Dommage, parce que c'est une ville de contraste, qui a beaucoup à donner. Mais quelle surprise, quand on se promène dans les rues, de constater qu'il est difficile de savoir ce que font les nombreux jeunes et moins jeunes qui se tiennent dans les rues. La lecture de la presse locale suffit à prendre la température : rien qu'en décembre, les meurtres liées au trafic de stupéfiants ont fait les gros titres. Sur France Inter dimanche 20 janvier, dans l'émission Interception de Vanessa Descouraux, "Marseille, esquisse d'une insécurité du quotidien", on peut y entendre des propos d'habitants hallucinants, dont celui d'un homme en prison pour avoir un jour de ras le bol du bruit et des incivilités, décidé de faire justice lui-même "parce que la police ne vient pas".

Même s'il faut condamner l'acte, on parvient toutefois à se mettre à sa place.

"Faut payer pour sortir Madame"

C'est ce qu'un jeune âgé d'à peine 14 ans a pu dire à une touriste qui traînait sa valise juste à côté de moi à la sortie du métro sur le vieux port.

Celle-ci ne s'est pas laissée impressionner, mais on peut se demander là aussi ce qui se serait passé si elle avait eu peur. Même Paris paraît sécurisé à côté. Voici ce que le serveur à pu dire à un bar, cours Saint Julien, un samedi soir, quand voulant aller retirer de l'argent à un distributeur pour payer : "je vais prendre la carte, parce qu'au distributeur, c'est parfois mal famé". On touche à mon sens du doigt à la notion de recul de la république. Quand des zones, des rues, des endroits, sont à éviter, sous peine de se faire agresser, c'est que le territoire n'est plus un et indivisible. Qu'il est compartimenté. De fait, j'apprendrais plus tard qu'une agression violente a eu lieu à cet endroit, par la lecture de la presse, dans la nuit du vendredi 1er au samedi 2 décembre, et que la personne est décédée des suites des ses blessures.

La situation s'est dégradée en 20 ans

Malheureusement, je dois dire que la situation s'est dégradée. J'y ai travaillé il y a 20 ans, et la ville m'avais paru plus paisible à l'époque. Je n'ai pas ressenti la violence avec une telle acuité quand, à l'époque, je sortais pourtant et fréquentait les lieux nocturnes. En faisant une rapide revue de presse, ce qui saute au yeux, c'est l'omniprésence des stupéfiants dans les situations où la violence entre en scène. Un reportage dans le journal La croix de janvier 2017 parle de la guerre des gangs, de réseaux qui se déplacent et se reforme après le passage de la police, revenant sur les 5 années d'approche globale mise en place par Manuel Valls, le ministre de l'intérieur de l'époque. L'objectif était d'éradiquer le trafic de stupéfiant qui gangrénait les quartiers défavorisés de Marseille. Méthode nouvelle qui n'a visiblement pas porté ses fruits. Mais le foot, lui, permet à la ville de briller et de se voir sous un beau jour. L'arbre qui cache la forêt ? L'Olympique de Marseille est un des clubs les plus supportés en France. [VIDEO]

Peur pour la ville

On ne sait pas quoi dire, sauf à plaindre les habitants.

A avoir peur pour la ville et son avenir, qu'on dit pourtant radieux. On parle même de ville qui attire. Stratégie de communication de la municipalité ? On pense évidemment aux quartiers Nord d'abord, au centre ville ensuite. Aux commerçants, qui doivent évidemment subir des rackets, et se soumettre à la loi du silence. On se doute bien que les rues, vraies lieux de distributions à ciel ouvert, valent cher chez les trafiquants. Que la cohabitation avec le commerce illicite doit être rugueuse. Au hasard des conversations, certains lâchent "il ne faut pas céder, je me suis moi-même battu au sens propre avec eux, mais je ne me suis pas laissé faire". Ambiance. Que font alors les politiques pour aider les habitants ? La politique urbaine de Marseille qui est plus que défaillante. Et tout là-haut, perchée à 160 m, Notre Dame de la Garde, toute rénovée, qui attire ses 2 millions de visiteurs par an. Sur qui veille-t-elle ? Sur les marins, qui sont chahutés par la mer parfois démontée, ou sur les Marseillais, qui marchent sur une ville en ébullition ?