"Je me consacre à mon mari maintenant, notre vie de couple avant tout, c’est le plus important", témoigne Christel, gilet jaune, qui vient de se marier avec Enrick, rencontré sur un rond-point en début de mouvement.

Une histoire qui fait réfléchir sur la place de l'affect dans ce groupe ambivalent. Malgré les divisions et son désordre apparent, une pérennité réelle existe, bien qu'elle soit malmenée et commence à peine à s'essouffler.

La colère, terre nourricière des gilets jaunes, acte 1

Né en octobre 2018 sur les réseaux sociaux en réaction à la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques, le mouvement exprime très rapidement la colère de chacun face à la baisse du pouvoir d'achat. Le groupe puise sa légitimité et sa popularité dans ce fait établi, qui est également source de mécontentement depuis des années.

Le leitmotiv fédère, et par son expression, ouvre les portes à une parole libérée, partagée et très rapidement diffusée grâce aux réseaux sociaux. L'individu isolé et sa pensée solitaire trouvent enfin un écho à l'échelle nationale. Comme terrain de jeu, la rue, mais aussi et toujours, les groupes créés sur les réseaux sociaux. Nouvelle agora de notre ère résolument numérique, faisant fi de toutes différences de sexe, d'âge, de catégorie socio-professionnelles, l'unité se nourrit d'un sentiment de colère unanime enfin exposée. "Je", ne fais plus partie des anonymes, il s'exprime et existe enfin.

En quoi les gilets jaunes diffèrent des autres mouvements, acte 2

Les gilets jaunes diffèrent des autres mouvements. Fondé, comme évoqué dans l'acte 1, sur la colère et un sentiment d'injustice profond, le mouvement se nourrit encore de l'affect de chacun de ses membres. Pour exemple, le RIC qui s'invite et s'impose très rapidement sur le devant de la scène comme une évidence est né sur le terreau d'une parole inhibée.

Pour autre preuve, les témoignages de vie relayés dans les médias, personnels, intimes. Sources d'une colère parfois mal définie, ils sont peut-être aussi à l'origine des revendications éparses. Dernier indice qui vient à l'esprit, l'hommage récent aux personnes décédées, quelle qu'en soit la véritable cause.

Le mouvement surfe sur la souffrance, l'expose, peut-être même l'instrumentalise, pour légitimer les actions et la persévérance dont il fait preuve.

La colère unie et gomme les différends.

Des liens se sont créés, l'isolement a été rompu pour certains, "je" n'est plus un solitaire isolé, c'est un solitaire solidaire des autres solitaires. L'amitié est au rendez-vous, l'amour aussi, et peut-être, pour certains, est-ce le plus important ?

Pour conclure, si cette colère a longtemps rendu la mobilisation populaire, il semble qu'elle doive céder sa place à la raison, pour un dialogue possible.

C'est en tout cas ce qui ressort des sondages récents.

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