Délaissant un temps Grasset pour retrouver Flammarion, #Michel Onfray fait résonner un peu partout le ‘’tremblez, bonnes gens, la fin approche !’’. Après s’être montré quelque peu mesuré et souvent pertinent avec son Penser l’islam (Grasset), voici donc l’Onfray nouveau, toujours athée, mais très près de rallier la bannière du sauveur en s’écriant Onward Christian Soldiers. C’est du moins ce que laissent supposer les extraits de La #Décadence qu’il publie sur son site et ses déclarations au long de sa tournée promotionnelle des popotes. Sous-titre ‘’De Jésus à Ben Laden – Vie et mort de l’Occident’’. Damned, 800 grammes, et à peine une once de réflexion sur l’antériorité et la diversité des civilisations ? Je ne sais, car La Décadence ne sera en librairie que mercredi prochain, mais ce qu’il en filtre, savamment dosé selon les interlocuteurs (ainsi, pour Le Figaro, un très convenu coup de l’âne à la ‘’gauche’’ lèche-babouches, se livrant à ‘’l’éloge de la foi [islamique] et de la croyance contre la raison et la rationalité’’), laisse pantois.

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Cette dichotomie Jésus/Mahomet réductrice, méditerranéo-excentrée (jusqu’aux ex-colonies des puissances dites chrétiennes et musulmanes), fait penser aux Belles histoires de l’Oncle Paul en bande dessinée, version verbeuse tirant sans cesse à la ligne.

Que judéo-chrétienne ?

Il y a une réelle imposture à résumer l’histoire européenne à l’affrontement entre un dieu du Vatican (il en est tant d’autres) qui serait ‘’mort sous les coups du dieu de La Mecque’’ (formule à l’emporte-pièce qui ne tient nullement compte de la diversité des christianismes ou des cultes coraniques). Ces dieux ont certes servi de prétextes aux volontés de conquête et d’influence mais les ‘’croyants’’ (ou prétendant l’être) se résumeraient-ils à leur foi présumée ? Onfray pense-t-il vraiment que tout combattant soit motivé par une exaltation qui rendrait accessoires la solde, l’avancement dans la carrière, l’envie de changer d’air, &c.

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L’islam serait ‘’fort d’une armée planétaire faite d’innombrables croyants prêts à mourir pour leur religion’’. Non, les musulmans de l’armée irakienne n’étaient pas tout à fait prêts à mourir ; plutôt, un temps, à se débander devant d’autres musulmans. Qui désormais exécutent leurs déserteurs, ou menacent leurs combattants de tirs dans le dos s’ils reculent. Faire d’une infime minorité d’allumés du bocal, avides soit de dépassement de sa condition, soit de se faire mousser, ou de se taper des houris esclaves, une immense majorité prête au trépas, c’est une vaste rigolade. De même, si tous les israélites s’étaient égorgés l’un l’autre plutôt que de se rendre, si les tout premiers chrétiens s’étaient voués massivement au martyr, voilà plus de 19 siècles qu’on n’en entendrait plus parler. Il y a même fort à parier qu’un Mahomet serait resté anonyme et voué à divers dieux d’un panthéon gréco-égyptien. Énoncer que ‘’les civilisations se construisent sur des fictions’’ (comme si un Alexandre n’avait pensé qu’à Zeus avant de lancer l’assaut), cela fournit une belle phrase…mais n’explique pas les raisonnements et les ressorts de l’ambition.

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Poncifs commodes

L’autoproclamé apôtre Paul (pourquoi utiliser ‘’#saint Paul’’ ?) a certes fini par s’imposer, mais avant cela plusieurs fois d’y passer sous les lames ou les pierres d’autres chrétiens. Quand Onfray dénonce ‘l’antisémitisme chrétien et son couronnement par la Shoah’’, c’est faire peu de cas du panthéisme nazi ou d’un Hitler camé s’entourant de mages. Ou d’ailleurs de l’anti-israélisme de certains musulmans qui n’ont pas attendu l’État d’Israël pour fomenter des pogroms. Sauf à chuter dans le gâtisme, Onfray peut espérer les tirages d’un BHL, champion des citations prêtes à l’emploi à refourguer dans les dîners en ville. Ce lourd fatras de considérations oiseuses ponctué de fulgurances éculées et d’imprécations sonnantes incitant à ‘’sombrer avec élégance’’est-il autre chose qu’un plaidoyer pour les crèches de Noël dans les mairies ? Pas sûr.