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Le vendredi 2 mars 2018, pour le plus grand rendez-vous du cinéma de l’hexagone, les professionnels du 7e art ont arboré des robes et des costumes qui ont repris des couleurs. Les 1700 invités présents ont rempli la salle Pleyel à Paris avec leurs tenues d’apparat ou était épinglé un simple ruban blanc afin de soutenir les victimes d’agression sexuelle. De telles campagnes ont vu le jour à la suite du scandale provoqué par le réalisateur américain Harvey Weinstein, accusé de viol et d’abus par de nombreuses actrices. En octobre 2017, Sandra Muller, une journaliste française vivant à New York, a lancé la campagne sur les réseaux sociaux #BalanceTonPorc.

L'engouement généré a encouragé les femmes à utiliser l’hashtag pour raconter leurs propres histoires de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail, afin de les désigner. Le président Emmanuel Macron a annoncé son intention de dépouiller Weinstein de la Légion d’honneur, décernée par un de ses prédécesseurs. Le mouvement « Times Up » aux Golden Globes comme aux Baftas, soutenu par de nombreuses stars d’Hollywood, a levé plus de 16 millions d’euros pour la défense juridique des victimes.

Rose McGowan, l'actrice américaine qui a été parmi les premières à accuser Weinstein d'abus, a également montré son soutien à l'initiative MaintenantOnAgit.

Afin d’agir, le monde du cinéma français a pris deux initiatives : l’une sous forme associative, l’autre sous forme de campagne.

« 5050 pour 2020 », un projet ambitieux

Manu Payet, a esquissé une allusion discrète, peut-être un peu trop, à 5050 pour 2020 en décrivant le prix du meilleur espoir féminin comme le même que celui du meilleur espoir masculin avec une réduction de salaire de 30 %. 5050 Pour 2020 promeut l’équilibre des sexes dans le secteur du grand écran. Parallèlement à l’opération Ruban blanc, un collectif de 300 personnalités du cinéma français créé par l’association le Deuxième regard veut agir concrètement. En faveur de l’égalité et de la diversité dans cette industrie, l’ébauche prend forme par le lancement d’un site internet et de premières études.

Un objectif précis et sans équivoque est annoncé : accéder à la parité d’ici 2020 dans les conseils d’administration d’institutions publiques culturelles, dans les cabinets privés, les syndicats professionnels, les festivals, les jurys et les écoles du spectacle.

Les stars du cinéma français, dont Juliette Binoche, ont annoncé la tenue de quotas pour garantir que davantage de subventions du gouvernement soient accordées aux films dirigés par des femmes. Et c’est une bonne nouvelle, car une seule réalisatrice, dans l’histoire des Césars a remporté ce prix : Tonie Marshall en 2000 pour Vénus beauté. Julia Ducournau concourait dans la catégorie de la meilleure réalisation pour son film Grave, mais c’est Albert Dupontel avec Au Revoir là-haut que les votes ont déclaré vainqueur.

Françoise Nyssen, la ministre de la Culture y voit le signe d’un combat à mener, « on progresse, mais on reste loin du compte ».

#MaintenantOnAgit omniprésent pendant le gala

La présidente du jury, toute de rose vêtue, a présenté son ruban blanc et déclaré ouverte la 43e cérémonie des Césars.

Manu Payet, l’animateur chargé de réveiller l’ambiance de l’assemblée a vécu quelques moments de solitude. Pendant la soirée et à travers un discours un peu trop artificiel, il a trouvé nécessaire et formidable que la parole des femmes se libère et que les hommes comprennent que des comportements sont à bannir.

À ces mots, le public s’est levé et la salle a ovationné de concert pour soutenir le mouvement #MaintenantOnAgit dont la réalisatrice Tonie Marshall se trouve à l’origine.Sandrine Bonnaire, la réalisatrice Agnès Jaoui et l’acteur-réalisateur Julie Gayet, Leïla Slimani Anne-Elisabeth Blateau et Baya Kasmi et la chanteuse Lea Castel figurent parmi les soutiens.

La « Fondation des femmes » espère que l’implication de noms plus célèbres les uns que les autres appartenant à l’industrie française du cinéma et du divertissement stimulera les dons, dans le but d’amasser plus d’un million d’euros pour l’assistance juridique aux victimes d’agression sexuelle « afin qu’aucune femme ne puisse plus dire #MeToo ».

Anne-Cécile Mailfert, l’une des fondatrices a souligné qu’une femme sur cinq souffre de harcèlement sur le lieu de travail, alors que dans toute la France, seulement cinq juges sont spécialisés dans ce domaine. L’idée derrière #MaintenantOnAgit consiste à donner aux femmes le courage de signaler de tels abus.

Penelope Cruz, émue aux larmes, a reçu un prix pour sa carrière. La belle Madrilène a évoqué ce dont parle le monde entier, en ajoutant que ce n’est pas seulement un problème de l’industrie du cinéma, mais de toutes les industries et de toutes les femmes.

Jeanne Balibar, lauréate de la meilleure actrice, a salué les artistes qui se soutiennent mutuellement au milieu de la discrimination, de l’injustice et des abus qui malgré leurs différences et leur concurrence, tiennent bon.

En plus d’un ruban blanc, la comédienne Blanche Gardin portait la photo de l’humoriste Louis CK, accusé de harcèlement sexuel, et a suscité le rire du public dans un plaidoyer piquant.

Contre toutes prévisions, les statuettes se sont réparties équitablement 120 Battements par minute (6 récompenses) et Au revoir là-haut (5). C’est Petit Paysan qui a créé la surprise avec 3 Césars.

Robin Campillo a prononcé le discours le plus politique de la soirée. Le scénariste a déclaré que bon nombre des problèmes sociaux pour lesquels les gens se sont battus il y a 25 ans se voient toujours d’actualité, le silence c’est la mort.

La cérémonie était dédiée à Jeanne Moreau, décédée l’année dernière, connue pour sa sensualité, son intelligence et sa détermination.