Près d’un million d’espèces dans le monde sont en voie d’extinction selon l’ONU. Triste record planétaire. C’est tout un écosystème qui est fragilisé. En Europe, 80 % des insectes volants sont morts en trois décennies. 90 % des grands poissons se sont éteints en 50 ans. L’occasion de mettre en lumière la lutte de trois associations impliquées : l’ASPAS (Association pour la Protection des Animaux Sauvages), Sea Sheperd et la LPO (Ligue pour les oiseaux).

En France, même constat : La pie grièche à poitrine rose a presque disparu au Sud-Ouest de Montpellier, cet été. A la même période, 80 ruches d’abeilles ont été perdues près du même endroit, jamais il n’y a eu pire récolte. Cette année, en deux mois, des milliers de dauphins ont été tués à cause de la pèche dans le Golfe de Gascogne. La liste des espèces menacée est longue : le bison d’Europe, les loups et les ours répertoriés comme des « nuisibles », les chauves-souris, la vipère..

Une lutte acharnée

L’ASPAS, association de protection des animaux sauvages, s’engage depuis 2003 dans la préservation des espèces sauvages et de la nature. L’association combat le lobby de la chasse et mène des actions juridiques contre les arrêtés anti-nuisibles. Elle achète aussi de vastes zones naturelles pour en faire des réserves. Marc Giraud, écrivain et journaliste, est engagé depuis 30 ans dans la défense animale.

En tant que porte-parole de l’ASPAS, il pointe du doigt la destruction importante de la vie sauvage. Entre 1992 et 2016, plus de 40 % des insectes ont disparu. Les papillons (en mars 2018, 266 espèces sur liste rouge) meurent massivement tout comme les oiseaux : il y a 50 % d’alouettes des champs en moins et 40 % de perdrix en moins.

La LPO, ligue pour la protection des oiseaux, mène de nombreuses actions en France et à l’international.

Elle organise des milliers d’activités pour informer et sensibiliser et s’implique aussi dans des affaires juridiques pour la défense de la nature. D’abord, uniquement dédiée à la protection des oiseaux, l’association veille sur de nombreuses autres espèces terrestres. Kim Dallet, attaché de presse de la LPO annonce : "Je pense au gypaète barbu, parmi les oiseaux en voie de disparition. Cela entraîne un problème dans la chaîne alimentaire car il a un vrai intérêt biologique. C’est comme le dernier maillon de la chaîne alimentaire."

Pour Lamya Essemlali, fondatrice de Sea Shepherd France, bras droit de Paul Watson, la situation est critique : "Les espèces qui résistent le mieux sont celles qui ont des capacités d’adaptation plus importantes. C’est vraiment minime comparé à toute la destruction actuelle des écosystèmes quand on sait que 40 % de la vie sauvage a disparu depuis 30 ans".

Lamya Essemlali a fondé Sea Shepherd en 2006, après la rencontre de Paul Watson à Paris lors d’une conférence. Déjà engagée auprès de Greenpeace, comme Paul Watson jusqu’en 1977, elle mène de front, avec Sea Sheperd, plusieurs opérations de défense animale à travers le globe, des luttes nécessaires pour les espèces marines moins bien prises en compte que les espèces terrestres. En 2014, 750 baleines sont sauvées des braconniers. La chasse aux baleiniers n’est pas terminée au vu de la reprise de la traditionnelle pèche aux baleines, au Japon, cet été.

L’opération Nyamba 3 à Mayotte permet d’agir pour la protection des tortues.

Sea Shepherd se met en travers de la route des braconniers de tortues. Des spécimens fragilisées lors des pontes nocturnes sur la plage. Cette année, l’impact positif de Nyamba 3 augmente encore. L’objectif principal est de pérenniser l’opération, en l’étendant à plus de plages et en créant un réseau avec d’autres associations locales de Mayotte.

Agir pour la planète

Pour Marc Giraud, il y a d’importantes pressions financières et politiques : "On est vraiment dans un bug humain. Les scientifiques et d’autres personnes sont très au courant de tout ça mais personne ne veut les écouter. On ne veut pas faire d’efforts car en tant qu’humain, on recherche le plaisir immédiat".

Parfois, on parle de produit durable alors que ce n’en est pas vraiment un : Lamya Essemlali s’est interposée à plusieurs reprises contre cette idée de "pêche durable" . Pour elle, c’est presque un mensonge et la plupart des labels qui s’en réclament ne sont pas fiables.

Les pesticides

Les pesticides, produits chimiques, destinés à protéger les récoltes des insectes ou des maladies, sont trop présents autour de nous : La France est le deuxième producteur de pesticides en Europe. 70 000 tonnes sont utilisées chaque année. Plus de 90% de nos cours d’eau sont pollués par au moins un pesticide.

Selon Marc Giraud, les pesticides ont été inventés dès la fin de la première guerre mondiale. Leur nocivité n’est plus à prouver, en bon descendants des gaz allemands. L’industrie a généré des pollutions et les pesticides sont au premier plan. (cf. livre de Rachel Carson : Le printemps silencieux qui a révélé l’impact des pesticides au grand jour). Le gouvernement a pensé trouver de nouveaux débouchés économiques en fonçant dans le tout pesticide. Certains agriculteurs ont même été payés par les lobbyistes.

Se débarrasser de l’impact chimique des pesticides est difficile : "On retrouve toujours des traces de pesticides dans l’ADN exposé, même 20 ans après. Il y a de nouvelles molécules de prêtes dès que certaines sont prohibées. Il est difficile d’atteindre ceux qui font les pesticides car les pressions en jeu sont énormes."

La chasse, une exception française

La chasse est une spécificité typiquement française. La France parvient à déroger aux directives européennes et peut chasser certaines espèces normalement protégées : 63 espèces sont chassées dont une vingtaine sont classées sur la liste rouge de l’UICN, l’Union Internationale pour la conservation de la nature. Un chiffre deux fois plus important que la moyenne européenne : seules 30 espèces sont autorisées à être chasser dans l’Union Européenne.

Le lobby de la chasse a aussi un poids juridique : certains préfets sont parfois amenés à délivrer des autorisations de chasser des espèces en voie d’extinction. Pour Marc Giraud, l’homme détruit son environnement à l’image du lobby de la chasse accusé de plusieurs dérives comme la chasse aux enclos (parcs d’attractions) à l’origine d’un grave problème de souffrance animale. Un danger aussi pour l’équilibre de nos écosystèmes car les chasseurs vont même jusqu’à introduire des espèces non déclarées et étrangères.

Des combats juridiques

Ces associations n’hésitent pas à s’engager dans des combats juridiques comme c’est le cas pour la LPO et l’ASPAS. La LPO, ligue pour les oiseaux, travaille de concert avec de nombreuses personnalités politiques de l’Union Européenne. Elle a eu recours à plusieurs actions juridiques comme des procès et des plaintes contre les arrêtés anti-nuisibles : "Les rapaces sont considérés par les hommes comme des nuisibles. La chouette est aussi accusée de bien des maux alors qu’elle est indispensable", insiste Kim Dallet.

Dans une même optique, l’ASPAS a aussi mené de nombreux combats juridiques contre ces arrêtés émis à l’encontre des espèces "nuisibles". Marc Giraud est formel : "Le sanglier n’est pas nuisible tout comme le renard et pourtant ils sont répertoriés en tant que tels. On a sauvé 600 000 animaux en nous opposant à différents arrêtés".

Mauvaises habitudes et capitalisme

Kim Dallet de la LPO annonce que nous avons des habitudes bien ancrées et ce qui est difficile c’est de ne plus les reproduire. L‘agriculture intensive et industrielle est responsable de la destruction des oiseaux et de la petite faune sauvage - les mulots sont empoisonnés par des granulés chimiques dans les plantations, par exemple.

D’autres obstacles, liés à l’urbanisation, gêne les oiseaux

– la pollution lumineuse : comme c’est le cas dans les pôles urbains tel que le quartier de la Défense où presque tout reste allumé. Les oiseaux se font avoir car sont attirés par la lumière. En conséquence, ils se tapent souvent contre les vitres de ces bureaux.

-les lignes électriques sont aussi un obstacle mortel.

Sans compter, la destruction des habitats des oiseaux tels que les arbres : "Chaque année, 80 000 hectares de béton sont installés. Même les arbres morts servent d’habitat aux insectes xylophages et aux oiseaux."

Lamya Essemlali de Sea Shepherd parle d’un « monde de violence » envers le vivant :"L’étau se resserre et on atteint des seuils de non retours. C’est de pire en pire car il y a une dégradation des habitats marins".

Prise de conscience

Les associations contactées sont unanimes pour dire qu’il y a tout de même une prise de conscience de la population et des instances politiques. Kim Dallet témoigne d’un début de prise de conscience dans les années 70 : à la même période que la ratification de la directive oiseaux par l’Union Européenne, en 1979. Depuis quelques années, cette prise de conscience est devenu encore plus importante mais la situation reste urgente.

Les efforts déployées pour promouvoir les actions de lutte des associations ne sont pas restés vains. Lamya Essemlali assure qu’elle est mieux comprise depuis les premiers pas de l’association : "On se rend compte que la situation est plus urgente et le fait qu’on soit plus connu aide beaucoup. Pour les financements on est 100 % indépendant du gouvernement. On fonctionne avec les dons des adhérents et des personnes extérieures".

Les solutions

Plusieurs actions sont envisageables pour lutter contre l’extinction de masse. La première solution est de s’engager aux côtés d’associations de lutte contre la destruction de la faune sauvage. Elles sont nombreuses : LPO, Sea Sheperd, l’ASPAS mais aussi la WWF, Peta ….

On peut pratiquer l’éco-tourisme pour réinvestir autrement la nature comme le suggère Marc Giraud : "On achète des réserves et des pans de montagne. Notre parrain, Jacques Perrin, investit la libre naturalité en interdisant la chasse contrairement à d’autres réserves où elle peut être autorisée. Dans le Vercors, on a aménagé 500 hectares avec une grande variété d’espèces coexistantes : chevreuils, chamois, aigles, cerfs."

D’autres actions collectives comme le nettoyage des plages sont promues. Sea Sheperd s’adresse directement au public quand les politiques tardent à ratifier des lois : "On fait appel aux bénévoles via les réseaux sociaux. Ça devient un véritable acte symbolique en attendant l’interdiction totale de l’usage du plastique planifiée en 2040 par le Sénat".

Elle ajoute : "On est impliqué dans l’animation d’un réseau. Certains agriculteurs signent une charte des agriculteurs et montrent que tout est mis en œuvre. Ils sont alors labellisés."

Les centres de soin

« La première cause de mort d’un animal, c’est le stress », déclare Kim Dallet de la LPO. Elle revient pour nous sur le fonctionnement d’un centre de soin dédié aux animaux marins et terrestres mal en point :

"Un oiseau sauvage mazouté va être extrêmement stressé. Entouré d’une pellicule de mazout, il ne peut plus voler et peut avoir rapidement froid. Une fois recueillis, il faut les réhydrater et les réalimenter puis ensuite effectuer 3 ou 4 lavages selon la gravité du cas. Il faut savoir qu’un oiseau est très fragile. Si l’oiseau a réussi à tenir, on le relâche ensuite".

La LPO se démène pour augmenter le nombre d’espèces recueillies au sein de ces centres de soins, dans toute la France. En 2018, pas moins de 4000 animaux ont été pris en charge dans le centre de soin d’Audenge. Un record en 16 ans d’existence de l’association et une augmentation de 30 pour cent d’animaux soignés par rapport à 2017.

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