Les manuels basiques d’économie apprennent que les problèmes monétaires ont des conséquences monétaires. L’imbrication de l’économie et de la politique indique le contraire. C’est le cas d’espèce à propos la livre turque dont les baisses répétées obligent le Président Erdogan à critiquer fortement la décision américaine de favoriser cette baisse. En décidant une augmentation des taxes sur l’acier et l’aluminium, le Président Trump a accéléré la baisse de la livre turque vis-à-vis du dollar.

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L’économie turque a été jusque là construite sur un taux de change élevé qui permettait d’attirer les capitaux et de favoriser une croissance économique fictive concernant les biens à forte valeur ajoutée mais réelle à propos des biens moyenne/basse gamme, ce qui a favorisé l’enrichissement de la classe moyenne et certains de ses entrepreneurs dont l'expertise est souvent reconnue en Europe et en Afrique.

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Les liens entre monnaie et politique deviennent ici évidents car en taxant l’aluminium et l’acier turcs, les américains ont précipité la baisse de la livre turque en accélérant la hausse du dollar. La conséquence immédiate a été la sortie des capitaux, obligeant ainsi la banque centrale turque a devoir élever ses taux d’intérêt si elle veut que les devises reviennent ; or celles-ci sont limitées et le Président Erdogan, en désespoir de cause, a demandé à ses concitoyens d’échanger leurs devises contre de la monnaie turque.

En acteurs économiques rationnels, les Turcs ne le feront pas et préféreront opter pour le marché noir que pour le marché officiel car ils espèrent obtenir un gain substantiel en termes de taux de change vis-à-vis de la monnaie locale.

L’opposition Trump/Erdogan oblige ce dernier à sortir l’arme politique : un changement d’alliance

Le Président turc, après avoir contribué à la modification de la constitution, a été confortablement élu et il a entrepris de grands travaux pour la Turquie.

Il a apporté de la croissance aux classes moyennes. Il estime qu’il a été loyal avec les Américains. Au sud de la Turquie et au Nord de la Syrie se trouve la base de l’OTAN Incirlik à partir de laquelle les Etats Unis ont pu mener leurs actions en Afghanistan et aujourd’hui contre l’Etat islamique. Or, la Turquie reproche à Trump de jouer un double jeu : soutenir les Kurdes, ennemis héréditaires des Turcs, dans la lutte contre l’Etat islamique, tout en prenant des mesures que Erdogan considère comme inadéquates pour son pays en tant qu’allié des Etats Unis.

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La guerre en Syrie, la victoire de l’Iran et de la Russie en tant qu’alliés de Bachar Al Assad ont modifié les alliances au Moyen-Orient. Assez paradoxalement, on voit la Turquie se rapprocher de la Russie.

L’entente entre Poutine et Erdogan est au beau fixe malgré l’avion russe abattu par les forces turques. Les Etats Unis semblent délaisser la Turquie au profit d’Israël et de l’Arabie Saoudite, deux pays qui étaient naguère opposés mais qui aujourd’hui se retrouvent en alliance grâce à un ennemi commun, l’Iran. Nous sommes au cœur du Moyen-Orient compliqué, région au sein de laquelle la Turquie estime qu’elle a un rôle à jouer.

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La Turquie pense qu’elle est une puissance militaire et régionale, même si son économie rencontre quelques difficultés

La sortie des capitaux de Turquie n’a pas éliminé totalement la capacité du Président Erdogan d’être un acteur important dans la résolution des conflits au Moyen-Orient. Si les Américains possèdent la force militaire et économique, ils n’ont pas toutes les cartes en main. En termes d’alliance, Erdogan s’interroge sur une sortie éventuelle de l’OTAN. Ce n’est qu’une simple interrogation car la plupart des militaires et des pilotes sont formés aux Etats Unis et utilisent des matériels américains. Cette sortie répétée n’est que de l’ordre de la menace que la Turquie ne mettra pas à exécution.

C’est une carte qu’elle utilise en permanence pour obliger les Américains à mieux la considérer en tant que partenaire de référence, même si Israël et l’Arabie Saoudite sont les deux pays que les Etats Unis cajolent en permanence. Poutine discute avec Erdogan sur la nécessité de faire passer le pipeline pétrolier vers l’Europe via la Turquie. Cette façon de faire est-elle considérée comme une menace pour les Etats Unis ? Pour Erdogan, c’est une carte supplémentaire dans sa manche pour rappeler aux Etats Unis que leurs décisions économiques en matière de taxation ne peuvent annihiler la capacité turque de revoir ses alliances au Moyen-Orient.

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