Le conseil municipal de la ville de Marseille avait tranché le 28 janvier, c'est donc désormais acté, l'esplanade au pied du virage sud de la tribune Ganay porte désormais le nom de Gunnar Andersson. Une reconnaissance posthume et méritée pour celui qui fit vibrer le Vélodrome dans les années 50, restant encore aujourd'hui le meilleur buteur de l'histoire du club, totalisant 192 buts en 220 matches sous le maillot phocéen.

Kidnappé avant son arrivée

La légende qui liera à tout jamais l'OM et Gunnar Andersson est née avant même que ce dernier ne foule le sol de la cité phocéenne. Repéré dans un premier temps par l'entraîneur du Stade Français, Willy Wolf, lors d'un tournoi à Barcelone auquel le joueur suédois participait sous les couleurs de son club du moment, l'IFK Göteborg, celui-ci l'avait recommandé à Louis-Bernard Dancausse, alors président marseillais (décision qui lui vaudra d'ailleurs logiquement les foudres des dirigeants de son propre club).

Dancausse déboursera donc 4 millions d'anciens francs (soit 6000 € actuels ) pour s'offrir les services d'Andersson. Mais alors que ce dernier se trouvait dans le train Paris-Marseille avec Wolf, deux hommes l'"invitèrent" à descendre en gare d'Avignon (l'ayant préalablement "prévenu" par télégramme d'agir ainsi pour "éviter les importuns" en gare de Marseille) où ils le firent monter à bord d'une traction noire. Les kidnappeurs s'avérant être en fait des journalistes, Raymond Gimel et Lucien d'Apo, dont les motivations étaient d'une part de recueillir en exclusivité les premières déclarations d'Andersson et d'autre part de se venger du président Dancausse, qui avait, suite à des articles jugés comme trop défavorables au club, interdit à Gimel l'accès aux vestiaires.

Dix pastis et un triplé

Celui que les supporters marseillais surnommeront bientôt "Monsieur 50%" car il marquait plus de la moitié des buts de l'équipe et qui finira meilleur buteur du championnat de France en 1952 et 1953 avec respectivement 31 et 35 buts, ouvrira son compteur sous les couleurs de l'OM le 31 décembre 1950 sur la pelouse de Toulouse.

Mais l'idylle entre Marseille et Gunnar Andersson n'est pas qu'une question de statistiques.

Marseillais d'adoption et très vite de cœur, le joueur suédois parlait français "avé l'assent" et son rapport avec la ville phocéenne se résume bien mieux par ces petites anecdotes qui sont depuis entrées dans la légende.

C'est ainsi que le 5 septembre 1954 suite à un pari perdu avec un coéquipier il descendra 10 pastis juste avant un match contre un cador du championnat de l'époque, le CO Roubaix, ce qui ne l'empêchera pas de marquer un triplé permettant à l'OM de gagner le match sur le score de 5 à 2. Plus émouvante sera sa réaction après le revers historique contre Saint-Étienne (3-10) le 16 septembre 1951 où, bien que ce naufrage sera surtout du fait de la blessure du gardien Libérati (à une époque où on n'opérait pas encore de remplacement) et qu'il avait marqué les 3 buts marseillais, il se déclara seul responsable et lâcha, les larmes aux yeux: "Oui j'ai marqué trois buts, mais j'aurais dû en marquer onze".

Le crépuscule de l'idole

Gunnar Andersson quittera l'OM en 1958 et évoluera par la suite dans d'autres clubs notamment chez les Girondins de Bordeaux, Aix-en-Provence et le CAL Oran avant de raccrocher définitivement les crampons en 1964. Malgré une carrière des plus honorables, c'est pourtant dans la pauvreté qu'il finira ses jours, devant même dans les derniers temps travailler comme docker. Il faut dire que, comme pour d'autres stars du football telles que Georges Best ou Paul Gascoigne pour ne citer qu'eux, l'alcool tenait une place prépondérante dans la vie du Suédois.

C'est le 1e octobre 1969, à l'âge de 41 ans seulement, que nous quitta Gunnar Andersson, terrassé par une crise cardiaque près de la rue Breteuil où logeait la rédaction du journal Le Provençal.

La légende dit qu'il venait de demander à quelques amis journalistes une place pour le match du jour dans lequel l'OM affrontait le Dukla Prague en Coupe des Vainqueurs de Coupe, place qu''il aurait eu en poche au moment de quitter ce monde. Une fin tragique pour une belle histoire de passion entre un joueur et son club, entre un homme et sa ville d'adoption.

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