C'était une annonce d'Emmanuel Macron lors du dernier Mondial de l'automobile : la voiture autonome sera autorisée à la circulation dès 2022. Une réglementation qui concernera les niveau 3 et 4 des véhicules autonomes. Une bonne nouvelle pour les amoureux de l'écologie car selon l'Institut McKinsey, le recours aux véhicules autonomes réduirait de 60% les émissions de gaz à effet de serre. Mieux encore, ces "voitures du futur" permettraient d'économiser jusqu'à 50 minutes par jour aux conducteurs pressés. En France, une start-up toulousaine s'est imposée dans le secteur du véhicule autonome 100% électrique depuis maintenant six ans : EasyMile.

Son directeur général, Benoit Perrin répond aux questions de Blasting News.

Dans les constructeurs de véhicules autonomes, on a pu découvrir les voitures Google ou Tesla, comment vos productions se positionnent elles par rapport à ces firmes américaines ?

Sur le véhicule autonome, je pense que l’industrie est en train de mûrir peu à peu. Nous avons pensé que ce qui était important ce n’était pas la technologie du véhicule mais ce qu’on en fait. Nous avons réfléchi autour des cas d’usage du véhicule.

Chez EasyMile, on se concentre surtout sur le transport urbain ou le transport de logistique (par exemple un tracteur de manutention). Notamment des transport en local, des viviers autour des centres urbains.

Nous sommes sur une vitesse qui va jusqu’à 25 km/h alors que les Google, Uber et les autres se sont concentrés davantage soit sur des véhicules sur autoroute soit de robots-taxis.

Les États-Unis comme la Chine ou même le Japon sont à la pointe concernant ce marché des véhicules autonomes. L’Europe est-elle en retard ?

Ou le vieux continent est tout doucement en train d’entrer dans le business ?

Cela dépend des cas d’usage dont on parle. Si on parle des cas d’usage d’EasyMile, je pense que l’Europe et la France en particulier est très bien placée. Les constructeurs allemands et même français font de l’investissement.

Globalement, les États-Unis et la Chine sont clairement en avance sur l’Europe pour les robots-taxis ou les véhicules autonomes sur autoroutes.

Parmi vos clients, on retrouve des grands aéroports, des universités ou encore des pouvoirs publics, est-ce-que vous avez vocation à agrandir ce porte-feuille client par la suite ?

Aujourd’hui, on se concentre sur ces véhicules que l’on développe avec la navette et le tracteur de manutention. En effet les clients vont d’abord être les aéroports, les municipalités mais il y a aussi les grandes usines, les universités, les hôpitaux, les parcs d’attraction, les sites militaires. C’est du B2B.

Pour le futur, nous avons noté des besoins de mobilité sur zones rurales auxquels nous pourrons répondre dans une logique de transport public.

Aujourd'hui nous n'avons pas comme stratégie d'adresser le véhicule autonome pour le particulier.

En France, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a évoqué le véhicule autonome comme 'enjeu de demain’. Comment percevez-vous ce soutien de la part du gouvernement ?

J’apprécie que Bruno Le Maire le mette en avant et le gouvernement français est assez actif sur ce sujet là. Nous ne sommes pas en retard d’ailleurs en termes de réglementation par rapport au reste du monde. On travaille avec eux de manière assez fluide sur la sécurité des personnes, la réglementation de l'utilisation des véhicules autonomes.

Après de mon point de vue, il serait toujours intéressant d’avoir un peu plus de concentration des moyens qui sont parfois un peu dispersés entre les différents territoires.

Mais ce que fait la France par rapport à d’autres pays, c’est déjà pas mal.

Vous êtes présents sur le marché depuis 2014 avec l’ouverture de vos premiers bureaux à Toulouse et Singapour, pourquoi avoir choisi ces deux villes ?

Nous avons choisi Toulouse parce qu’on s’appuie beaucoup sur l’industrie aéronautique. Il y a un écosystème d'universités et d'entreprises. On retrouve aussi des technologies assez proches de ce que l’on propose aujourd’hui. Un exemple, la cybersécurité : une problématique que l’on a aussi dans les avions et dans l’espace. Nous voulions nous appuyer sur l'écosystème toulousain pour se concentrer sur ces problématique et nous en sommes très contents, nous avons accès à un grand groupe d'expertises et d'ingénieurs.

De plus, Singapour nous permettait d’avoir un pied en Asie, ils sont très actifs sur le véhicule autonome. C’est un des premiers États qui a mis en place un programme de validation des véhicules autonomes dans le monde. Également, ils ont un écosystème très dynamique en termes d’expertise.

Depuis votre start-up a fait du chemin. De quelle expansion êtes-vous le plus fier ?

Aujourd’hui, EasyMile travaille avec huit des plus gros transporteurs publics au monde. C’est quand même un bon succès et une bonne validation de l’intérêt de notre technologie pour les transports publics. Pour une start-up française, nous sommes à 90% à l’export avec une présence forte aux États-Unis et en Allemagne.

Avec l’épidémie de Covid-19, les aéroports du monde entier étaient à l’arrêt.

Certaines compagnies aériennes reprennent tout doucement les vols aériens. Avez-vous été impactés ?

Nous avons des projets sur le long terme qui n’ont pas été remis en question immédiatement. Après, si le trafic aérien ne reprend pas, nous serons peut-être plus impactés.

Certaines personnalités comme Robert de Niro, Juliette Binoche ou Marion Cotillard ont appelé à freiner le consumérisme et utiliser des méthodes de transport plus durables, pensez-vous que l’opinion publique va changer ses modes de déplacements ? En allant vers des déplacements plus durables notamment ?

Oui, pour donner un avis personnel, je pense qu’il y aura une attention plus importante de la provenance de ce qu’on consomme avec des chaînes d’approvisionnement plus courtes.

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