Je vous propose une petite plongée dans l'univers du #Handicap mental (enfants, adolescents, jeunes adultes) à travers mon regard durant une de mes expériences de stage lors de ma formation d'éducatrice spécialisée. Stage réalisé en activité de jour en IME.

L'IME (Institut Médico-Educatif)

La convention sociale du 15 mars 1966 s'applique à l'établissement. Il accueille des enfants, adolescents et jeunes adultes de 5 à 25 ans ayant un retard mental moyen, sévère ou profond..

Le but de l'IME est d'aider au maximum les jeunes à devenir des adultes les plus autonomes possibles, mais aussi d'aider à l'intégration sociale de ces jeunes en fonction de leurs capacités.

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L'IME met également l'accent sur la communication et une collaboration actives avec les familles des jeunes.

L'IME est financé par la Sécurité Sociale, qui reverse le prix de journée fixé par l'ARS (agence régionale de santé, anciennement DDASS).

Conformément à la loi de 2005, c'est la CDA (Commission des Droits et de l'Autonomie, qui est une instance des Maisons Départementales pour Personnes Handicapées) qui :

- Reconnaît le handicap de l'enfant

- Décide de l'attribution de l'AEHH (Allocation #Education Enfant Handicapé) versée par la CAF (Caisse d'Allocations Familiales) et d'une prestation de compensation versée par le Conseil Général afin de compenser les surcoûts entraînés par le handicap

- Gère l'orientation des personnes handicapées

- Etablie et est garante du Projet Personnel de Scolarisation des enfants

L'établissement accueille également des placements judiciaires, et dans ce cas là c'est l'Aide Sociale à l'Enfance qui confie le jeune à l'établissement, et le Conseil Général verse des aides financières pour ce dernier, notamment pour la vêture etc…

Découverte, travail éducatif et questionnements

Les caractéristiques du public accompagné

Mon choix de faire un stage de découverte dans le milieu du handicap mental vient du fait d'une certaine appréhension de ce milieu, appréhension basée uniquement sur ma représentation du handicap que je souhaitais tenter de dépasser.

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Comment aborder ces jeunes ? Comment créer une relation avec un jeune qui ne parle pas ou ne supporte pas un regard ? Outre les difficultés relationnelles, comment dépasser son dégoût à la vue de la bave ou lors des changements de couches etc. ? Ou encore, comment dépasser la culpabilité lorsque l'on ne se sent pas en capacité de pratiquer certains soins ?

A mon arrivée le premier jour, on m'a annoncé que j'étais affectée au groupe de base 4, groupe accueillant des pré-adolescents et adolescents. Une fois les présentations faites, mon premier réflexe a été de vouloir me renseigner sur les pathologies diverses de ces jeunes, de peur que sans ces informations je ne sache les aborder correctement. Après discussion et réflexion, je décidais de me laisser le temps de découvrir ces jeunes, et de les laisser me surprendre. Le contact a été plus simple dans les premiers temps avec les jeunes dotés de la parole, mais petit à petit, j'appris à connaître les jeunes plus lourdement handicapés.

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Ca ne sera qu'au bout de quelques semaines que je tenterais de m'immerger dans l'apprentissage ou tout du moins la découverte de certaines pathologies.

Ces recherches m'ont révélées la complexité du champ du handicap mental, tant au niveau des pathologies, de leurs classifications, de leurs origines que des troubles associés et des maladies mentales qui peuvent en découler. Cette complexité, je l'ai également retrouvé dans la pratique face à un enfant. Corentin est un adolescent de presque 15 ans, qui a grandi dans un contexte familial difficile, capable de crises de colère ou d'angoisses où il est susceptible d'être violent, voire pervers. De sa pathologie, on m'indiquera qu'il souffre d'une déficience mentale moyenne, mais qu'il a également une structure mentale dite « psychotique ». Durant mon stage, Corentin m'a comme tous les autres enfants « testée », afin de voir où étaient les limites. J'ai également assisté à des crises d'angoisses, ou des agressions verbales et physiques de sa part, envers des éducateurs ou d'autres enfants. Toutefois, il a toujours été difficile pour l'équipe éducative et pour moi-même de distinguer si ses « crises » étaient de réelles pulsions psychotiques ou des colères spectaculaires d'un enfant souffrant de carences affectives et éducatives. Dans le doute, la tendance générale a été de se rallier à l'explication par la maladie mentale. De là sont nées mes premières interrogations : Où se trouvent les frontières entre handicap mental, handicap social et maladie mentale ? De même, où se trouve la frontière entre l'enfant et son handicap ? En effet, faire des colères, tester des limites, quoi de plus normal de la part d'un enfant ? N'y a-t-il pas un risque, lorsque l'on explique chacune de ses « crises » par la pathologie, de ne définir l'enfant ou la personne handicapée que par sa ou ses problématiques ?

De par la répartition hétéroclite des enfants en activité de jour sur mon lieu de stage, j'ai également pu découvrir de nouveaux modes de communication. En effet, certains jeunes du groupe n'étaient pas en mesure de communiquer verbalement. Malgré un temps d'adaptation, j'ai pu apprendre à observer comment un enfant peut s'exprimer par le biais des expressions du visage ou du regard. A partir de là, même si il s'agit d'interprétation, j'ai réalisé qu'une personne, même sans la parole, peut pleinement s'exprimer et, à sa façon, entrer en relation avec l'autre.

Le quotidien m'a montré le poids que pouvait engendrer l'institution pour les enfants, et plus particulièrement pour ceux atteints d'autisme.

Le travail de l'éducateur en activités de jour à l'IME

Les éducateurs des « groupes de base » sont référents des jeunes de leur groupe.

Malgré les créneaux thérapeutiques, scolaires et en ateliers, le groupe de base reste le lieu où les enfants passent le plus de temps à l'école. Tout comme en atelier, le groupe d'enfants augmente ou diminue toutes les heures en fonction du planning de chacun. L'éducateur de groupe de base essaie dans la mesure du possible de ritualiser au maximum la prise en charge, notamment par le biais de tours de tables où tout le monde prend le temps d'échanger à tour de rôle, ou le moment du goûter. Les actions éducatives menées sont multiples :

- Maintien des acquis

- Apprentissage de l'autonomie

- Complément d'apprentissage scolaire (compter, lire…)

- Vie et jeux en collectivité

- Temps de détente

- Responsabilisation (des tâches sont confiées aux enfants, par exemple chercher les goûters en cuisine)

- Apprendre aux enfants à s'occuper seuls (nombreux sont ceux qui ne savent pas s'occuper ou jouer tout seul)

- Ouverture sur le monde et apprendre à se socialiser (des activités sont proposées hors institution, et se pratiquent souvent avec des enfants dits « normaux »)

Le champ d'action éducative est très vaste, et l'éducateur à l'école a des temps dits de préparation, afin de préparer et imaginer des outils ou des exercices « supports » à l'apprentissage. Educateur en activités de jour signifie réfléchir à trouver des outils médiateurs ou prétextes à la communication et à l'apprentissage le plus adapté possible aux jeunes. Les pistes de réflexion et les points à travailler avec chaque jeune sont systématiquement basés sur un projet individuel

Toutefois, ces outils m'ont posés régulièrement questions. Pour exemple, je citerai le cas de Yohan: Yohan est un jeune garçon de 15ans, atteint de troubles envahissants du développement. Le jeune ayant des difficultés de concentration et de mémoire, l'équipe éducative a donc mis en place différents outils afin de l'aider à mieux se repérer et se débrouiller tout seul. Des photos décomposant l'acte de se laver et se sécher les mains ont été placées au-dessus du lavabo. Le même système a été mis en place pour la vaisselle, le lever etc.. Quelques semaines plus tard, un bilan a été fait : les outils censés être une aide pour Yohan se sont révélés être plus une source d'angoisse qu'autre chose. En effet, de par le nombre important de supports,il les oubliait ou s'y perdait. Ce jeune souhaitait-il acquérir plus d'autonomie ? Est-ce simplement les outils qui ne sont pas adaptés ? A vouloir trouver des outils, ne risque t-on pas de déshumaniser la relation ? La réalité institutionnelle voudrait que les jeunes soient le plus autonomes possibles et communiquent au maximum : est-ce toujours le mieux pour l'enfant ? Jusqu'où doit-on solliciter l'enfant et le pousser à essayer d'aller au-delà de ses capacités ? Est-ce uniquement pour leur bien-être, ou n'est-ce pas parfois par « confort » institutionnel ou semblant de « normalité » ?

Dans la recherche d'outils, ainsi que dans le quotidien, l'une des principales difficultés reste de pouvoir valoriser, et non pas stigmatiser les jeunes. Dans un groupe qui change toutes les heures, où l'éducateur est seul parfois pour 9 enfants, il est difficile de valoriser l'enfant et ne pas céder au « fais pas ci, fais pas ça » sinon punition ! Autre difficulté dans des groupes d'enfants aussi importants, ne pas léser les jeunes les plus discrets, qui ne font pas de « vagues », au profit des plus turbulents.

Malgré des conditions d'actions parfois peu favorables, il me semble que la motivation et l'investissement du personnel peut pallier aux restrictions actuelles de la politique sanitaire et sociale en France. Ainsi, quelque soit la fonction de l'intervenant, la notion d'équipe et le désir de résultats priment : les efforts relationnels de chacun en étant le meilleur garant. Mon dernier constat : il me semble que nous n'en sommes qu'aux prémices de la compréhension de certains types de handicap (autisme...) Cela m'apparaît comme d'autant plusdommageable car n'oublions pas que le handicap mental est un sujet qui peut tous nous toucher dans notre vie.