C’est la question que se pose CBC News à l’issue de deux procès hautement médiatisés outre-Atlantique. Début août, un jury californien a condamné le géant agrochimique Monsanto à verser 289 millions de dollars à Dewayne Johnson, ancien jardinier de 46 ans atteint d’un cancer du système lymphatique, qu’il attribue à son exposition à des herbicides contenant du glyphosate. Un mois plus tôt, la marque américaine Johnson & Johnson était condamnée à verser 4,7 milliards de dollars dans un procès intenté par 22 femmes victimes d’un cancer des ovaires qu’elles attribuent à un talc vendu par le groupe pharmaceutique

Or, malgré ces décisions, « les scientifiques n’ont pas été en mesure d’établir de façon concluante le lien entre l’utilisation de ces produits et le cancer. Et les organismes canadiens de réglementation de la santé, ainsi que les gouvernements du monde entier, permettent toujours l’utilisation des deux produits », souligne CBC News, le service en ligne et en anglais de Radio Canada.En effet, l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), l’Autorité européenne pour la sécurité alimentaire (EFSA), l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ou encore la Réunion conjointe FAO/OMS sur les résidus de pesticides (JMPR) estiment qu’il est improbable que le glyphosate présente un risque cancérogène pour l’homme.

Des standards « plutôt bas »

Les verdicts des jurés américains changent-ils la donne ? « Personne ne devrait croire que [ces décisions] signifient qu’il a été démontré que ces produits causent le cancer » déclarait à CBC News Scott Findlay, biologiste à l’Université d’Ottawa. Une démonstration qui n’aurait pu être produite par un tribunal. Si les scientifiques ont besoin de preuves convaincantes pour rendre un avis, les jurés doivent évaluer les preuves produites selon des critères qui ne sont pas de l’ordre scientifique, et par conséquent, beaucoup moins rigoureux. Leur décision est alors fondée « sur la prépondérance des probabilités ». Scott Findlay expliquait qu’à la question « l’exposition a-t-elle causé le cancer du plaignant ?

», l’un des avocats Brent Wisner a répondu que "Je ne suis pas sûr, mais je pense que oui" est la réponse que les jurés devaient atteindre dans l’affaire du glyphosate ». Et d’ajouter : « Comme vous pouvez le voir, dans une procédure civile, les standards sont plutôt bas ».La juge Suzanne Ramos Bolanos, qui a lu le verdict condamnant Monsanto, a à sa façon encouragé les jurés à assumer la part de subjectivité de leur décision : « Comme pour tout autre témoin, c’est à vous de décider si vous croyez le témoignage de l’expert et choisissez de l’utiliser comme base de votre décision », leur a-t-elle indiqué dans ses instructions.

Protéger les consommateurs… sans oublier les agriculteurs

Pour Scott Findlay, il est peu probable que les scientifiques arrivent un jour à se mettre d’accord sur la question du lien entre le cancer et certains produits chimiques. Cela pour la bonne raison qu’il serait contraire à l’éthique d’exposer délibérément des personnes à certaines substances afin de voir si oui ou non elles développent un cancer.Pourtant, au bout du compte, « quelqu’un doit décider dans quelle mesure les preuves positives doivent l’emporter sur les preuves négatives… C’est pourquoi vous pouvez avoir, avec exactement la même science, deux organismes de réglementation qui prennent des décisions complètement différentes », a ajouté le biologiste.

Il faisait allusion au Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), seule agence internationale à classer le glyphosate comme « cancérogène probable » pour l’homme. Bien qu’isolé, l’avis du CIRC reste suffisamment influent pour alimenter le débat, et ce au plus grand dam de millions d’agriculteurs dans le monde, qui font confiance au célèbre herbicide pour augmenter les rendements.

En France, les paysans sont de plus en plus inquiets. « Les moissons n’ont pas été bonnes cette année. On voit bien que les caprices de la météo du printemps, comme les excès de chaleur, font que la récolte en céréales est très en deçà de ce qui était attendu », déplore Laurent Pinatel, porte-parole national de la Confédération paysanne.

Si l’agriculteur et syndicaliste est conscient de la nécessité de limiter l’usage du glyphosate, il plaide pour que l’intérêt des paysans soit davantage pris en compte.

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