Depuis 2007, Franck Zal fait briller un ver marin de France dans le monde de la médecine. Avec son laboratoire biopharmaceutique spécialisé dans le développement de produits de santé, Hemarina, ce docteur en biologie a permis de sauver de nombreux patients greffés. Un véritable souffle nouveau pour l’innovation en France qui est même salué par le Prix Nobel de médecine 2019, Peter J. Ratcliffe ! La société bretonne Hemarina a peut-être une solution pour aider à lutter contre le COVID-19. Entretien avec Franck Zal, fondateur et P-DG d’Hemarina.

Hemarina est un laboratoire biopharmaceutique spécialisé dans le développement de produits de santé fondé en 2007.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le développement et la croissance de l'entreprise ?

Quand je travaillais pendant 15 ans au CNRS, je m’intéressais à la biologie marine, à l’adaptation d’invertébrés marins et notamment des vers marins. L’un d’entre eux, l’arénicole, très abondant sur les plages, entre la mer du Nord et Biarritz a un système respiratoire remarquable sur lequel j’ai centré mes recherches.

Hemarina a identifié une molécule qui est un transporteur d'oxygène universel et qui pourrait ainsi être transfusée à tous les groupes sanguins. Cette molécule est issue d'un ver marin, l'arénicole. Pourquoi peut-on parler d’une innovation majeure qui permet d’offrir une option thérapeutique innovante pour les patients ?

C’est vraiment une innovation de rupture totale. Quand on parle de transfusion sanguine, de cicatrisation, de greffes d’organe, on révolutionne des pans entiers de la médecine.

Comment la molécule que vous développez peut-elle avoir des propriétés pour ces pathologies ?

L’oxygène est comparable au carburant que l’on met dans un véhicule.

Sans carburant la voiture ne roule plus. Sans oxygène, c’est la mort assurée. Il y a énormément de pathologies où l’oxygène fait défaut comme les AVC, les infarctus du myocarde, les diabètes, etc. En fait, l’oxygène est crucial dans tous les processus biologiques pouvant aboutir à une pathologie.

Vous mettez au point le 1er transporteur d'oxygène universel à des fins thérapeutiques mais le confinement lié au COVID-19 vous a fait suspendre l’essai clinique d’un transporteur d’oxygène au début du mois d’avril.

Comment avez-vous trouvé des alternatives pour faire face à cette crise inédite ?

Il faut se remettre dans le contexte du mois de mars 2020. C’était un tsunami, un cataclysme sanitaire partout dans le monde. Les laboratoires pharmaceutiques se faisaient la guerre pour devenir les premiers à trouver des innovations qui traiteraient le COVID-19. Notre essai a été bloqué par une lettre anonyme qui mentionnait des faits totalement faux. Aujourd’hui nous poursuivons des échanges sur des essais COVID-19 ; on ne le lâchera jamais car on parle d’essayer d’apporter une solution à cette pandémie et il n’y a aucune raison que cette molécule ne soit pas testée avec des hôpitaux et l’ANSM.

La nouvelle crise du Coronavirus a plus que jamais placé la santé au cœur des préoccupations des responsables gouvernementaux, avez-vous changé vos plans ou créé de nouvelles innovations en lien avec la propagation de ce virus ?

J’aurais envie d’y croire à ce nouveau monde de demain promis par certains durant la première vague de COVID-19.

Le président Macron aimerait faire de la France « le pays où sont inventés les médicaments de demain » , un pays leader sur les médicaments de rupture et « le prochain Boston » (cf. son discours d’ouverture de la deuxième édition du forum HTID (Healthtech Innovation Days) le 05.10.2020). Je pense qu’il y croit, qu’il a de bonnes volontés mais je vois aussi qu’il est mal entouré et on s’aperçoit aussi que l’administration tatillonne revient au galop. Des règles de plus en plus restrictives notamment au niveau européen ont ralenti la production de masques et de gels hydroalcooliques. Tous ces dispositifs de premières lignes, pourtant indispensables pour sauver nos compatriotes, n’ont pas été produits à cause de cette réglementation.

Cette même réglementation est toujours là et il convient de l’assouplir car elle est aujourd’hui criminelle : plus de 32 000 morts en France à ce jour ! Combien de vies aurions-nous pu sauver si des masques avaient été distribués lors de la première vague ? De plus, les patients étaient sélectionnés faute de respirateurs dans certaines unités de réanimation …

Depuis sa création dans le Finistère en 2007, Hemarina a parcouru un long chemin. Quels événements significatifs ont particulièrement changé votre entreprise ?

Le premier patient sauvé par cette innovation, Jérôme Hamon, le premier transplanté de deux visages, restera à jamais un souvenir marquant dans l’histoire du produit HEMO2life®.

Au quotidien c’est une aventure humaine, scientifique et humaniste.

Aujourd’hui, 124 patients ont pu bénéficier de notre technologie !

Vous avez récemment collaboré avec une équipe de l'Inserm à Strasbourg pour traiter les parodonties. Votre molécule, aux propriétés oxygénantes, pourrait détruire les bactéries qui s'accumulent entre la dent et la gencive. Comment expliquer un tel exploit ?

Il faut se remettre dans le contexte. En fait, les maladies parodontales touchent environ 750 millions de personnes dans le monde. Il s’agit d’un décollement de la gencive et de la dent qui survient après des saignements lors du brossage. Dans ce trou, des bactéries pathogènes vont se développer parce qu’il y a très peu d’oxygène à l’intérieur. Elles vont commencer à grignoter la gencive et vous faire perdre la dent.

Nous proposons une sorte d'antibiotique naturel grâce à la molécule que l’on met dans une poche comme un gel. On tue ces bactéries par la capacité de délivrer de l’oxygène. La bouche est une porte d’entrée pour énormément de pathologies notamment les cancers, les maladies neuro-dégénératives comme la maladie d’Alzheimer.

Vous avez remporté plusieurs prix au fil des ans, comme le Trophée de l’avenir Santé Europe 1 en 2019, le Prix Entreprise Innovante 2018 ou le Creative Next Prize à New York en 2017. Vous êtes biologiste, scientifique alors pour vous que manque-t-il à la France pour sortir de cette crise ?

Aujourd’hui je pense qu’il manque un raisonnement scientifique, il ne faut pas faire de dogmes.

Ce qui me perturbe c’est cette lourdeur administrative qui nous empêche même d’aider les compatriotes. On parle de 32 000 morts à l’heure actuelle. Dans quelques mois, nous pourrions comptabiliser 300.000 morts liés au COVID-19 en France selon certains spécialistes. Ce virus va survivre, on ne parviendra pas à le faire disparaître. Il est grand temps de retrouver du pragmatisme pour sauver des vies ! La France doit cesser d’être gouvernée par des dogmes mais pas des actes au service de nos concitoyens !

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