Pour la première fois samedi soir, l’arbitre de la finale de la Coupe de la Ligue de football a eu le droit de consulter la vidéo en cas de doute sur une décision à rendre. Cette possibilité consistait, in concreto, à stopper le jeu quelques secondes (parfois minutes) pour aller consulter au bord du terrain un écran qui repassait au ralenti une action litigieuse sous différents angles, afin de l’aider à prendre la bonne décision.

Néanmoins, sa piètre utilisation n’a pas aidé à apaiser les tensions entre pro et anti vidéo. L’attaquant de la Principauté Radamel Falcao, fou de rage ira même jusqu’à déclarer que le comportement de l’Arbitre avait été honteux après le match devant les micros des journalistes.

Ce recours devait justement permettre d’en finir avec les décisions arbitrales hasardeuses ou litigieuses, entachées d’erreurs manifestes. S’il n’en est pas capable, quelle est aujourd’hui son utilité ?

L'arbitrage vidéo : un recours encore trop disparate

L’arbitre ne peut consulter l’assistance vidéo quand il le souhaite, ce qui provoquera des distorsions dans le déroulé du match. Pour l’instant il n’existe que quatre possibilités :

- vérifier qu’un buteur n’est pas hors-jeu ou ne commet pas de faute au moment de marquer.

- vérifier l’existence ou non d’une faute pouvant provoquer un pénalty.

- revoir n’importe quelle faute si l’arbitre envisage de la punir d’un carton rouge

- identifier un joueur dans une situation complexe que l’arbitre n’a pu parfaitement interpréter directement (bagarre, double tacle...).

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L’arbitre ne peut donc pas consulter la vidéo pour détecter un hors-jeu ou une faute dans la construction d’un but. L’explication est simple : il serait impossible de définir objectivement jusqu’à quand remonter dans le temps. Une petite faute commise plus d’une minute avant un but pourrait-elle justifier son annulation ? Une touche ou un corner mal attribués ?

De plus, c’est à l’arbitre principal d’aller consulter la vidéo sur le bord du terrain, ce qui constitue une perte de temps, notamment pour les joueurs, ce qui les «refroidit" comme le soulignait hier soir le défenseur parisien Kimpembe. L'arbitre acceptera-t-il de revenir sur une décision qu’il a lui même prise et remettre ainsi son autorité et sa capacité de jugement en question ? Ne vaudrait-il pas mieux qu’un arbitre dédié lui communique le résultat dans son oreillette comme au rugby ?

L’arbitre est humain et doit le rester

Samedi soir, Clément Turpin a donc annulé le but de Radamel Falcao après consultation de la vidéo. En direct, le juge de touche ne l’avait pas estimé hors-jeu.

Après consultation de la vidéo... Il ne le semble pas non plus. Pourquoi le but a-t-il alors été annulé ? Personne ne sait, Clément Turpin n’a pas à se justifier. Pour autant, l’injustice semble encore plus criante. Une erreur d’appréciation commise dans le feu de l’action, qui se joue à 10 centimètres près est compréhensible (sauf pour les supporters lésés évidemment). Une erreur après consultation de la vidéo ? Plus difficilement.

Devoir juger en direct permet aux arbitres de bénéficier d’une présomption de bonne foi qui, quoi qu’il arrive, ne peut être remise en question. En voulant renforcer les outils à disposition des arbitres, les fédérations risquent surtout d’envenimer des situations jusque la relativement fluides du jeu (un joueur marque, l’arbitre de touche lève son drapeau pour le signaler hors jeu, le jeu reprend, après parfois quelques secondes de vaines contestations). La responsabilité en cas d’erreur sera décuplée, et l’injustice qui en découlera ressentie au quintuple.

Il n’existera aucun système parfait, où les erreurs d’arbitrage seront réduites à zéro, tant que la décision finale reviendra à un être humain, même assisté par des machines. Pour autant, comme le soulignait Unai Emery après la confrontation contre le Real Madrid en Ligue des champions, [VIDEO]de toutes petites erreurs d'arbitrage peuvent avoir de grandes conséquences sur le résultat final. Quel avenir pour la vidéo aujourd'hui ? Nous aurons certainement une première réponse après la Coupe du Monde en Russie où elle sera présente sur tous les matchs...