Mercredi, la Commission d'enquête du Sénat a rendu les conclusions de son rapport sur l’affaire Benalla. Le texte qui met directement en cause l'Elysée a depuis suscité de vives réactions du côté de l'exécutif. Dès son annonce, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, le jugeait miné par un certain nombre de contre-vérités. Désormais, c'est Edouard Philippe qui affiche sa surprise face à une séquence dont il regrette la tonalité très "politique".

Pour le Premier ministre, aucun doute sur le fait que le principe de séparation des pouvoirs interdit formellement au Sénat d'avoir son mot à dire sur l'organisation interne de la Présidence de la République.

Une formulation qu'il estime clair dans les deux sens, ne manquant pas de faire réagir dans la foulée la Chambre haute où on ne partage absolument pas cette analyse de la situation.

Jouer le rôle de contre-pouvoir

En effet, de nombreux sénateurs se sont offusqués de la sortie d'Edouard Philippe, estimant qu'avec leurs propositions mises sur la table, ils étaient parfaitement dans leur rôle de contrôle du fonctionnement de l'Etat. Co-rapporteur de la Commission d'enquête, Jean-Pierre Sueur (PS) a d'ailleurs souligné son plaisir d'avoir vu les travaux aller à leur terme, sans la moindre interférence.

Des travaux qui auront été alimentés pendant sept longs mois par les révélations les plus surprenantes, avant de déboucher sur la volonté du Parlement de se voir renforcé vis-à-vis du chef de l'Etat.

Alors, avec la large couverture médiatique dont bénéficie l'affaire depuis son déclenchement l'été dernier, pas question pour les sénateurs de se faire rappeler à l'ordre par l'exécutif.

La guerre des interprétations

C'est donc par voie de communiqué et sur un ton ferme que la Commission d’enquête sénatoriale a choisi de répliquer dans l'après-midi de jeudi.

Sénateur LR de la Manche et président de la Commission, Philippe Bas a notamment souligné son intention de ne pas se livrer aux commentaires de commentaires, tout comme les deux co-rapporteurs, Muriel Jourda (LR) et Jean-Pierre Sueur (PS).

Les trois élus estiment que loin de tout ce qu'affirme le chef du gouvernement, ils ont toujours "scrupuleusement respecté" le principe de séparation des pouvoirs.

Un principe auquel ils marquent un profond attachement. En toute fin de leur communiqué, on peut ainsi lire un appel au respect plein et entier de la mission de contrôle du Parlement ! Pour sa part, la réponse de l'Elysée aux recommandations du Sénat devrait être apportée dans les prochains jours.