Le 11 septembre 2001 fut un de ces moments rares dans une vie où on a l’impression d’être confronté à l’inconcevable et de toucher l’Histoire. Dans la seconde partie du XXe siècle, on se souvenait de cette nuit de magie, le 21 juillet 1969, lorsque deux émissaires de la planète Terre foulèrent pour la première fois le sol lunaire, incontestablement un « grand bond pour l’humanité ». A l’ouverture de ce siècle-ci, on retiendra, hélas, ce matin du 11 septembre 2001, quand, dans un ciel d’un bleu limpide, une poignée de fanatiques a lancé des avions de ligne remplis de passagers contre les plus hauts buildings de New York, assassinant des milliers de leurs semblables et plongeant le monde dans la terreur et le chaos.

On a tous en tête ces images : les Boeing percutant le World Trade Center, les désespérés sautant dans le vide pour échapper à l’enfer, les tours qui s’effondrent en recouvrant Manhattan d’une poussière de mort, le Pentagone lui aussi en feu…

Le recul de l’Histoire

Aujourd’hui, il est possible de tirer les leçons du 11 septembre. Des milliers de documents officiels ont été déclassifiés, les sources accessibles se sont multipliées : enquêtes, auditions, dépositions, notes, mémos, journaux personnels, bandes sonores, enregistrements vidéo… On peut même revoir les pirates, impassibles et déterminés, franchissant les contrôles de sécurité dans les aéroports, entendre les appels des passagers depuis les avions en piqué, écouter les ultimes messages des victimes piégées dans les tours à leurs familles… On peut retracer les efforts des pompiers, des policiers, des contrôleurs aériens, des pilotes de chasse, et suivre les conversations entre les plus hautes autorités de l’Etat.

Un nouveau totalitarisme

A New York, lorsqu'on contemple la majestueuse forêt de gratte-ciel qui hérissent Manhattan, l'incompréhension vous étreint. Qui pouvait imaginer que des êtres humains, décervelés par un endoctrinement fanatique, puissent réaliser méthodiquement une entreprise aussi fondamentalement décivilisée ? Cet acte était impensable. Mais le mystère du 11-Septembre, ce n’est pas celui que tentent d’inventer les militants des théories du complot, mettant en doute la réalité de faits incontestables et exploitant notre difficulté à les comprendre, mais celui de la capacité humaine à concevoir et à accomplir un tel dessein.

En cela, le 11-Septembre, cet événement qui ne possède même pas de nom tant le vocabulaire est impuissant à le qualifier, échappe au bon sens, aux valeurs fondamentales de l’humanité, au contrat commun aux civilisations. Ce jour-là, une réalité nouvelle est entrée dans nos vies, celle de meurtriers sans frontières impatients de mourir pour tuer. L’intégrisme islamiste, nous a ramenés aux temps obscurs des dévots criminels et frustrés.

Ce jour-là, une nouvelle forme de guerre s’est déclarée, sans front, sans armée, avec des ennemis masqués qui frappent les civils et n’ont rien à négocier. Ce jour-là, le monde a changé, et sans doute aussi notre idée de l’homme et de l’avenir. Dans ce monde angoissant, nous avons tous perdu une partie de notre sentiment de sécurité, et peut-être aussi un peu d’insouciance et de liberté.

Barbarie et progrès : l'éternel combat

L’Histoire n’est jamais écrite, les humains ne suivent pas une voie royale qui les mènerait au progrès.

A tout instant, ils peuvent repartir en arrière, replonger dans le mal. Chaque jour, on doit réapprendre à vivre avec ses semblables. Chaque jour, le fanatisme peut renaître. Les terroristes ont fait des émules, ils ont continué à frapper des milliers d’innocents. Mais ils n’ont pas gagné la partie : nulle part ils n’ont pris le pouvoir. Ben Laden a été éliminé, et une partie du monde, notamment au Moyen-Orient, rejette son idéologie criminelle et aspire à la liberté de conscience et à la paix.

A Manhattan, les tours jumelles ne font plus partie de la skyline, mais leur emplacement est respecté, inscrit sur le site du nouveau complexe qui s’est substitué à Ground Zero. Nous regardons New York, la ville qui ne dort jamais, le jeu du soleil couchant sur les gratte-ciel… Le plus frappant dans ce paysage, c’est, partout, la marque de l’homme. Chaque immeuble accroché aux nuages, chaque tour à l’équilibre improbable, chaque jardin fleurissant au sommet d’un toit témoignent de la passion de créer, de bâtir, d’aller plus loin encore, de défier les limites que l’on croyait ultimes. New York est là, qui poursuit son activité fébrile, brassant sans pitié les individus en quête de rêve, de fortune ou simplement de survie, New York qui dit encore le travail, la constance, la folie et la vaillance des hommes.

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