Gleamer assiste le radiologue et sécurise son diagnostic avec les patients depuis 2017. Le concept est une plateforme d’intelligence artificielle qui poursuit son chemin dans le domaine de l’imagerie médicale mondiale. Aujourd’hui ⅔ de la population mondiale n’aurait pas accès à l’imagerie médicale selon un récent rapport de l’Organisation mondiale de la santé. Cette jeune start-up française pourrait ainsi venir épauler de nombreux pays en voie de développement, qui manquent cruellement de praticiens à l’heure actuelle.

Pour le projet BlastingTalks qui consiste à se concentrer sur les challenges auxquels les compagnies font face lors de l’évolution du monde digital et lors de cette période inédite de crise sanitaire, Christian Allouche, le cofondateur et PDG de Gleamer répond aux questions de Blasting News.

Gleamer est spécialisée dans les logiciels d'intelligence artificielle pour le diagnostic des maladies. Pourquoi vous êtes-vous impliqué dans l'édition de logiciels de diagnostic d'imagerie médicale?

L’intelligence artificielle appliquée au domaine de l’imagerie médicale fait la promesse de fiabiliser les diagnostics des praticiens tout en réduisant le temps de travail. C’est une branche de la médecine victime de son succès. En effet, les techniques d’imagerie ont fait tellement de progrès ces dernières décennies que la radiologie est devenue un maillon essentiel dans le parcours de soin des patients pour le diagnostic, pour le suivi des maladies chroniques ou pour les dépistages notamment.

Le problème est que le nombre de radiologues habilités à lire ces images n’a que très peu augmenté sur ces dix dernières années.

On se retrouve donc avec des radiologues qui ont une masse d’images à analyser, sachant qu’un scanner peut contenir plus de 1000 images à interpréter. Il s’agit donc de les équiper, les ajuster par des logiciels pour leur permettre de faire moins d’erreurs.

Votre logiciel, BoneView, apporte de la sécurité et fait gagner du temps, on imagine que dans le contexte actuel de crise sanitaire, la technologie est la bienvenue pour les soignants?

Peut-on dire que la COVID-19 accélère cette demande de la part des praticiens?

La COVID-19 peut être détectée avec un scanner pulmonaire, et l’intelligence artificielle peut être une aide pour les radiologues qui interprètent ces examens.

Aujourd’hui, nous attendons désespérément un vaccin et les groupes pharmaceutiques qui sont investis dans la course à ce vaccin utilisent des technologies d’intelligence artificielle pour faire de la “drug discovery”.

L’intelligence artificielle peut donc être utilisée dans la mise au point d’un vaccin et d’agents antiviraux.

Gleamer a développé BoneView, le premier logiciel qui assiste les radiologues en traumatologie grâce à un diagnostic semi-automatisé. Comment cela est-il né ?

Pour nous c’était une porte d’entrée assez évidente concernant l’imagerie médicale.

La radiographie traumatique est un examen chronophage, difficile à interpréter, et pour lequel les radiologues sont en nombre insuffisants. Dans les hôpitaux publics français par exemple, 3 radiographies sur 4 sont interprétées en première instance par un médecin urgentiste, et non un radiologue, faute de moyens.

Nous sommes convaincus que l’IA a un rôle à jouer pour épauler les établissements de santé qui rencontrent des difficultés d’organisation dans l’interprétation de ces examens.

BoneView fait gagner du temps et de la précision aux radiologues, deux caractéristiques qui manquaient aux médecins lors de la crise de la COVID-19 dans les hôpitaux. Envisagez-vous de développer l'intelligence artificielle au-delà de la radiologie?

Quand vous avez un hôpital qui reçoit un afflux massif de patients atteints de la COVID-19, il y a un intérêt très fort car les autres patients admis aux urgences pour traumatisme peuvent être traités plus rapidement. C’est un temps nécessaire réalloué aux patients qui en ont le plus besoin comme des personnes qui arrivent avec des formes graves de la COVID-19 en pleine deuxième vague épidémique. En mars dernier, nous avons entrepris une démarche pour aider les hôpitaux à désengorger les urgences avec des patients non prioritaires et leur permettre de gagner le plus de temps possible pour les patients atteints de la COVID-19.

Cela étant dit, les périodes de confinement ont aussi heureusement réduit le nombre de patients se présentant aux urgences pour traumatisme.

En septembre, vous avez obtenu une levée de fonds proche des 7.5 millions d’euros. Souhaitez-vous en profiter pour vous développer à l’international ? Quels sont vos objectifs avec cette somme ?

Cette levée de fonds permettra d’accélérer la commercialisation dans d’autres pays. Aujourd’hui nous avons une activité dans toute l’Europe, notamment en Suisse et en Angleterre. Nous sommes aux prémisses de ce développement, un recrutement est en cours pour nous permettre d’approcher aussi le marché américain.

Les États-Unis restent un objectif qui nécessite l’approbation de la FDA, qui repose en grande partie sur une étude de validation clinique faite aux Etats-Unis. Cette dernière engage d’importants moyens financiers et cette levée de fonds va donc également nous aider sur ce point.

Depuis plusieurs années déjà l’intelligence artificielle épaule les médecins, leur permet de donner des diagnostics plus précis et plus rapides. Ainsi les professions médicales se transforment, peut-on dire que l’intelligence artificielle pourrait un jour remplacer un médecin ?

Je ne pense pas du tout. L’intelligence artificielle promet d’aider un radiologue à mieux faire son travail. Sa vraie mission c’est d’aller scruter l’image pour détecter des lésions subtiles.

Le radiologue de demain pourra se concentrer sur ce que lui montre l’intelligence artificielle pour apporter une couche d’intelligence supérieure. Il s’agira de faire le tri, de prendre de la hauteur par rapport à ces images pour proposer des diagnostics plus fins en croisant des données.

Dans des pays qui manquent de radiologues, l’intelligence artificielle pourrait permettre à la population d’avoir accès à l’imagerie conventionnelle (radiographie standard et échographie) en délivrant un premier diagnostic qui pourra être utilisé par le médecin traitant.

Par exemple, dans un pays comme le Kenya, qui compte 200 radiologues (soit 27 fois moins qu’en France proportionnellement à la population), l’IA pourrait compenser l’absence dramatique de ces spécialistes.

Les patients sont-ils facilement convaincus d'être traités et diagnostiqués grâce à l'intelligence artificielle ? Quelles sont les principales craintes?

C’est une question à laquelle nous pourrons répondre dans quelques années au moment où nos solutions seront plus largement déployées. Mais à partir du moment où vous respectez les principes du RGPD (le Règlement général sur la protection des données ndlr.), il n’y a à mon sens aucune raison de s’inquiéter. Il faut savoir que les données du patient sont pseudonymisées avant traitement par l’IA, tout ce qui permet d’avoir un accès simple à l'identité du patient est supprimé avec l’intelligence artificielle. On minimise les données, ainsi la sécurité du patient n’est pas menacée.

Je pense que l'intelligence artificielle au service des citoyens est aujourd’hui, plutôt un plébiscite. Le patient veut avoir toutes les chances de son côté lorsqu’il rentre dans un cabinet d’imageries médicales, et le croisement entre l’humain et la machine va dans ce sens.

Avez-vous des perspectives en développement sur ce sujet, des idées pour développer votre start-up dans ce sens?

Nous avons une étude de validation clinique lancée au Etats-Unis, elle devrait être terminée d’ici début janvier. On vise une autorisation de la FDA d’ici juin 2021 en se basant sur le résultat de l’étude. C’est est notre projet à très court terme.

Par ailleurs, notre produit peut être déployé dans toute l’Europe, car il a obtenu un marquage CE de classe 2a, qui est une autorisation de commercialisation pour la zone Europe.

Il y a beaucoup de pays dans le monde qui reconnaissent ce marquage et où la commercialisation de BoneView sera d’autant moins compliquée.

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