A l'Assemblée nationale ce mercredi 12 juin, Edouard Philippe a prononcé un discours de politique générale censé jeter les bases de l'acte II du quinquennat d'Emmanuel Macron. Et il faut dire que loin du ton hésitant de sa première déclaration remontant au 4 juillet 2017, c'est un Premier ministre offensif et sûr de ses forces qui s'est présenté face aux députés. De l'urgence écologique à la très épineuse question de la PMA, le locataire de Matignon a décliné le calendrier et la méthode du gouvernement pour les mois à venir.

A noter que dès sa prise de parole, l'ancien LR a quelque peu esquissé la situation pesante dans laquelle se trouve actuellement la France entre des urgences écologique, économique, sociale et politique. Sans reniement sur les deux premières années de mandat du chef de l'Etat, il note désormais la nécessité de se montrer plus à l'écoute, et de faire avec les Français qui se sont trop souvent sentis coupés des décisions prises par l'exécutif. L'inflexion a largement été appréciée par les députés de la majorité.

L'écologie au centre du jeu

Mais, il faut dire que la grande gagnante de l'évolution du gouvernement, c'est sans aucun doute l'écologie. S'il a reconnu avoir pris son temps pour mettre le sujet au même niveau que l'emploi ou la sécurité, l'ancien maire du Havre assure que l'ambition écologique sera un marqueur de la politique publique de la France pour les prochaines années du quinquennat. Il acte d'ailleurs que le chantier vert n'est pas le monopole d'un camp politique, et de ce fait, de nouvelles mesures s'ajouteront aux dossiers déjà engagés.

Il s'agit par exemple d'une loi contre le gaspillage, qui fera son entrée dans l'hémicycle en septembre pour s'attaquer à l'utilisation du plastique, mais aussi à la gestion des déchets. En bon élève, l'Etat devrait s'atteler à bannir les produits en plastique de ses administrations pour le début de l'année 2020. A ne pas oublier aussi une remise à plat des aides existantes en matière de rénovation énergétique et la convention citoyenne pour la transition écologique qui pourra déboucher sur des lois ou même des référendums.

La PMA en invitée surprise

Toutefois, des nombreux projets de l'exécutif pour l'année 2019, c'est l'engagement sur le chantier de la PMA qui peut sembler le plus surprenant. Si l'annonce était scrutée par de nombreux défenseurs de la mesure, certains analystes politiques avaient pensé qu'Edouard Philippe reculerait sur la question afin d'éviter de crisper les esprits avant les élections municipales.

Finalement, le Premier ministre a décidé d'ouvrir cette promesse de campagne qui permettra aux femmes seules et aux lesbiennes d'y recourir.

Le projet de loi est prêt et devrait être présenté lors d'un conseil des ministres en fin juillet pour une inscription au palais Bourbon en fin septembre. Le chef de gouvernement espère qu'à l'occasion les débats qui seront menés, les discussions puissent se faire dans une atmosphère assez sereine.

En attendant, plusieurs pistes sont sur la table concernant deux aspects de la loi, notamment l'accès à leurs origines pour les personnes nées d'un don et la filiation quand les parents auront fait appel à un tiers donneur.

Les retraites et l'assurance-chômage en embuscade

Quant aux gros morceaux du calendrier de réformes, ce seront assurément la convergence des régimes de retraites et l'évolution de l'assurance-chômage. Si la promesse reste tenue de ne pas bouger l'âge légal de départ à la retraite (62 ans), l'exécutif emboîte déjà le pas à la mise en place d'un âge d'équilibre qui sera nourri par des incitations pour permettre à ceux qui le veulent de travailler plus longtemps. En charge du dossier, le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye détaillera ses propositions en juillet.

Du côté de l’assurance-chômage, on note l'arbitrage décisif du gouvernement qui ne manquera pas de faire pester les associations de patrons. Le Premier ministre a en effet acté l'entrée en application du bonus-malus dans 5 à 10 des secteurs recourant le plus aux contrats courts. En plus, la réforme intégrera la dégressivité des indemnisations pour les salariés appartenant à la fourchette des hauts revenus, dont le gouvernement note qu'ils ont le parcours de retour à l'emploi le plus aisé. Les détails seront annoncés le 18 juin.

Crispation sur la réforme constitutionnelle

Grosse crispation en revanche autour de la réforme constitutionnelle qu'Emmanuel Macron avait appelée de ses voeux à la sortie du Grand débat national. Pointant du doigt la résistance du Sénat, Edouard Philippe a quelque peu ouvert la voie à un report de l’examen parlementaire de la révision des institutions. Le projet reste pour l'heure suspendu entre l'attente du renouvellement de la Chambre haute en 2020, et l'opportunité pour le chef de l'Etat d'interroger directement les Français via un référendum.

Pour le reste, le Premier ministre a promis de mener la lutte contre les abus autour du droit d'asile en organisant chaque année un débat dans l'hémicycle sur l'immigration, dont le premier se tiendra en septembre. Concernant, les baisses d'impôts sur revenu, elles toucheront principalement les classes moyennes, avec les 12 millions de foyers de la 1ère tranche qui gagneront 350 euros, tandis que les 5 millions de la 2e tranche bénéficieront de 180 euros. Ces gains seront actés dans le projet de loi de finances 2020.

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