Les émissions de gaz à effet de serre sont liées à la production énergétique. C'est un tabou : on ne remet pas en cause le nucléaire, vaisseau amiral de l'industrie française des Trente Glorieuses finissantes. Remarquons au passage que la notion clé de l'indépendance énergétique relève du leurre : nous ne disposons guère d'uranium en France. Le monde ne se partageant jamais entre le bien et le mal, il est fondamental d'aborder cette question sans dogmatisme.

Le problème des émissions de gaz à effet de serre

En l'état actuel de notre consommation énergétique, aucune solution de rechange au nucléaire n'est possible, sinon le recours aux énergies fossiles, lesquelles augmenteraient l'effet de serre de façon spectaculaire. La difficulté des choix à opérer s'en trouve accrue d'autant. Le préalable réside donc dans un vrai débat sur l'énergie, auquel prendraient part aussi bien les scientifiques que les parlementaires, le grand public, les relais d'opinion.

Car le dossier est trop complexe pour que nous partions à l'aveuglette pour encore vingt ou trente ans dans le tout-nucléaire. L'actualité récente apporte confirmation de cette nécessité de débat transparent : la nouvelle technique des réacteurs européens à eau pressurisée, les fameux EPR, portée au pinacle par certains, est dénoncée par d'autres comme dépassée.

Sortir du nucléaire ?

Parce qu'elle tire des traites sur l'avenir, l'existence des déchets nucléaires est incompatible avec la notion de développement durable - il n'y a qu'à voir ce qu'il advient d'eux et des centrales obsolètes dans des pays politiquement instables.

Dans les années soixante-dix, on a ainsi déversé dans la fosse des Casquets, en Manche, 28 000 fûts radioactifs dont les experts nous assurent qu'ils ne présentent aucun danger. Leur constat ne se vérifiera peut-être pas dans quelques milliers d'années. Entre les formules rassurantes des nucléocrates et les anathèmes des nucléophobes, comment trancher ce dilemme : poursuivre le nucléaire ou y mettre un terme ? Seules des pistes inexplorées pourront nous guider.

Les énergies propres

Nous devrions d'abord nous livrer à un bilan sans concession de tous les gisements d'économie possibles. Ainsi, dans le bâtiment, des experts parlent de plus de 50 % d'économie énergétique réalisable. La recherche devrait aussi permettre de valider des énergies alternatives, si elles sont possibles. Encore faut-il lui en donner les moyens : la recherche en matière nucléaire reçoit actuellement trente fois plus d'argent que celle pour l'ensemble des autres énergies.

Toutefois, certains scientifiques avancent l'hypothèse que la part du nucléaire pourrait descendre aux environs de 50 % de la production électrique - elle en représente aujourd'hui 80 %. Ceci dit, sans énergies fossiles et sans nucléaire, nous devrions vivre avec environ le dixième de notre consommation énergétique présente - il semble que les renouvelables ne pourront pas fournir beaucoup plus d'ici à quelques dizaines d'années. 10 % de notre consommation actuelle, c'est ce dont dispose un Indien. Nous ne sommes sans doute pas prêts à de tels sacrifices.

Les déchets chimiques

Dans l'ordre des craintes rationnelles, les déchets chimiques, en termes de volume, de nocivité, de non-traçabilité, de prise en charge, apparaissent plus graves que les déchets nucléaires. Car on n'y prête que peu d'attention. Nous voyons arriver sur le marché des tas de molécules dont personne ne vérifie la toxicité ou la nocivité. Certains chiffres font froid dans le dos. Ainsi la bible des chimistes, Chemical abstracts, qui répertorie 22 millions de produits actuellement utilisés, mentionne que « seulement 300 000 d'entre eux ont été testés sérieusement pour évaluer leur toxicité ». Les fibres céramiques, le bitume, les éthers de glycol occupent la première ligne des dangers potentiels mais encore mal cernés. L'écotoxicologie, en France comme ailleurs, dispose de très peu de moyens pour mener ses recherches, hélas, et ce n'est pas le monde industriel qui va nous apporter des informations crédibles.

L'impact sur la santé humaine

Gilles-Éric Seralini, professeur en biologie Gilles-Éric Seralini, fut l'un des premiers à tirer la sonnette d'alarme. Il affirme que les différentes pollutions qui affectent l'homme sont à l'origine de nombreuses maladies génétiques et avance qu'on aurait pu épargner la vie de millions d'enfants si on les avait mieux prévenues. Il est désormais avéré que les fœtus peuvent emmagasiner des polluants industriels, pesticides, toxines, gaz toxiques et cancérigènes, qui se fixent sur les gènes les plus utilisés sans que l'on puisse prévoir quel organe ils vont affecter. Ainsi, 90 % des cancers du sein dépendraient de facteurs environnementaux. Mais la recherche toxicologique est si balbutiante et privée de moyens que les chiffres précis font défaut. Gilles-Éric Seralini préconise la création d'une nouvelle discipline, l'écogénétique, qui permettrait de progresser dans ces nouvelles voies et de prévenir nombre de maladies que notre siècle verra croître de façon spectaculaire.

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