La France est bizarre : nous prenons des lois qui sont quelquefois inapplicables. Il avait été décidé que le port du voile intégral était interdit dans l’espace public et que les contrevenantes musulmanes devraient faire l’objet d’une contravention. Il serait intéressant de voir, depuis la prise de cette décision, quelles sont les statistiques permettant d’affirmer ou d’infirmer l’efficacité de cette décision. La question est celle du port d’un voile non intégral dans l’espace public, à l’université et dans les médias car Madame Maryam Pougetoux est porte-parole de l’UNEF à Paris IV et s’exprime, non en son nom, mais en celui du syndicat qu’elle représente.

Le problème est né de la différence d’appréciation par les différents acteurs de la vie politique française du voile porté par Madame Pougetoux. Pour l’UNEF, il n’y a pas de problème car le port du voile est libre à l’université et Madame Pougetoux a le droit de le porter pour représenter l’UNEF.

L’UNEF est une organisation syndicale privée mais qui intervient dans l’espace institutionnel public pour défendre les intérêts des étudiants qui en sont les membres. Pour Collomb, c’est une provocation et pour Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat à l’égalité entre les hommes et les Femmes, Madame Pougetoux fait la promotion de l’islam politique. L’UNEF crie à l’islamophobie au nom de la laïcité donc de la différence assumée. On attend de Macron qu’il précise les contours de la laïcité à la française. Est-ce une laïcité radicale (1905), ou bien une laïcité plus flexible, plus ouverte aux évolutions de la société ? Le fait religieux s’invite dans la politique et la politique, par stratégie, voire par lâcheté, ne veut pas se prononcer pour ne pas être en contradiction avec des électeurs potentiels.

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La question de l’islam est au cœur du débat actuel en France et il faudra bien l’aborder de face et éviter les circonvolutions auxquelles les hommes politiques nous ont habitué. La loi de 1905 est claire sur la promotion de la laïcité et ses conséquences : séparation entre sphère privée (religion) et sphère publique (citoyenneté). Le judaïsme et le christianisme, après des difficultés et des résistances, ont accepté le principe, une difficulté apparaît avec l’islam car il n’y a pas de séparation entre sphère publique et sphère privée.

Pourquoi le cas de Maryan Pougetoux est-il un problème dans notre société ?

Notre République a beaucoup de mal à trancher la question des rapports entre l’islam et la société française. Le port du voile est devenu un signe identitaire après la victoire relative de l’islam intégriste sur l’islam modéré et tempéré. La guerre d’Al Qaïda en Afghanistan à partir de 1979 contre la Russie, les prêches des imams pour un islam du retour aux origines, l’émergence d’un Daesh faussement intégriste mais plus affairiste, le silence des autorités sunnites de l’Université Al Azhar en Egypte ont précité la question du voile dans l’espace politique français.

Il faut noter que l’apathie en France pour prendre les décisions, même quand des lois ont été votées, est liée aux intérêts économiques et financiers que la France possède au Moyen-Orient vis-à-vis des pays comme l’Arabie Saoudite ou l’Iran. Il faut noter que l’islam est d’abord un fait total, au sens de Marcel Mauss. L’islam est à la fois politique et religieux et on ne peut pas faire un découpage entre sphère privée et sphère publique comme on a réussi à l’admettre pour le judaïsme et le catholicisme. Il faudra beaucoup de pédagogie et de prise de décision ferme pour amener l’islam à opérer un grand aggiornamento par rapport à ses principes traditionnels.

Comment réconcilier thuriféraires et contempteurs de Maryam Pougetoux ?

Le port du voile par Maryam Pougetoux pose une question essentielle à notre société : la prise de parole, non en fonction de ses valeurs religieuses, mais en tenant compte de la citoyenneté militante et politique. Madame Pougetoux, en intervenant avec son voile, parte-t-elle au nom d’un islam politique ou pour défendre les militants de l’UNEF ? Les thuriféraires répondent oui à la deuxième proposition et les contempteurs oui à la première. Nous sommes au cœur d’une difficulté dans la société française, alimentée en plus par les distorsions de la barbarie terroriste dont certains de ses malfaisants se réclament de l’islam. Certains n’hésitent pas à faire l'amalgame entre islam et terrorisme. Macron tarde trop à clarifier un débat et une question centrale que les précédents gouvernements ont évacué au nom de la cohésion sociale et du vivre ensemble. L’islam est un fait total et articule en même temps l’individu dans la collectivité, ce qui pose problème dans une société française où la sécularisation du fait religieux est devenue une marque de fabrique.