En début de semaine, le Racing Club de Lens a officialisé l'arrivée en prêt du jeune gardien vénézuélien Wuilker Farinez en provenance des Millionarios de Bogota. Ce club a été, outre celui qui aura révélé Alfred Di Stefano avant que celui-ci ne fasse les beaux jours du Real madrid, la propriété de Gonzalo Rodriguez Gacha, capo du cartel de Medellin. Il est vrai qu'à cette époque, les barons de la drogue colombiens ont énormément investi dans le Football de leur pays, particulièrement Pablo Escobar.

"El patrón", un fou de foot

"Pablo a toujours aimé le football", confia Luz Maria, sœur du redouté chef du cartel de Medellin, dans un documentaire pour la chaîne sportive ESPN.

Issu des milieux populaires où ce sport a toujours joui d'une grande popularité, Pablo Escobar vouait une passion sans bornes au football. Il lui plaisait d'abord d'y jouer, son poste de prédilection étant celui d'ailier gauche et, bien que n'étant pas un sportif professionnel, il aimait se confronter à des joueurs de bon niveau. Mais surtout, conscient du bonheur que peut amener le sport-roi chez les plus défavorisés, celui qui se plaisait à se voir comme un Robin de Bois des temps modernes renforçait son image de marque auprès des plus humbles en investissant dans la construction d'habitations décentes et d'écoles pour les populations des bidonvilles. Il dépensa aussi pour l'installation de terrains de foot accessibles à ces dernières.

Ainsi, c'est toute une génération qui viendra faire les beaux jours des "Cafeteros", surnom de la sélection colombienne, qui a fait ses premières armes sur ces terrains. Du gardien René Higuita à Chicho Serna, en passant par Alexis Garcia ou "Choncho" Herrera, tous sont des enfants des "terrains de Pablo".

Herrera (61 sélections) évoqua ainsi cette période dans une interview en 2017 : Il y avait des tournois dans les bidonvilles. Les communautés entières oubliaient leur soucis. J'étais très pauvre mais sur le terrain nous étions importants, nous vivions dans un monde parfait."

Maradona à la "Catédral"

Tous les fans de football se sont déjà amusés à composer leur 11 de leur rêve.

Toutes les saisons, beaucoup participent ainsi à des compétitions de fantasy foot sur internet. Mais pour Pablo Escobar et ses associés, les fortunes issues du trafic de drogue permettaient de passer du rêve à la réalité et de convier des joueurs de leur choix afin de former des équipes le temps d'un match. L'emprisonnement d'Escobar et de ses principaux lieutenants ne mit pas un terme à ces habitudes. Une captivité somme toute relative puisque l'accord avec les autorités avait autorisé Escobar à séjourner dans une prison construite selon ses vœux, la désormais célèbre "Catédral", où le football continuait à garder une place prépondérante. Invité par Don Pablo en 1991 alors qu'il est sous le coup d'une suspension par les instances de la FIFA (consommation de cocaïne), Diego Maradona raconte ainsi sa visite à la "Catédral" : "L'endroit était comme un hôtel de luxe et là on me dit : "Diego, voici El Patron".

Je n'avais aucune idée de qui il était. Nous nous sommes rencontrés dans un bureau et il m'a dit qu'il aimait mon jeu, qu'il s'identifiait à moi parce que comme lui j'avais triomphé de la pauvreté. Nous avons joué un match et tout le monde s'est amusé. Plus tard, nous avons fait la fête avec les plus belles filles que j'ai vues dans ma vie. Et tout ça dans une prison. Je ne pouvais pas le croire."

Entre passion et froide raison

Mais ce n'est pas seulement en amateur passionné que Pablo Escobar était lié au football. En gestionnaire avisé, il avait aussi su percevoir les débouchés que celui-ci pouvait offrir en terme de blanchiment d'argent par le biais de fraudes tant sur les billetteries que sur les transferts de joueurs.

Il investit donc dans les deux grands clubs clubs de Medellin, le Deportivo Indenpediente (son vrai club de cœur) et surtout l'Atletico Nacional que son patronage mènera jusqu'au sacre en Copa Libertadores (l'équivalent sud-américain de la Ligue des Champions) en 1989, une première pour un club colombien. Le cartel rival de Cali appliquant des pratiques similaires au principal club de sa ville, l'América de Cali. En 1989, Alvaro Ortega, arbitre qui avait refusé un but à l'Indepediente de Medellin au cours d'un match contre l'América, sera exécuté sur ordre d'Escobar. Un triste épisode qui situe bien le contexte dans lequel se jouaient les compétitions footballistiques professionnelles au temps de l'hégémonie des narcotrafiquants...

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