Ce dimanche 10 novembre, une manifestation est appelée à animer les rues de Paris autour de la question de l'islamophobie qui a fait son retour dans le débat public en France. Mais déjà, les échanges sur le sujet ont réussi à installer le malaise à gauche de l'échiquier politique, obligeant certains acteurs à s'interroger sur le bien fondé de se rendre à l'événement. Au Parti socialiste, on a ainsi adressé une fin de non-recevoir à l'initiative, tandis que chez LFI et écologistes, Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, ont, eux, appelé à participer.

Une présence du CCIF qui dérange

Il faut dire qu'à l'origine, la manifestation a été portée par une tribune publiée dans Libération en date du 1er novembre pour dire stop à l'islamophobie. Il y était question de s'indigner face à la haine dont sont victimes les musulmans, même si certains responsables politiques signataires du texte resteront finalement en retrait de la manifestation. C'est le cas du député européen EELV Yannick Jadot qui a tenu à bien préciser mardi à franceinfo qu'il ne validait pas le texte dans son ensemble, mais plutôt l'idée de se battre contre toute forme de haine.

En cause, une présence active du controversé Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) dans l'organisation de l'événement où de nombreuses personnalités sont attendues. Notant le fait ne pas avoir été informé de l'identité de tous les organisateurs, le député insoumis Eric Coquerel a quant à lui défendu sa signature, assurant que la tribune était vraiment bonne sur le fond. Un avis plutôt bien partagé par son collègue Alexis Corbière qui indiquera aux journalistes du Figaro sa ferme intention de participer à la manifestation de dimanche.

D'autres en revanche iront bel et bien manifester comme la militante féministe Caroline De Haas, mais demandent à ce que leur nom soit retiré de la liste des signataires. Son argument détaillé sur son blog, c'est l'idée que certains parmi les organisateurs se seraient rendus coupables de propos violents à l'encontre des femmes par le passé. Celle-ci a cependant assuré de sa présence dans le cortège de la manifestation afin de soutenir les femmes qui portent le voile et qui sont tous les jours victimes de violences dans la rue ou sur les médias.

Des mots et des prises de position qui font débat

Sinon, il y a ceux n'ont pas signé l'appel à manifester et qui, de fait, n'iront pas manifester, mais tiennent à faire savoir ce qui les gêne dans la démarche.

C'est le cas du secrétaire national du Parti communiste français Fabien Roussel. Ce dernier s'offusque de l'utilisation excessive du mot "islamophobie" trop réducteur à son goût, même si ses camarades de parti Ian Brossat et Stéphane Peu l'ont, quant à eux, déjà validé. Le politicien de 50 ans et élu du Nord préfère décrier l'installation durable d'un "climat malsain" sur fond de forte progression du racisme et de l'antisémitisme en France.

De la même façon, au Parti socialiste, on ne reprend pas le terme d'islamophobie selon une résolution parue le mercredi 6 novembre.

Pour les responsables du parti traditionnel de la gauche, il est en effet important de marquer le droit de chacun de critiquer les religions comme cela est garanti par la République et le principe de laïcité remontant à la loi de 1905. Hors de question donc de reconnaître des mots d'ordre qui estiment les lois laïques "liberticides", alors le combat contre la haine des musulmans doit se faire sous le giron républicain.

Le communiqué des socialistes a d'ailleurs fait écho à l'analyse du député LFI Adrien Quatennens, qui pense que le texte paru il y a 7 jours va trop loin.

Pour lui, ni la loi de 1905 abordant sur le principe de la laïcité, ni celle de 2004 sur les signes religieux à l’école, ou encore celle de 2010 autour de la dissimulation du visage dans la rue, ne sont liberticides. Et autant dire que même dans les rangs insoumis, à l'image de François Ruffin, on ne se sent pas à l'aise avec ce sujet qui pourrait soulever pendant de longues semaines encore de vives discussions.

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