D'où je parle ? Oui, je suis l'un(e) de ces "journalopes gauchiasses". Une redondance employée désormais pour qui fait profession de journaliste, hors stipendié par les sites de "réinformation". Mais même rémunéré par l'Agence de presse Libération (ancêtre de Libération), ou par La Vigie marocaine (pro-Makhzen), le groupe Hersant, l'Agence centrale de presse (ACP), ou l'AFP, jamais, jamais, je n'ai rédigé un article, diffusé une dépêche, contenant une fausse nouvelle qualifiée de sûre, vérifiée, recoupée, &c. Comme tout journaliste, je me suis fait "enfler" par des politiques, des policiers, des truands, des industriels, des commerçants, voire des syndicalistes, &c.

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On le pressent ou non, mais, généralement, on ne reprend jamais à son propre compte un propos douteux. Machin dit, Untel affirme, oui. Ouvrez les guillemets. C'est parfois, comme l'exprimait Woody Allen, un quart d'heure d'antenne pour Hitler, un autre pour les déportés, et je le déplore. Tout comme le laxisme de la presse française, comparée à la canadienne, me navre. Au point d'avoir parfois – furtivement – honte d'avoir appartenu à la corporation, cédé – rarement – à ses instincts grégaires. Très simplement, ne pas voter Emmanuel Macron, et laisser le Front national, ses affidés et séides, frères ennemis et sœurs perfides, laisser propager de fausses nouvelles, selon l'adage que la fin justifie les moyens, contaminer l'ensemble de la sphère politique, qui finira peut-être par user des mêmes subterfuges, me provoque un haut-le-cœur.

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Immense dégoût. Non uniquement parce que cela me touche au plus profond de mes convictions – en faire état comporte des risques que je mesure – mais en raison du fait que je veux continuer à exister dans un monde vivable. Dans lequel je peux avoir des amis, des copines, des connaissances, de parti-pris opposés aux miens. C'est aussi basique que cela, ce vivre-ensemble qui ne pourra plus supporter la désinformation systématique, le jusqu'auboutisme fondé par de nouveaux Protocole(s) des sages de Sion.

Que ne l'ont-ils fait ?

Quand un Nicolas Dupont-Aignan se déclare "sali" par des médias catalogués, à l'emporte-pièce, "pro-Macron", sans jamais une seule fois, dénoncer la propagation de fausses nouvelles confortant ses thèses, non, je ne suis pas prêt à m'abstenir. En traînant les pieds, j'irai voter Emmanuel Macron. Quand un Marine Le Pen, sans jamais faire état de sa stupéfaction, laisse ses partisans, les nostalgiques de François Fillon, les sarkozystes idolâtres, se repaître de la "réinformation" selon laquelle Emmanuel Macron dispose d'un fonds dans un paradis fiscal (fabriqué sous Adobe Acrobat Pro et Illustrator), et a bénéficié d'une oreillette lors du débat télévisuel, moi qui pensais voter blanc, je vote Emmanuel Macron.

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Plus le choix : vais-je me fâcher avec des êtres chers car aveuglés par de fausses nouvelles ? Ne pas faire barrage, c'est devenir complice. Je peux comprendre les crédules, pas exonérer les cyniques. J'ai parfois négligé mes enfants, privilégiant mon métier. Voilà ce que d'aucune et certain font de ce métier. Et quand je constate que des confrères honoraires (retraités) se prêtent à ce sinistre "jeu", je m'interroge : cela valait-il de divorcer, car surmené, de voir un fils ou une fille s'éloigner, de rompre avec d'autres compagnes pour privilégier sa carrière ? Pour une vocation censée vous dépasser, vous transcender ? Au contact étroit avec les politiques, oui, nous somme laxistes, enclins à l'empathie. Au point parfois d'avoir sympathisé avec de franches ordures, alors que notre famille avait besoin de notre présence. Un peu comme ces flics des séries télévisuelles, trop peu souvent disponibles. Mais là, plus jamais cela. Pas que pour moi. Aussi pour vous. Ou alors, soyez résolument complices ; assumez le futur regard de vos proches et de votre progéniture : abstenez-vous. Contribuer ainsi à la prolifération de telles pratiques, c'est favoriser l'extension d'un monde que très bientôt, vous ne pourrez plus supporter. Faites-le en toute responsabilité, respect humain, sans la moindre restriction mentale. Adieu ou au diable. Je resterai "journalope gauchiasse", plein d'enthousiasme pour des artistes, des écrivains, des créateurs, nous apportant ce qu'ils ont de meilleur et de plus émulateur pour nos descendants. Pendant cela, les nervis d'Erdogan saccagent les librairies en Turquie, et les obligés de Poutine, son allié, approuvent de leur silence. Comprenez que Dupont-Aignan, Marine Le Pen, complices des islamistes qui leur conviennent (démontrez-moi le contraire), non, jamais, ni pour moi, ni pour les miens. Enfin, j'espère, car la désinformation peut convaincre, avec votre assentiment d'abstentionnistes. #présidentielle #abstention #Jean-Luc Mélenchon