Les addictions prennent de l’ampleur dans notre société moderne. Elles deviennent multiformes. Dans un passé lointain, l’on ne soignait pas les addictions, considérées comme des comportements suicidaires voulues par les victimes. De surcroît, les addictions étaient vues comme une honte, voire une malédiction. Et puis, est venu le moment des grandes définitions. Le monde médical a défini les addictions comme étant une maladie du cerveau. Depuis, les addicts sont soignés, de gré ou de force.

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De gré, lorsqu’ils le décident eux-mêmes, se reconnaissants malades, avec l’aide d’un médecin. De force, lorsque l’ordre vient d’une cour de justice. Récemment par exemple, Harvey Weinsten a été reconnu comme un addict sexuel avec obligations de soins, et il a accepté de se soumettre à des soins.

Cependant, aujourd’hui, la question des addictions devient de plus en plus complexe. En effet, la frontière entre addicts et non-addicts se rétrécit comme peau de chagrins. De ce fait, on ne sait plus qui est addict et qui ne l’est pas. Entre la pharmacomanie, la toxicomanie, l’imprégnation éthylique, la dépendance au sucre, la dépendance à la nourriture, la dépendance affective, le workaholisme (addiction au travail) ...etc., l’on ne sait plus à quel saint se vouer. L’avènement des nouvelles technologies n’a fait qu’aggraver la situation avec le développement de la cyberdépendance. Avec elle, la taxinomie des addictions ne fait que s’allonger. Déjà, les jeux vidéos vont peser de graves menaces sur l’unité des couples.

On pourrait même dire : «aujourd’hui, à chacun son addiction».

Du coup, avec les addictions qui augmentent dans la société pour s’emparer des masses, la désertion sociale guette tout le monde, mais surtout, les addictions ne représentent plus la honte qui les caractérisait autrefois.

Une désertion sociale collective

La vie sociale est sérieusement amortie par les addictions en général, et par l’addiction aux nouvelles technologies en particulier. La raison, c’est que les relations sociales sont désormais transférées sur les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, Instagram,...etc. De ce fait, chacun se promène avec son smartphone et n’a d’yeux que pour cet appareil. Les contacts humains commencent à se raréfier car ces appareils tendent à remplacer les hommes. Dans la société moderne, les communications entre habitants de quartiers, déjà moins fructueuses par le passé disparaissent encore à grande vitesse. Par exemple, à la recherche d’une nouvelle adresse dans quartier, tout semble indiquer qu’il faut s’en référer désormais à son smartphone et non aux personnes croisées dans la rue.

Le tourisme aussi est touché par le phénomène. En effet, autrefois, c’étaient les agences de tourisme qui guidaient les étrangers vers les meilleurs restaurants, les meilleurs hôtels et les auberges. Aujourd’hui, les smartphones [VIDEO] tendent à remplacer les guides touristiques. Ainsi, le lien social se morcelle de plus en plus. Et personne ne pourra dire aujourd’hui qu’elle n’est pas addict à quelque chose car c’est un phénomène de grande ampleur.

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si l’on est addict à quelque chose, mais plutôt de quel type d’addictions on est victime. Cela est dû au fait que d’une manière ou d’une autre, chacun a une addiction. Et en l’espèce, il n’y a pas d’exception. Quelque soit l’âge, quelque soit le genre sexuel, on est accroc à quelqu’un ou à quelque chose. Si ce n’est au médicament, c’est à la chirurgie esthétique ou au sport que l’on est accroc. Et si n’est pas à une personne comme par exemple son compagnon ou son médecin, c’est à un objet comme son ordinateur ou son téléphone portable que l’on est addict. Du coup, l’addiction ne représente plus l’opprobre comme autrefois.

De la réprobation sociale à la tolérance

Avec la généralisation des addictions, non seulement on assiste à l’extension d’un fléau à grande échelle, mais encore, tout porte à croire qu’on est passé de la réprobation sociale à la tolérance. Ainsi par exemple, plus personne ne se plaint de voir les autres accrochés à leur smartphone tout le long d’un trajet de métro ou du RER, dans les rues ou à longueur de journée. Tout paraît si normal que même la destruction du lien social généré par les addictions aux nouvelles technologies passe inaperçue. Le silence des pouvoirs publics sur le sujet est des plus éloquent: on n’a jamais entendu les pouvoirs publics s’alarmer à ce sujet, et les lanceurs d’alertes restent mystérieusement silencieux sur cette régression sociale. Ces derniers temps par contre, le monde médical a commencé à évoquer les conséquences néfastes de la lumière bleue des écrans. Seulement voilà, y aura-t-il quelqu’un pour les écouter ? Les addictions générées par la cyberdépendance ont atteint un niveau incontrôlable, elles sont devenues une pandémie incurable.

Autre remarque : étant donné que les addictions n’épargnent plus personne, elles ne sont plus une honte ni pour les victimes, ni pour leurs proches. De même, parce qu’elles sont devenues un fléau qui se propage à grande échelle, les victimes ne souffrent plus d’exclusion ni de marginalisation. Et comme si chacun avait pris conscience de sa propre addiction, l’ostracisme a cédé la place à la tolérance. Au fond, et mine de rien, les addictions de par leur ampleur ont délicatement contribué au nivellement de la stéréotypie, elles ont opéré une discrète assimilation de la population moderne en ceci que ceux, qui, hier, étaient les moqueurs des victimes des addictions sont eux-mêmes devenus victimes d’addictions aujourd’hui. On pourrait presque le dire en rigolant, nous sommes tous au même niveau social, en matière de stigmates relatifs à la dépendance. C’est une mixité sociale inédite et insolite, mais, une mixité sociale tout de même. Alors, qui oserait affirmer qu’il n’est pas addicte ? Une question très embarrassante.