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Un rappel du principe : les chaînes, plateformes de diffusion, ne peuvent pas diffuser un film dès qu'il sort en salle, elles doivent respecter un délai minimum. C'est ce qui s'appelle la chronologie des médias, qui sert à lutter contre le piratage, mais aussi à garantir la survie des salles obscures. Mais, avec l'apparition des plateformes de diffusion comme Netflix, ou les possibilités de streaming, les usages des Français ont évolué. Le gouvernement veut adapter la réglementation à ces nouveaux mode de consommation. En raccourcissant ce délai minimum.

La survie des salles en question

La cérémonie des Césars a lieu vendredi soir ; le monde du Cinéma est sous les feux de la rampe.

Découvrez d'ailleurs ici la liste complète des nominés [VIDEO]. L'argent des diffuseurs - les chaînes comme Canal plus, OCS - permet de produire les films. Les salles permettent de les montrer aux spectateurs, et une partie de leurs recettes sont reversées au ministère de la culture. Le CNC - Centre National du Cinéma et de l'image animée - attribue différentes aides aux créateurs pour compléter leurs budgets. La nouvelle réglementation dont il est question va remettre en cause ce monopole artificiel des salles. Et entraîner nécessairement la fermeture d'établissements qui sont déjà fragilisés par les nouveaux usages de consommation des images.

Qui compensera le manque à gagner ?

Dans l'émission de Sonia Devillers de vendredi 2 mars - l'instant M - sur France Inter, le débat a présenté assez clairement les données du problème, du point de vue des spectateurs.

Mais au delà de savoir si vous pourrez voir tel ou tel film à la télé plus rapidement qu'avant, la question ne serait-elle pas tout simplement de savoir si vous pourrez voir des films tout court ? En effet, si une partie des salles venait à baisser le rideau, qui compenserait le manque à gagner qu'elles versent au CNC ?

Le modèle français en péril

L'argent récolté n'arrivant plus, comment seront financés les prochains films ? Le modèle français, c'est l'exception culturelle, qui met la culture hors du champ de l'économie et de ses règles de concurrence, pour la protéger et laisser le temps aux oeuvres de voir le jour. Les pouvoir publics, par la réglementation, lui ont créé un écosystème accommodant depuis 1959 et l'apparition du ministère de la Culture. Parce que tourner un film prend plusieurs mois, voire plusieurs années, il faut du temps. Mais il semble de plus en plus difficile de maintenir ces règles dans le monde numérique et connecté actuel.

Délai imposé depuis 1982

En 1982, le ministre de la culture Jack Lang, a créé cette chronologie, en fixant à 1 an le temps minimum que les chaînes devaient attendre avant de pouvoir diffuser un film sorti en salle.

Après des luttes impitoyables entre les professionnels, le délai a été raccourci. La réglementation actuelle, qui date de 2009, fixe les principes suivants. Il faut attendre 4 mois pour avoir le droit de sortir un film en DVD ou vidéo à la demande et 10 mois pour qu'il passe sur les chaînes à péage. 22 mois d'attente sont nécessaires pour pouvoir le regarder sur les chaînes gratuites. Pour les plateformes comme Netflix ou Amazon, le délai est de 3 ans.

Le cinéma vivra-t-il sans les salles ?

Le médiateur récemment nommé par la ministre de la Culture va rendre son rapport. Certains éléments ont fuité dans la presse. Canal + pourrait diffuser les films 6 mois après leur sortie. Vidéo à la demande et DVD pourraient diffuser à partir de 3 mois ! Et les plateformes par abonnement pourraient démarrer à 6 mois, si elles versent une part significative de leurs recettes au CNC. Les petites et moyennes salles ont rarement les films dès leur sortie, et doivent attendre que les distributeurs les leur donnent. Si le délai est trop court, le spectateur pourra voir son film sur d'autres écrans, sans avoir à se déplacer. Certains affirment que s'il est trop long, cela alimente le piratage. Quel que soit le délai choisi, s'il raccourcit, la mort des petites salles n'est-elle pas annoncée ?