Vivre dans le vert pays des eaux vives, à Clamecy, c’est possible si votre santé ne vacille pas dans l’obscurité. Le service d’urgences de nuit de l’hôpital de Clamecy pourrait fermer prochainement. 35 maires de communes proches et près d’une quarantaine d’adjoints remettent ce vendredi leur démission à la sous-préfecture. La région Bourgogne Franche-Comté demeure la moins peuplée des nouvelles régions françaises après la Corse, mais elle reste vaste : 48 000 km2 avec 59 habitants au kilomètre carré, contre 117 en moyenne nationale. Quatre services d’urgences de nuit situés dans l’Yonne et la Nièvre sont menacés de fermeture. Les hôpitaux de Decize, Clamecy, Avallon et Tonnerre sont concernés. Les élus rapportent cette mesure en déposant leur démission.

Manifestation ce vendredi

Il y a un mois, Tonnerre avait organisé une opération ville morte pour dénoncer la clôture des urgences de nuit.

En réaction, les commerçants avaient baissé leur rideau en signe de solidarité avec le personnel de l’hôpital. Ce vendredi 23 février, c’est plus de 1000 personnes qui ont manifesté le matin, face au local des urgences clamecisois. Pour conserver leur service de nuit, la population et les amicales de sapeurs-pompiers volontaires du bassin de vie de Clamecy, les élus ont répondu présents contrairement au site des finances publiques, de la sous-préfecture et de la direction départementale des territoires de Clamecy dont les visiteurs trouvaient porte close. Dans un département où votre journée se tient rythmée par les trajets en voiture, l’école, la supérette, la vie quotidienne se vit en kilomètres.

Pour parvenir à l’hôpital de Clamecy, les Taconnaysiens issus d’une commune de 80 âmes doivent compter un quart d’heure.

Une heure (en été) deviendra nécessaire pour arriver en urgence à Nevers si les antennes de Clamecy sont fermées. On reste bien loin du délai de 30 minutes préconisé par l’ARS elle-même pour toute prise en charge.

Les élus sont épuisés. Quand ils ne se battent pas contre la fermeture d’une école, c’est le désert médical qui mobilise tous leurs efforts. En effet, la densité en professionnels de santé se voit bien inférieure, à la moyenne nationale, et en particulier concernant les médecins spécialistes, 146 en Bourgogne contre 183 en France métropolitaine.

D’autres démissions vont suivre, le maire de la Chapelle-Saint-André a soumis un arrêté interdisant la fermeture de l’accueil des urgences de nuit. Le texte dénonce l’existence pour autrui d’un risque immédiat et délibéré de mort, le même arrêté s’est vu imité par les magistrats des communes concernées qui envisagent des suites judiciaires.

Les États généraux de la santé le 1er Mars sur une zone en état d’isolement géographique

Déshabiller les services des petits hôpitaux dont l’activité se trouve moins dynamique, pour rhabiller les plus grands souvent surchargés : c’est la stratégie décidée au niveau national.

Depuis le rapport Grall sorti fin 2015 sur la territorialisation de l’organisation des urgences, 67 fermetures sont quasi établies.

Le conseil territorial de santé (CTS) de la Nièvre, présidé par le Dr Patrick BOUILLOT, mobilise les acteurs de santé du département pour réfléchir ensemble et livrer des propositions pour parfaire le système de santé dans la Nièvre. Ce débat public promet de valoriser les initiatives locales, et à soumettre des actions innovantes, d’agir afin que l’état de santé des Nivernais s’améliore et alerter le ministère des Solidarités et de la Santé sur la situation du département.

Mieux répartir la présence des urgentistes sur la région pour endiguer les fermetures ?

Le préfet jouit d’un délai d’un mois pour étudier les démissions en cascade et trancher. Il pourrait différer sa décision, les élus guettent avec impatience l’arrivée d'Agnès Buzyn, ministre de la Santé. En cas de dénégation du préfet, chaque magistrat de commune peut à nouveau donner sa démission, à laquelle il ne pourra plus se voir opposer de refus. Les élus locaux ne se laisseront pas faire, parole de Nivernaise !