De nos jours, l’injection des lèvres devient un acte banal de la médecine esthétique. La chirurgie plastique la plus pratiquée en France reste la chirurgie réparatrice du ventre après une grossesse notamment. Chez les jeunes, c’est l’augmentation mammaire qui est en vogue. Autant de pratiques surexposées sur les réseaux sociaux et les demandes auraient même augmenté pendant le confinement.

Chirurgien plasticien expert en rhinoplastie esthétique depuis plus de 10 ans, Frédéric Lange exerce dans son cabinet privé à Montpellier, mais aussi lors de certaines interventions à la Clinique des Champs-Élysées de Paris.

Par ailleurs, si son visage vous est familier c’est peut-être que vous l’avez déjà aperçu dans l'émission “Incroyables transformations” sur M6 où il interviendra prochainement pour la 4e saison consécutive, en qualité d’expert pour embellir les candidates du programme.

Conscient de la surexposition de la chirurgie esthétique sur les réseaux sociaux et des dangers que cela peut engendrer pour des publics plus jeunes et moins avertis, il n’hésite pas à prendre la parole sur Instagram ou Youtube en répondant gratuitement à ses abonnés pour vulgariser son métier. Pour nous en dire plus, le Dr Frédéric Lange a accepté de répondre à nos questions sans filtre, ni retouches.

Vous êtes chirurgien expert en rhinoplastie esthétique.

Aujourd’hui, nous avons tendance à confondre la médecine de la chirurgie esthétique. Si les deux pratiques visent les mêmes objectifs d’embellissement et de rajeunissement, elles sont bien radicalement différentes ?

Oui, que ce soit chez les patients, dans les médias ou la société en général, on fait souvent l’amalgame. Il y a une définition très simple à retenir pour faire la différence entre les deux : c’est le scalpel, le bistouri.

Dès lors qu’il y a l’utilisation du scalpel, on parle de chirurgie esthétique. Si l’on évoque un laser, du botox, un peeling, une piqûre, il s’agit de médecine esthétique. Depuis environ deux ans, je me consacre au nez, je suis expert dans cette spécialité. Je fais de la rhinoplastie chirurgicale mais aussi des injections sur le nez donc de la rhinoplastie médicale.

Aux États-Unis, de nombreux américains auraient profité du confinement pour se refaire une beauté en passant sur le billard. Le New York Times évoque notamment des patients “cloîtrés chez eux et lassés de voir leurs visages blafards pendant des réunions Zoom”. Ce phénomène se confirme dans des pays comme le Brésil et se serait même exporté en France comme l’illustre Tracy Cohen-Sayag, la directrice de la Clinique des Champs-Elysées qui affirme avoir enregistré une hausse de 30% dans les prises de rendez-vous depuis mai 2020. Avez-vous ressenti ce phénomène ?

Effectivement depuis le premier confinement on a une augmentation de la demande. Je l’explique par deux éléments : premièrement, les gens se voient davantage dans la journée avec les réunions zoom, les visioconférences etc.

Deuxièmement, le port du masque a aidé à passer le cap de l’éviction sociale, c’est-à-dire que les marques, les cicatrices sont dissimulées, ce qui rassure les patients.

Sur les réseaux sociaux, vous répondez gratuitement à vos abonnés en faisant de l’information et de la vulgarisation de certaines pratiques de chirurgie esthétique. De quel constat étiez-vous partis pour vous poussez à faire cette réflexion en tant que médecin ?

J’ai remarqué que certains médias montraient ce qui faisait vendre. On montre les ratés, les personnes qui exagèrent de la chirurgie esthétique. Je connais tous les plasticiens de France, on se côtoie dans les congrès etc. Ce sont de bons médecins qui ont de bons niveaux, qui sont forts et qui ne sont pas forcément uniquement intéressés par l’argent.

Je trouve cela injuste cette image renvoyée par la société. Ce ne sont pas les éléments les plus positifs et les plus intéressants. Pour toutes ces raisons, j’ai essayé de donner une autre image de mon métier.

Est-ce-que les écrans favorisent le recours à la chirurgie esthétique ?

On est obligé de le constater car cela ne vous a pas échappé que les canons de beauté se sont uniformisés. C’est-à-dire que la silhouette à la mode avec des tailles fines, des hanches larges et des fesses marquées est la même que l’on retrouve aux États-Unis, au Brésil et même en France. Les critères de beauté évoluent et encore une fois, les influenceuses qui ont un poids énorme sur la jeunesse ne se privent pas d’y avoir recours et de faire évoluer les choses dans ce sens.

Grâce aux réseaux, on peut se comparer à des critères de beauté du monde entier. C’est discutable et en effet, cela peut être dangereux à certains niveaux.

Existe-t-il des dangers à cette surexposition de la chirurgie esthétique sur les réseaux sociaux ?

Absolument, je constate cette surexposition et une mauvaise exposition. Certains influenceurs (pas tous) par définition influencent une cible très jeune qui ont sans doute un peu moins de recul. Il n’y a aucun garde-fou. Par exemple, j’ai vu l’autre jour qu’une influenceuse organiser un concours pour gagner une opération de chirurgie esthétique en Tunisie. Selon moi, nous sommes face à des dérives car cette pratique reste de la médecine. Même si tout se passe bien dans la majeure partie des cas, la médecine cela veut dire voir les patients en amont, les suivre après l’opération, leur prescrire des antibiotiques etc.

Cette surexposition notamment avec le tourisme médical pose des gros problèmes d’éthique. Dans les médias, je vois beaucoup de jugement de valeur de la part “d’ayattolah du naturel” qui critiquent la démarche de médecine esthétique de telle ou telle personnalité “accusée d’avoir usée de cette médecine". Ainsi, on perçoit la médecine et la chirurgie esthétique comme quelque chose de peu sérieux et pas raisonnable alors que toute notre profession est extrêmement bien réglementée, notamment en France.

D’après le dernier congrès de chirurgie plastique de l'IMCAS, les Femmes de 18 à 34 ans auraient plus recours à la chirurgie esthétique que les femmes de 35 à 50 ans. Vous confirmez cette tendance ?

Ce qui a changé c’est qu’avant la chirurgie esthétique était très axée sur l’anti-vieillissement.

Autrement dit les rides, les liftings etc. De nos jours, on fait davantage de médecine de la chirurgie de morphologie telle que l’augmentation des lèvres, le marquage de la mâchoire, ce qui n’existait pas auparavant. La médecine et la chirurgie ont évolué en même temps que la patientèle qui a rajeuni.

Peut-on parler d’un âge minimal pour avoir recours à la chirurgie esthétique ?

C’est de la médecine donc logiquement il n’y a pas d’âge. Je vous donne un exemple : une patiente qui se retrouve avec une hypertrophie de la poitrine qui lui pèse, qui lui fait mal au dos etc. Elle peut tout à fait être opérée à 14 ans. En revanche, lorsqu’il s’agit d’un acte purement esthétique comme une augmentation des lèvres par exemple, c’est l’éthique des médecins qui entrent en jeu.

Généralement, on respecte la règle de la majorité.

Peut-on dire que cette génération est plus décomplexée à l’idée d’avoir recours à de la médecine ou de la chirurgie esthétique ?

Clairement, le tabou de la chirurgie esthétique est en train d’être levé. Cela vient d’une évolution des pratiques qui ont été popularisées. On copie toujours les États-Unis avec quelques années de retard, donc on se rapproche de plus en plus de leur culture.

Sur les réseaux sociaux justement on retrouve des cas d’exercice illégal de la médecine avec des esthéticiennes qui proposent des injections d’acide hyaluronique. Des pratiques dangereuses qui peuvent pourtant conduire à des complications, peut-être pas suffisamment surveillées ?

On est sur de l’exercice illégal de la médecine, avec des peines de prison qui peuvent aller jusqu’à 12 mois et 36.000 euros d’amendes. Le plus drôle dans l’histoire c’est que leur prix ne sont même pas forcément bradés. Je vous donne un exemple : en moyenne une injection des lèvres chez un médecin ou un chirurgien esthétique c’est à peu près 350 euros. J’ai vu des esthéticiennes qui le proposaient à 250 euros donc courir des risques pour un tel prix … Je ne sais pas comment elles s’en sortent car c’est totalement illégal. Je pense qu’il y a forcément des problèmes et notamment des complications auprès des patientes. Nous avons un syndicat des chirurgiens plasticiens qui repèrent des comptes et dénoncent ces pratiques auprès des procureurs.

Certains chirurgiens notamment américains constatent que de plus en plus de patients leur demandent de ressembler à leurs selfies retouchés. La pratique intensive des filtres et des selfies sur les réseaux sociaux pourrait même conduire à des troubles psychologiques comme la “dysmorphie Snapchat”. Est-on suffisamment vigilant face à ces phénomènes pour les populations les plus jeunes ?

Ces filtres peuvent devenir générateurs de complexes ou de demandes particulières. Qu’est-ce-qu’ils montrent au final ? Qu’avec des petits changements, on arrive à se retrouver plus beau. C’est-à-dire que l’on va avoir un filtre qui va légèrement affiner le nez ou qui va légèrement remonter les sourcils. Encore une fois, les personnes les plus influençables ont l’impression d’être embellies grâce à ces filtres.

Cela peut être vecteur de plus de demandes en chirurgie plastique. D’ailleurs, Instagram a retiré une série de filtres en lien avec la chirurgie esthétique mais il y en a malheureusement encore beaucoup.

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