Dans son avant-dernière édition, Le Canard enchaîné avait évoqué les conditions de travail et surtout de rémunération (à temps très partiel chichement rétribué pour le député ou sénateur, à temps incertains, mieux payés par d'autres) des autres assistants parlementaires de François Fillon ou Marc Joulaud. Il était surtout question d'Igor Mitrofanoff et de Jeanne Robinson-Behre. Mais, assez bizarrement, le nom de Maël Renouard n'apparaissait pas. Pourquoi ? Parce que, comme l'a très maladroitement expliqué Florence Portelli, porte-parole de François Fillon, sur BFM, un assistant parlementaire pourrait "même être payé à tricoter : quand vous êtes député ou sénateur, vous décidez du travail de votre collaborateur" ?

De quoi inciter l'instruction à perquisitionner tous les domiciles des questeurs des deux chambres et faire mettre sous scellés tous les chandails, toutes les écharpes. Plus c'est gros, mieux cela passe, mais les dispositions réglementaires et le droit du travail, le code des sociétés, sans entrer dans les détails du travail aux pièces, contredisent clairement les propos de la maire de Taverny, dont l'oncle n'est autre que Serge Portelli, magistrat. Il va y avoir des points de droit à l'envers et à l'endroit discutés lors des dîners en famille. La nièce du magistrat illustre fort bien la conclusion du livre Ruptures (chapitre Les Deux France) diffusé en ligne en accès libre par son auteur et oncle.

L'autre hypothèse serait que Maël Renouard ait été l'un des informateurs du Canard enchaîné (et donc quelque peu protégé). En fait, Paul Aveline, de BuzzFeed News, a pu déterminer que Maël Renouard apparaissait en tant que "Mael Regnard" sur la fiche des assistants de François Fillon. Il existe bien, à Paris, un Mael Regnard, qui n'est qu'un homonyme.

Mais en novembre 2013, Astrid de Larminat, du Figaro, évoquait longuement l'ex-normalien et écrivain Maël Renouard, par ailleurs membre du cabinet (ministériel) de François Fillon "en qualité de conseiller technique chargé des discours". Et rédigeant, "de 2009 à 2012", des allocutions "pour des remises de décorations diverses" (celle de Grand-Croix de la Légion d'honneur de Marc Ladreit de Lacharrière, propriétaire de La Revue des Deux Mondes, fut décernée par François Fillon fin déc.

2010).

Plume multitâches

C'est après son passage au cabinet ministériel (de nov. 2013 à sept. 2015) que Maël Renouard se retrouve, début 2016, à être présumé rétribué par François Fillon redevenu parlementaire. Les périodes reconnues par l'intéressé et portées sur les fiches de l'Assemblée diffèrent, et Maël Renouard n'a pas indiqué à Paul Aveline comment (liquidités, chèque, virement…) et combien il avait été rétribué pour divers travaux d'écriture. Travaux qui ne semblent pas vraiment être en rapport avec la mission parlementaire de son employeur. "Contactée une quinzaine de fois, l'équipe de François Fillon a toujours refusé de répondre à nos questions", indique Paul Aveline. C'en est à se demander si Maël Renouard, en sus d'être nègre littéraire, n'était pas aussi un prête-nom, volontaire ou non (soit qu'il ait appris du journaliste qu'il avait été désigné assistant parlementaire).

François Fillon a déclaré que des proches l'ont effectivement assisté et qu'il le démontrerait. Il a surtout démontré son talent à détricoter l'union de LR et de l'UDI... Peut-on respectueusement suggérer aux magistrats instructeurs que, pour limiter les frais d'enquête, les convoqués comparaissent munis de leurs pelotes et de leurs aiguilles afin de pouvoir démontrer leur dextérité à enchaîner les points de tricot (le bouclette, le filet ajouré, le godron, l'élastique en zig-zag, &c.). En espérant qu'ils puissent démontrer qu'ils ne coincent pas sur le point de bulle… Doit-on aussi comprendre que le travail des assistants parlementaires LR consistera à fabriquer pancartes et banderoles mettant en cause la presse, la magistrature et la police en vue de la manifestation de dimanche prochain place du Trocadéro ?