons un fil à plomb, naturellement, nous le considérons comme un instrument extérieur à nous. Il nous inspire symboliquement d'un point de vue culturel. Pourtant si nous nous intéressons à nous-même d'un point de vue de la Nature, d'un point de vue très biologique, nous devons considérer le fil à plomb comme intérieur à nous, reflétant ce qu'il y a de plus humain dans l'Homme.

Le fil à plomb intérieur, la quête de verticalité

L'homme est un mammifère, plus précisément un primate, mais il est le seul singe parfaitement bipède.

Cette caractéristique lui a permis d'assouvir sa soif d'exploration par une capacité à parcourir de longue distance par la marche et ainsi d'envahir le monde entier. Etre un bipède pour se déplacer est d'autant plus facilité qu'il se tient droit, au plus proche de la verticale.

Evidemment la marche en elle-même oblige à rompre l'équilibre de la verticale mais il faut s'y ramener au plus près en permanence car cela minimise les efforts à fournir pour le corps. Essayez par exemple de marcher penché vers l'avant et alors immédiatement des chaînes de muscles vont se raidir pour rendre compatible votre centre de gravité avec la marche qui sera plus difficile. Pour ce faire, nous avons en nous un cerveau (et une oreille interne) qui intègre tous les signaux proprioceptifs que lui envoie notre corps et qui peut le situer par rapport à une verticale comme un fil à plomb intérieur pour peu que nous y prêtions attention. Donc l'Homme, dans sa quête de verticalité, s'est progressivement redressé par rapport au singe. Mais il est aussi le seul singe qui ne déambule pas la tête penchée en avant vers le bas. Cette modification de la position de ses aires cérébrales par rapport à la verticale a-t-elle joué un rôle dans le développement du langage articulé chez lui ?

Quoiqu'il en soit, cet appel du langage a été suffisamment fort pour les détourner de leur fonction et les faire agir de manière coordonnée pour la phonation, les lèvres qui servent à prendre, la langue qui sert à avaler, le larynx qui sert à déglutir et enfin les poumons qui servent à respirer.

Le langage, nouvelle frontière

Comme nous sommes aussi le seul singe qui parle, ici encore la verticalité joue un rôle important. En effet la phonation se fait le mieux en position verticale, debout bien droit ou le torse bien droit si vous êtes assis. Ne vous étonnez donc pas si vous sentez que vous vous redressez avant de parler dans une assemblée.

Observez le tribun en train de discourir, il regarde de gauche à droite pour capter l'attention du public mais il se tient bien droit et la tête bien droite quand il parle.

« Au début était le verbe ! » mais à quoi sert le verbe s'il n'y a personne pour écouter ?

Donc force est de constater que en fait : « Au début était le verbe et l'écoute du verbe » est une formule plus juste et évidemment lorsque nous parlons, nous nous écoutons en même temps, nous sommes notre premier auditeur. Par l'oreille, bien sur, mais aussi par tout le corps, la pression sonore est ressentie et transmise par le système nerveux et la conduction osseuse. Cela vaut aussi lorsque nous écoutons les autres.

Pour l'écoute aussi la position optimale est la position verticale et alors on offre à la coulée verbale toute la surface de notre épithélium antérieur si riche en terminaisons nerveuses. Essayez de lire à quatre pattes ! Vous pourrez lire mais dans cette position, vous ressentirez une gêne parce que vous ne recevrez plus ou mal tous les signaux de rétro-controle qui permettent d'ajuster votre phonation.

Le petit d'homme

Comme souvent la phylogénèse rejoint l'ontogénèse car, on ne le dira jamais assez, mais le petit d'homme, né immature, fournit des efforts prodigieux pour reproduire les étapes de l'évolution que nous avons décrites plus haut. Tout d'abord, il doit apprivoiser bouche, langue, larynx et souffle pour former des sons définis en passant par différentes phases, phonique, syllabique et enfin ! la phase linguistique. Mais c'est un « enfin ! », pour cette phase, dont l'apprentissage dure jusqu'à notre mort.

Il doit aussi maîtriser suffisamment son corps pour trouver la position d'équilibre qui lui permettra de lutter efficacement contre la gravité et tenir debout puis marcher. Et même si cela s'est reproduit des milliards de fois et que ses premiers pas font parfois penser à ceux d'un chimpanzé portant des couches, la joie et l'admiration des parents pour ses premiers pas sont le signe de son entrée dans l'espèce humaine. Evidemment le produit de ces efforts est une combinaison d'origine naturelle et culturelle mais il est surtout profondément humain. En conclusion, nous avons vu que chez l'Homme, la quête de verticalité, son fil à plomb intérieur, est une sorte de « surmoi » évolutif qui l'a profondément déterminé. Cependant, autour de la recherche de verticalité de notre fil à plomb intérieur, le mouvement du pendule ne représente-t-il pas le sel de la vie ?

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