La première guerre mondiale, autrement appelée la Grande Guerre, fut le conflit le plus meurtrier de l'histoire de France. Plutôt que d'en donner un résumé facilement trouvable sur internet, attachons-nous aux témoignages de ceux qui ont vécu l'enfer pour la décrire.

Une revanche à prendre

La débâcle de 1870 laissa un goût particulièrement amer dans l'inconscient collectif. Le génie politique Bismarck, chancelier de la Prusse, poussa la France à lui déclarer la guerre en usant de divers stratagèmes. Il dira d'ailleurs dans ses mémoires : "Je ne doutais pas de la nécessité d’une guerre franco-allemande avant de pouvoir mener à bien la construction d’une Allemagne unie ".

Napoléon III, bien que réticent, céda à l'appel du chant de Mars. Après une rapide débâcle de l'armée française, Bismarck décida de mettre la France à genoux en l'humiliant de plus belle. Il fit signer l'armistice au château de Versailles le 26 février 1970. La France, en plus de perdre l'Alsace et la Lorraine, s'est vu contrainte de payer une lourde indemnité de guerre de 5 milliards de franc-or. Le désir de revanche de la population française se fit, au fil des années, de plus en plus virulent.

" Le soldat français est enthousiasmé et ne pense qu’à se venger le plus tôt possible !" Emile Rombrot, mort au combat

" Cette guerre sera terrible, il y aura de nombreux blessés, mais elle était nécessaire, donc résignons-nous et soyons courageux" Armand Besançon, mort au combat

Des espoirs d'héroïsme désabusés

Les soldats français subissent de plein fouet l'incompétence de leurs généraux qui établissent des plans d'attaque totalement suicidaires.

Dans les Ardennes belges, 150 mille français sont morts en seulement 10 jours en aout 1914. Ce massacre fut la conséquence de la tactique du général Joffre, appelée plan XVII : il s'appuyait sur l'esprit combatif des soldats français qui devaient charger les troupes ennemies à tombeau ouvert et les affronter au corps à corps. Joffre pensait que cet acte de courage et d'abnégation déstabiliserait l'ennemi qui, face à tant de ferveur et d'héroïsme, serait remplit d'effroi et en perdrait tout esprit combatif. C'était sans compter la confiance aveugle des troupes allemandes dans leur artillerie qui leur permit de mettre aisément en déroute les charges françaises :

"Il y a 8 jours que nous sommes là-bas ; c’est tout de même assez bien passé; le secteur est tranquille pour les obus mais l’on est pris à partie par les mitrailleuses qui sont sur les crêtes" Jules Galliot, mort au combat

Après de nombreuses défaites, les troupes françaises arrivent à stopper l'avancée allemande à la fin de l'année 1914.

Commence alors la guerre de tranchée.

Qui n'a pas vécu Verdun, n'a pas connu l'enfer

" Les compagnies paraissaient squelettiques. Les hommes dans leur capote avaient perdu leur couleur et avaient ce regard de ceux qui en reviennent. En me voyant passer, l'un de ces fantômes que ramenaient les camions, se dressant sur son siège, la bouche contractée, les yeux étincelant dans leur orbite, agite un bras décharné qui montre l'horizon. Et l'on sent que ce geste muet exprime une indicible horreur. Parfois, d'un camion, un poilu se dresse, boueux, défait, terrible, et d'une voix rauque, lance aux camarades qui vont vers la bataille ces mots sinistres "n'allez pas là-bas". Nous étions sur le chemin de Verdun et l'imagination travaillait..." René NAEGELEN

De février à décembre 1916, la bataille de #Verdun aura coûté la vie à plus de 700 mille hommes dont presque 400 mille français. En tout, ce sont près de 53 millions d'obus qui ont été lâchés durant 10 mois. Les paysages actuels en attestent encore la férocité des bombardements. Le maréchal Pétain a comprit très rapidement que l'armée se devait d'assurer le ravitaillement de besoins alimentaires et d'assurer plus de permissions afin de redonner courage et vigueur aux soldats épuisés moralement et physiquement.

" C'est la course à la mort. Cela éclate partout, devant, derrière. Des camarades tombent. Plus vite, plus vite ! Nous franchissons des morts et des blessés. La forêt n'a plus un arbre intact ; des tronçons çà et là restent debout ; le sol est un chaos de pierres où gisent grenades, munitions, armes, capotes, corps inanimés, corps pantelants. Encore des blessés parmi nos compagnons. Nous courons comme des fous. Un éclat traverse mon sac. On se rapproche du tunnel de Tavannes. Soudain, un obus éclate "dans nous", nous enlevant dans le souffle ; la grande flamme rouge balaie nos visages ; on n'a rien ! c'est du miracle. Etre dans la flamme et n'avoir rien… On court, on tombe, on se traîne : voici le tunnel, on entre… Mon Dieu !… Je tombe à terre et sanglote nerveusement. " Henri NICOLLE

Le désespoir laisse place à la volonté d'en finir

"Adieu la vie, adieu l'amour, Adieu toutes les femmes C'est bien fini, c'est pour toujours De cette guerre infâme C'est à Craonne sur le plateau Qu'on doit laisser sa peau Car nous sommes tous condamnés Nous sommes les sacrifiés" Chanson de Craonne

En 1917, les tensions internes de l'armée française ont connu leur paroxysme après les massacres inutiles du Chemin des Dames. Les soldats ne veulent plus mourir bêtement et refusent de plus en plus des ordres qui leurs semblent insensés. Leurs revendications ne concernaient aucunement la fin des combats. Ils voulaient simplement que les états majors cessent leur entêtement dans des tactiques totalement inefficaces, causant de milliers de morts inutiles.

"Je te dirais qu’en ce moment tous les combattants en ont marre de l’existence. Il y en a beaucoup qui désertent - 10 à ma compagnie qui ont mis les bouts de bois dans la crainte d’aller à l’attaque. Je crois qu’on va faire comme chez les Russes, personne ne voudra plus marcher. Il est vrai que ce n’est plus une vie d’aller se faire trouer la peau pour gagner une tranchée ou deux, et ne rien gagner." Lettre citée par le rapport du 30 mai 1917 de la section de renseignements aux Armées

A la fin de 1917, l'amélioration du quotidien des soldats français et l'aide apportée par les Etats-Unis redonnèrent de la vigueur aux soldats. Cette fois, ils ne se battent plus pour gagner, mais pour faire cesser cette guerre effroyable qui serait la Der des Der, afin que plus aucune génération n'ait de nouveau à subir de telles atrocités.

" Le mot d’ordre est de tenir jusqu’au bout. Résister jusqu’à la mort. Interdit de se replier sur les lignes arrières, ce qui du reste était impossible et pour cause…

Le soir même le capitaine commandant notre 7e compagnie vient nous visiter et nous répète les consignes :

« Oui, nous sommes sacrifiés. Il faut résister à tout prix. Vaincre ou mourir. " Marcel DECUGNIERE

Fin de la guerre, la nation en deuil

Le 11 novembre 1918 à 5 h 15, marque la fin des combats de la Première Guerre mondiale. Pour se venger de la honte qui lui a été infligée après la défaite de 1870, la France fit signer l'armistice au même endroit où elle a été humiliée 40 ans plus tôt, soit à Versailles. Elle fera également pression pour que l'Allemagne paie une lourde indemnité de guerre, comme celle qui lui a été infligée auparavant. La France récupère l'Alsace et la Lorraine et exige une démilitarisation du Rhin.

Le conflit engendra des dégâts sans précédents, aussi bien humains que matériels. Ainsi, un tiers de la jeunesse masculine française fut décimée, 14 million d'animaux de guerre furent tués, près de 120 mille hectares du territoire furent détruits, certains villages ont tout bonnement été rayés de la carte. La France comptabilisera près de 15 mille "gueules cassées". Les contre-chocs de la guerre, traumatismes psychologiques, blessures graves et grippe espagnole, provoquèrent la mort de plus de 20 million de personnes.