L'art performance continue d'écrire son histoire avec la nouvelle génération. Le jeune artiste performeur camerounais Snake Zobel Raoul, qui se fait appeler "Snake" en est l'une des figures marquantes. Il vient en effet d'être sélectionné pour le prochain festival inter-culturel organisé par le Goethe Institut, afin de participer au projet "Burden of Memory" ("Fardeau de la Mémoire").

Le samedi 05 septembre 2020, l'artiste l'a annoncé sur les réseaux sociaux en indiquant que sa participation va inclure la toute dernière performance dansée et écrite, nommée "Les masques tombent". Elle est réalisée en collaboration avec l'artiste plasticien sculpteur togolais Clay Apenouvo.

Elle sera parmi les six projets internationaux retenus pour le prochain "Burden of Memory".

Le projet bénéficiera d'un fond pour sa réalisation durant la période 2020-2021, et sera introduit dans le projet de mémoire et performance sur "les séquelles de la colonisation" comme nouveau chapitre, que la Cie Zora Snake rédige depuis près de 4 ans. Il sera en résidence au Togo (Lomé) et au Cameroun (Dschang et Yaoundé) et il va continuer à Abidjan, à Paris, Berlin puis à Bruxelles. Bien connu du public européen depuis quelques années, il a déjà eu à glaner des prix tels que les Africa Simply the Best, le meilleur solo de danse devant 17 pays en concurrence, où il a reçu le prix de la reconnaissance, et a effectué de nombreuses tournées à travers l'Afrique et l'Europe.

La performance, l'expression de soi

Depuis trois ans, Snake est le promoteur du festival international Modaperf (Mouvements, Danses, Performances) au Cameroun. Très apprécié dans les milieux de la danse et de la performance artistique, Modaperf réunit chaque année des artistes venant des 4 coins du monde.

"Tout part de l'idée de l'élargissement de l'esthétique du travail du chorégraphe Zora Snake sur le territoire camerounais. Il s'agit de la question de la création dans l'espace public et alternatif. Joindre nos populations avec nous, tisser un élan de solidarité et de dialogue entre les artistes et la population, les habitants et les citoyens de la capitale.

Cela résulte d'un travail de structuration et d'organisation.

Au même titre que mes projets en tournée, mes spectacles demandés dans le monde, je consacre également le même temps pour la fabrication de la plateforme Modaperf au Cameroun, et c'est un sacrifice, et une détermination. Depuis trois ans, nous le faisons et ceci n'est pas prêt de s'arrêter maintenant, car il est encore trop tôt pour crier victoire.

L'histoire de Modaperf s'écrira dans le temps et grâce à nos aimables populations qui croient à notre métier d'artiste danseurs chorégraphes, donc notre place dans le monde, à l'égard de nos politiques qui demeurent pitoyables, médiocres, ne servent pas grand-chose. Comme vous l'avez vu sur les réseaux sociaux le festival Modaperf a lancé la collecte des fonds sur la plate forme Kisskissbankbank. Nous avons pu récolter en deux mois, presque 5.000 euros. A l'égard de la situation de la Covid-19 qui gangrène notre métier, nous n'avons pas attendu la pandémie pour crier à la crise. Elle a été toujours présente. La question ici est de savoir ce que sera le monde de demain? Et de savoir comment guidée par cette réalité Actuelle ?", commente-t-il.

Snake, le regard tourné vers la passion

Rappelons que le festival Modaperf est pour la plupart du temps, et chaque année, auto-financé par le promoteur grâce à la collecte des fonds propres, issus de ses salaires à chacune de ses représentations dans un festival. C'est une réalité que beaucoup de personnes ignorent.

Aussi, la collecte est arrivée à son objectif parce qu'il a beaucoup de personnes qui le suivent, des institutions comme l'Institut français qui l'a soutenu, des artistes du monde entier, des personnalités, des professionnels, des directeurs de théâtre et festival qui croient en ce projet, au développement de la culture, à la possibilité de construire un avenir sur son propre territoire.

Bien que le contexte politique pousse à l'abandon, Snake pense qu'il faut tenir le trône de la résistance. L'art a toujours été confronté aux réalités du continent africain, mais selon son adage, il faut "boxer la situation" pour "sortir de la grande nuit", comme le disaient si bien Achille Mbembe et Dieudonné Niangouna.

Les innovations pour cette nouvelle édition seront dans un premier temps, la mise sur pieds du "projet espo-culture", de la fabrique des nouvelles formes d'esthétiques artistiques dans les espaces réels du Cameroun, la liberté de la parole à la création locale, l'intégration des populations et des quartiers dans les activités artistiques. Il s'agira également pour le festival Modaperf de permettre aux artistes locaux de partager leur expérience depuis les trois ans d'existence du festival, avec des collaborations entre artistes internationaux et nationaux.

En second recours, il s'agira de continuer le projet de collaboration entre le festival Nyegue Nyegue en Ouganda, le festival Modaperf au Cameroun, le Tak theater Aufbau Kreuzberg de Berlin (Allemagne) et Danse Faso théâtre/ Ankata au Burkina-Faso...

Le festival sera filmé dans toute son entièreté, pour le visuel et les rencontres professionnelles à l'international. Ceci en vue de préparer les 5 ans du festival encore plus grand ! Les débats structurés, les formations, sur la création artistique dans l'espace public, l'urgence du métier d'artiste sur le territoire camerounais, les collaborations entre les artistes sélectionnés pour le projet de transmission de solo de Abdoulaye Konate de la Cie Ateka (France-côte-d'ivoire) seront également de la partie.

Poursuivre le travail de formation sur la technique dans l'espace public est une option que le festival Modaperf envisage pour cette fin d'année 2020.

Cette encontre annuelle aura comme gage de redonner le dynamisme jeune à la création locale face à la crise sanitaire actuelle (Coronavirus). Une compétition de danses urbaines "Battle Modaperf" sera organisée en collaboration avec l'association "dansez", dont les vainqueurs de chaque rubrique bénéficieront d'un atelier avec un chorégraphe professionnel invité en 2021. Ensuite, un atelier se terminera par une création de la Compagnie Zora Snake, plus une tournée nationale voire internationale. "Comme projet en cours, je suis toujours en tournée avec 'Transfrontalier', en attendant la saison 2021-2022 avec la tournée 'Le départ' (1er prix Africa Simply the Best). Aussi, actuellement en résidence pour la nouvelle création de Serge aimé Coulibaly 'Wakatt'. Un atelier que je vais animer, en cours de préparation avec les étudiants (comédiens et comédiennes du conservatoire royal de Liège), la suite du projet Cameroun / Madagascar/ Allemagne en 2021 (avec tournée en Allemagne). Aussi, le projet 'Burden of Memory' du Gœthe Institut Kamerun, dont 'Les masques tombent' font partie des 6 projets internationalement sélectionnés", a terminé ce dernier.

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