Deux journalistes d’un hebdomadaire ont publié les confidences d’une femme qui dit s’être fait abuser par le ministre de l’Écologie en 1997.
Nicolas Hulot a opéré son retour sur le devant de la scène médiatique en mai 2017 dans le prolongement de l’annonce du premier gouvernement d’Emmanuel Macron et de son Premier ministre Édouard Philippe.
Lancé depuis à peine un mois, Ebdo est un journal papier sans publicité édité par la société Rollin Publications à paiement variable (3,50 euros) selon les revenus de l’abonné. L’hebdomadaire a été cofondé par l’ancien secrétaire d’État socialiste Thierry Mandon et l’équipe de la revue XXI.
La rédaction est dirigée par Patrick de Saint-Exupéry et Constance Poniatowski. Les journalistes, se montrent une trentaine de titulaires en CDI et sont issus d’horizons très éclectiques, ils viennent du Figaro ou du Journal du dimanche pour vous donner un exemple. L’originalité du magazine consiste à ne pas animer de site Internet. Contraint de justifier la parution d’une investigation, l’hebdomadaire a mandaté le tandem qui a diligenté l’enquête, Laurent Valdiguié et Anne Jouan, sur RTL, Quotidien chez TMC et C à vous sur l’antenne de France5. Ebdo ambitionne 90 000 ventes chaque semaine d’ici la fin de l’année prochaine. Se reposant initialement sur l’indépendance de l’hebdomadaire, et le poids des mouvements pour la libération de la parole à propos des abus envers les femmes pour rendre l’article public, les auteurs nous ont apporté un tout nouvel éclairage.
Le journaliste Laurent Valdiguié a admis que le choix de publier briguait une réponse à la question : pourquoi Nicolas Hulot a-t-il renoncé plusieurs fois à se lancer dans la course à la présidentielle ?
Pour sa part, la chroniqueuse Anne Jouan, dans l’émission « Quotidien » joue sur la corde sensible d’un témoignage d’une jeune fille fiable, appuyée et fortifiée par les déclarations de son père, Gilbert et de son oncle, Jean-Christophe.
Elle estime que c’était son devoir de journaliste et qu’elle courait bien évidemment le risque que le témoignage se révèle faux ou mensonger, mais elle assume les recherches qu’elle a effectuées.
Nicolas Hulot a choisi d’anticiper l’affaire plutôt que de la subir.
Que contient cet article ?
Le journal ne précise pas la teneur des faits en eux-mêmes, il recueille un témoignage.
Dans l’enquête publiée dans le magazine Ebdo parue ce vendredi 9 février, les allégations portées à l’endroit du ministre demeurent assez claires. Aujourd’hui âgée de 40 ans, la maman de deux enfants vit à l’étranger et vient de reprendre ses études. Elle tient à ce qu’on ne révèle pas son identité, mais c’est sans compter la renommée de son nom de famille. Elle explique avoir été abusée par Nicolas Hulot, dans sa villa en Corse, à l’été 1997. À cette date, c’est une jeune fille de 20 ans qui se promeut dans sa vie professionnelle. Nicolas Hulot, lui, est le très populaire présentateur du programme de télévision Ushuaïa et il s’apprête à lancer « Opération Okavango », sa nouvelle émission sur TF1.
Bérengère Bonte, dans les mémoires de Nicolas Hulot L’ouvrage revenait notamment sur le profil d’infatigable « séducteur » de Nicolas Hulot. Un qualificatif qui avait le don d’énerver le concerné, mais qui semblait corroboré. « Vous ne pouvez pas écrire une biographie de Nicolas sans considérer cet aspect du personnage. le livre relève « des novices anonymes, assistantes d’émission, stagiaire ou de jeunes femmes issues de la sphère publique », sur lesquelles Nicolas Hulot aurait jeté son dévolu. Un extrait évoque « une petite-fille de Mitterrand, apprentie photographe, qui reste une semaine chez lui sans ramener un seul cliché ». Pascale Mitterrand avait passé sept jours dans la maison corse de Nicolas Hulot, alors animateur vedette de TF1, à la demande de l’agence de photo Sipa pour laquelle elle travaillait.
La jeune femme n’emploie pas le terme de viol, mais celui d’acte sous contrainte. Pendant des années, Pascale Mitterrand n’en parle à personne. En 2008, onze ans après les faits et un an après la fin du délai de prescription, elle s’arme de courage et livre sa version dans un commissariat. Informé de cette démarche, Nicolas Hulot est entendu le 16 août de la même année. Il conteste les déclarations. Après trois mois d’enquête, le 3 novembre 2008, l’affaire est classée par le parquet de Saint-Malo. Dans son témoignage anonyme livré à Ebdo, Pascale Mitterrand explique pourquoi elle n’a pas déposé plainte plus tôt : « Mon but n’était pas de le faire juger, mais de le mettre devant sa conscience », avant d’affirmer que pour elle « la page était tournée ».
La deuxième accusation émane d’une ancienne salariée de la fondation Hulot qui mentionne des actes et des propos s’apparentant à un harcèlement sexuel.
Le ministre voulait protéger sa famille
Nous demeurons loin du scandale d’État, mais Laurent Valdiguié constate tout de même qu’il cite une grande famille française et qu’il élude un secret qui dure depuis deux décennies. Pour lui, le fait que Nicolas Hulot ait longtemps refusé d’entrer en politique pourrait puiser son origine dans cette histoire et son déni pour se lancer dans la course à la présidentielle. Le ministre pourra compter sur le soutien de Florence Lasserre, son épouse depuis quinze ans, pour lui prêter main-forte. En 1996, Nicolas Hulot divorce de sa première conjointe, la double championne du monde d’escalade, Isabelle Patissier.
Puis il rencontre Florence, alors hôtesse de l’air. Ils donneront naissance ensemble à deux fils, Nelson et Titouan et se marieront en octobre 2002. Quelques années plus tard, le couple décide de déménager à Saint-Lunaire, en Bretagne. En 2009, elle avait confié à la journaliste Bérengère Bonte dans l’ouvrage Sain Nicolas qu’elle « faisait l’autruche » quant aux rumeurs d’infidélité de son époux. À la suite du conseil des ministres de ce jeudi, un point presse a eu lieu à l’Élysée. Benjamin Griveaux, le porte-parole de l’Élysée affirme qu’il n’y a pas d’affaires, il y a des médisances et un tapage médiatique. Le président de la République a assuré Nicolas Hulot de son entier soutien, tout comme l’ont fait le Premier ministre et l’ensemble des membres du gouvernement.
Tout était prescrit, jusqu’à une éventuelle mise en examen peu probable, mais politiquement, que va-t-il se passer ?