L’environnement juridique et économique est favorable à l’essor de la blockchain en France, mais tout n'est pas au vert pour autant. Les autorités publiques comme la Bpifrance sont ainsi particulièrement attentives au sens du projet et à la personnalité des dirigeants.

N’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure, tout n’est pas uniformément sombre pour l’économie française. Le nombre d’investissements étrangers a même connu un bond foudroyant en 2017 : +31% selon le cabinet EY, contribuant à la création directe de plus de 25 000 emplois.

Une attractivité qui s’explique par un contexte financier stable, les conséquences du Brexit sur la position du Royaume-Uni et le climat pro-entreprises installé par le gouvernement dirigé par Édouard Philippe, dans la lignée des thématiques de campagne d’Emmanuel Macron.

S’il existe un domaine où la France n’a rien à envier à ses homologues anglo-saxons, c’est incontestablement celui des nouvelles technologies.

Disposant d’un vivier d’ingénieurs parmi les meilleurs au monde, profitant d’un environnement législatif favorable, les start-ups de la tech essaiment et irriguent tous les secteurs : financier, juridique, culturel… Et il est un domaine où ces dernières semblent même en avance : celui de la blockchain, cette technologie popularisée par le Bitcoin qui permet des échanges décentralisés, ultra-sécurisés et transparents, sans avoir besoin d’un intermédiaire.

Blockchain : « La France n’est pas en retard »

Déjà en 2016, Clément Jeanneau, co-auteur avec Claire Balva de « La Blockchain décryptée, les clés d’une révolution », dressait un constat plutôt positif de l’état de l’art de la blockchain en France. « La France n’est pas en retard. Il y a eu plusieurs amendements déposés dont un par le gouvernement très récemment et deux par une députée Les Républicains. Et en dehors du monde politique, les entreprises commencent à s'y intéresser. Certaines commencent à vouloir construire des POC, des premiers Proof Of Concept. » expliquait le co-fondateur de Blockchain France, la référence de la blockchain en France.

Deux ans plus tard, cet élan semble se confirmer, même au niveau politique. « Nous n’avons pas le droit d’être en retard sur cette technologie » confie à l’Agefi un député faisant partie de la mission parlementaire sur la blockchain. Cette dernière, qui doit achever ses auditions cette semaine, est censée produire un rapport sur l’état des lieux de la blockchain en France, assortie de recommandations concrètes visant à stimuler le secteur.

Les start-ups, loin d’être laissées pour compte

Autre point positif, le corps administratif sait soutenir ses jeunes pousses innovantes. Dans le domaine de la blockchain, c’est la Bpifrance qui tient la première ligne. « Nous accompagnons aussi bien des startups créées pour développer des solutions pure player de la blockchain, que des entreprises du secteur déjà existantes et qui travaillent sur des innovations » explique Céline Passedouet, responsable sectorielle numérique à la direction de l’innovation Bpifrance.

La banque publique, qui mène également des « actions d’acculturation et de formation en interne », est un pilier essentiel du financement en France par le biais de son programme investissements d’avenir. Et les candidats ne manquent pas : Stratumn, lancée par Richard Caetano et Stephan Florquin qui aident les entreprises à conduire leurs projets blockchain, Keexex, une société fondée par Laurent Henocque qui propose des solutions de travail collaboratif ou encore Blockchain Studio, une entreprise visant à démocratiser la blockchain emmenée par Corentin Denoeud.

Cette dernière illustre d’ailleurs bien les enjeux actuels : si Blockchain Studio a fait une entrée remarquée, notamment grâce au soutien du Lab Engie et à son passage à la BFM Académie, la presse spécialisée se fait aussi l’écho des démêlés du nouveau DG, Corentin Denoeud, qui a choisi les réseaux sociaux pour régler ses comptes avec ses anciens partenaires et investisseurs. Une attitude qui a laissé le microcosme plus que circonspect, à en croire la presse spécialisée, qui juge ce type de vendetta susceptible d’inquiéter les investisseurs institutionnels (comme Bpifrance justement, ou encore Engie) en témoignant d’une difficulté à se maîtriser en toute circonstance.

Principe de réalité

Or, en dépit de conditions favorables, le danger le plus important des start-uppers reste… eux-mêmes ! Et les investisseurs sont de plus en plus attentifs à la personnalité des dirigeants pour accorder leur soutien à tel ou tel projet. Comme le soulignait à raison Nicolas Menet, co-auteur du livre « Start-up, arrêtons la mascarade ! », il faut d’ailleurs distinguer l’entrepreneur (le « start-upper ») du chef d’entreprise. Le premier, s’il est câblé innovation, peut néanmoins par son inexpérience, sa mauvaise gestion ou sa personnalité, couler une entreprise pourtant promise à de grandes avancées.

Rien de bien neuf, évidemment, mais malgré l’arrivée du président Macron et un contexte favorable, les gérants de projets ne doivent pas s’astreindre du principe de réalité. D’autant plus que les multiples accusations d’argent public dilapidés et de dépenses sans retour d’investissement auraient rendu l’État plus prudent, sinon frileux. Une démarche qu’appelaient déjà de leurs vœux les experts. « Il suffit de voir l'argent public investi et le taux d'échec pour se rendre compte que ce n'est plus possible de faire plaisir à tout le monde, explique Nicolas Menet, allant dans le sens de « La French Tech a-t-elle un maillot de bain ? », un autre livre sur l’écosystème start-up. « Les pouvoirs publics doivent se comporter autrement et adopter une posture plus exigeante. »Il se murmure ainsi que Bpifrance serait en passe de devenir plus regardante sur les levées de fonds : la personnalité des start-uppers, le rapport avec les actionnaires et la solidité du projet seraient les critères parmi les plus observés.

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