Il reste le premier instrument de paiement qui n’a pas brillé par les innovations depuis un siècle. Pour une transaction dans le commerce international entre entreprises, le vendeur doit envoyer en moyenne 15 documents vérifiés à la main par les banques. Une startup basée à Strasbourg a décidé de digitaliser ce système pour automatiser ce fameux crédit documentaire. L’objectif ? Permettre aux utilisateurs qui ont ces documents entre les mains de pouvoir les scanner et vérifier automatiquement la conformité des informations présentes sur les documents. Ces données sont ensuite classifiées et structurées pour vérifier que les réglementations soient bien suivies.

En quelques minutes, la conformité de ces documents est validée ou non. Une méthode qui résonne avec la montée de la digitalisation à l’heure de la COVID-19.

Dans le cadre du projet BlastingTalks, qui donne la parole aux entrepreneurs de demain face à la crise actuelle, Arnaud Doly, le créateur de Nabu.io, répond à nos questions.

Nabu.io est une plateforme pour automatiser la vérification des documents lors d’une transaction de commerce international. De quel constat êtes-vous partis lors du lancement de Nabu.io (anciennement Verifeasy) ?

J’ai passé 5 ans en Angleterre dans l’informatique, je développais des sites internet. Petit à petit, j’ai fini par m’intéresser au commerce international. Lors d’entretiens d’embauche, j’ai remarqué que les questions sur les moyens de paiement revenaient souvent surtout à propos du crédit documentaire.

Il s’agit un des plus vieux paiements à distance du monde. Il été inventé au Moyen-Âge il y a plus de 800 ans et il n’a pas beaucoup changé depuis. Je me suis ensuite formé à Londres au London Institute of Banking and Finance, avec un diplôme qui s’appelle le CDCS (Certified Documentary Credit Specialist), le seul existant pour ce type de paiement.

Je me suis rendu compte que c’était extrêmement manuel, très complexe et que ce type de paiement prenait beaucoup de temps. Nous sommes partis de ce constat de base pour créer Nabu.io afin de digitaliser les crédits documentaires.

Peut-on dire que l’automatisation prend une place encore plus importante à l’heure où tout semble se digitaliser progressivement selon vous ?

Le secteur financier reste légendairement connu pour ses nombreuses “tâches papier”, de processus manuels et beaucoup de tâches à faible valeur ajoutée. Il s’agit de grandes entreprises avec parfois plus de 100.000 employés donc cela reste complexe de procéder à des changements. Avec le confinement et la crise de la Covid-19, les méthodes archaïques du trade finance ont été mises en lumière. Dans un monde où l’on peut avoir une partie de son staff qui est en télétravail, ces process ne peuvent plus du tout fonctionner. Les acteurs historiques risquent d'avoir du mal, sur le long terme, à rester compétitifs face à de nouveaux entrants et des néo-banques.

Vous permettez de scanner un document pour le vérifier en quelque temps.

Au-delà de ce gain de temps, c’est ce qui permet notamment de ne pas avoir un document rejeté par les banques ?

Dans le cadre d’un crédit documentaire, dans 70% des cas les documents sont rejetés car ils contiennent des erreurs. Avec ces rejets, on se heurte à des frais immédiats en moyenne de 100 euros. Les exportateurs mondiaux perdent entre 4 et 7 milliards de dollars par an seulement à cause des erreurs dans les documents.

Notre plateforme permet grâce à l’intelligence artificielle de pré-vérifier les documents, de les corriger s’il y a une erreur pour éviter les frais et délais. En ce qui concerne les banques qui reçoivent des millions de documents, notre solution va permettre de prendre des décisions plus vite tout en évitant les erreurs humaines.

Le secteur bancaire reste le plus touché par cette automatisation, mais de plus en plus d’entreprises doivent aussi être intéressées par ces tâches parfois chronophages. Quels sont vos autres types de clients ?

Pour l’instant sur la première version, nous sommes axés sur les entreprises exportatrices et les banques. Dans un second temps, nous déclinerons aussi notre technologie pour les douanes ou les assurances par exemple. Le but pour nous étant de rester sur la verticale du commerce international et de proposer la meilleure plateforme pour l’extraction et l’analyse des données de ces documents.

Comment êtes-vous parvenus à surmonter cette crise de la COVID-19 ?

Nous avions la chance d’être une entreprise qui était en train de développer un produit, donc nous n’étions concentrés que sur la partie technique.

Étant basé à Strasbourg, nous avons beaucoup de profils intéressants notamment Parisiens qui se sont dirigés vers notre startup et qui n’auraient pas forcément été intéressés auparavant pour partir de la capitale. Par ailleurs, la crise a durement touché le secteur de trade finance. Avec la Covid aujourd’hui, les gens voient la digitalisation comme une priorité. Nous entrons dans une ère numérique pour un secteur manuel, ce qui présage des années passionnantes dans le futur.

Actuellement en reconfinement, vos équipes se sont-elles habituées au télétravail ? Est-ce une méthode à laquelle vous êtes habitués ?

Nous avons été pris de court car nos équipes étaient toutes jeunes. Le premier employé est arrivé en février, le deuxième à la veille du premier confinement en mars.

On a tout de suite mis en place des réunions en visio en journée, pour se voir et se connaître.

Sur le deuxième confinement, nous avons davantage l’habitude, les équipes sont plus grandes. Pour les jeunes entreprises, le télétravail n’est pas forcément évident pour créer une dynamique d’équipe. On a eu la chance d’y arriver d’une manière conviviale.

Vous étiez au départ concentrés sur le marché français, puis récemment européen, avez-vous réussi à entreprendre des projets au niveau international ?

Nous commençons à prospecter l’Allemagne depuis quelques semaines. Le crédit documentaire reste encadré par des réglementations internationales qui restent donc similaires d’un pays à l’autre. On a la chance d’être à Strasbourg donc à la frontière avec la Suisse, le Luxembourg, la Suisse et l’Allemagne.

Quelles sont vos perspectives, vos projets pour l’année 2021 ?

Nous restons vraiment concentrés sur notre première version à destination des banques et des exportateurs. Notre prototype est en période de pilote avec plusieurs banques et des groupes industriels. Le développement d'algorithmes d'IA prend du temps, et nous allons continuer de solidifier nos équipes au fur et à mesure de l'année prochaine. Nous souhaitons créer un standard dans l'analyse de conformité en trade finance, et ça passera d'abord par le développement de la meilleure plateforme.

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