Les écoles de WebForce3 sont présentes dans les grandes villes de France comme Paris, Lyon, Lille ou Marseille. Mais également dans des agglomérations moyennes comme Troyes, Evreux, Dijon ou Pertuis. Au total, ce sont cinquante centres de formation exclusivement dédiés aux métiers du numérique.

Alain Assouline, le fondateur de ce réseau, a répondu aux questions de Blasting News dans le cadre de BlastingTalks. Un projet qui veut mettre en avant les challenges que rencontrent les entreprises, notamment dans le contexte singulier de la crise sanitaire.

Alain Assouline nous parle du manque de formation lié à ces métiers comme dans le développement ou le marketing digital mais également de l’exigence qu’il peut avoir auprès de ses formateurs et de la mixité sociale qu’il veut instaurer dans ses formations.

Vous avez été président et fondateur d'une agence de communication interactive, expert et formateur Apple, formateur à l'écriture interactive, etc. Est-ce que c'est votre parcours ou des constats que vous avez pu faire durant votre carrière, qui vous a poussé à mettre sur pied WebForce3?

En 1994, j’ai fondé une des premières agences de communication interactive, une agence digitale qu'on appelait Les Argonautes. Suite à cela, j’ai été confronté au fait que 20 ans après, en 2014, nous avions des difficultés à recruter des développeurs. Au départ, j’ai créé l'école surtout pour pallier ce manque de développeurs. Globalement à l'époque, il y avait 50 000 postes à fournir dans les métiers du numérique et les deux tiers étaient des postes de développeurs.

Il y en avait aussi dans les autres métiers du numérique, notamment dans le marketing digital. Mais le métier le plus en tension, c'était le métier de développeur.

Aujourd'hui, il en manque 80 000, malgré tout ce qui a pu être fait pour créer des écoles et des formations. De notre côté, nous en avons formé 6 000, nous n'avons pas répondu aux 50 000 dont la France avait besoin, mais nous avons fait notre part et on continue.

Ainsi, nous sommes à 80 000 offres non fournies du fait qu'Internet et le numérique se développent de manière croissante. Nous avons énormément besoin de développeurs, de designers web ou de personnes dans le marketing digital, et pas seulement dans les entreprises du numérique ou dans les entreprises qui font de la prestation pour créer des sites internet ou des applications.

Nous en avons besoin dans tous les types d'entreprises.

A qui s'adresse exactement vos formations ? Est-ce qu'il y a un profil type chez vos élèves ?

L'idée, c'était qu'il manquait des personnes formées. Le type de profil qui était recherché par les entreprises du numérique, c'était plutôt des bac+5, avec deux ans d'expérience. Il y avait donc un écart entre le fait qu'on voulait des bac+5 et qu'il manquait 50 000 personnes dans ces métiers-là.

Pendant mon expérience en tant que chef d’entreprise pour Les Argonautes, j'ai assez souvent été amené à recruter des développeurs qui étaient des autodidactes. Ils avaient décroché de leurs études et s'étaient mis à apprendre le code. Nous les avons recrutés et avons complété leur formation dans notre entreprise.

Ils se sont avérés être de très bons développeurs.

C'est cette expérience que j'ai eu envie de généraliser. Mon approche avait un caractère très social et voulait cibler les jeunes décrocheurs : ceux qui n'avaient pas le bac ou ceux qui avaient décroché juste après le bac, ainsi que les personnes qui étaient en reconversion, ou au chômage. Il y avait également les jeunes des quartiers prioritaires. Le profil type c'est celui-là, mais c'est un profil qui est très divers.

En effet, nous avons eu tout autant des jeunes de 16 ans qui ont décroché de leurs études, que des seniors informaticiens qui doivent se reconvertir. Nous avons également eu des coiffeurs, des comptables, et même un bûcheron.

Des gens qui, pour une raison ou pour une autre, devaient ou avaient envie de changer de métier. La caractéristique de nos formations, c'est la mixité sociale. C'est ce qui aide les personnes les plus en difficulté. Elles sont tirées vers le haut parce qu'elles ne sont pas entre elles, elles sont avec d'autres personnes et cela leur donne d'autres perspectives.

Quelle plus-value espérez-vous en misant sur des professeurs qui sont des professionnels du métier ?

Pour recruter les formateurs, nous leur faisons passer un test technique et ensuite un entretien technique. Par la suite, ils sont mis en situation devant une classe. Nous nous sommes rendu compte que, très souvent, quelqu'un qui arrivait en disant qu'il enseignait l'informatique depuis quinze ans, ratait le test technique.

La raison est que quelqu'un qui ne pratique pas ce métier au quotidien, au bout de deux ou trois ans, est dépassé par les technologies qui peuvent changer très vite dans les métiers du développement.

Donc nous cherchons plutôt des professionnels, qui font leur métier. Nous ne voulons pas qu'ils passent plus de la moitié de leur temps comme formateur car nous voulons qu'ils pratiquent leur métier. Nous souhaitons qu'ils soient confrontés aux nouvelles technologies, mais aussi aux réelles attentes des entreprises. Notre objectif à nous, c'est le retour à l'emploi. Ce n'est pas en soit que nos étudiants accèdent à un diplôme, car ce qu’ils apprennent chez nous, ils vont devoir le faire évoluer.

Pour nous, ce qui est très important, c'est qu'au moment où ils sortent de l'école, ils aient des compétences qui vont être immédiatement utiles à l'entreprise.

Un reconfinement a été annoncé, est-ce plus simple de s'adapter à la période de crise lorsqu'on est déjà dans le domaine numérique ? Notamment grâce à des cours à distance par exemple ?

Au cours du premier confinement, nous avions déjà basculé toutes nos formations en téléprésentiel. C'est-à-dire que les élèves ont toujours leur formateur, mais c'est en visioconférence. Nous avons également une plateforme de blended learning, qui va continuer à les accompagner avec des contenus pédagogiques adaptés, en plus de la formation donnée par le professeur.

Afin de vérifier qu’ils ont bien compris le cours, ils passent des tests QCM chaque soir. Ainsi, cela nous permet d'obtenir un suivi très individualisé de chaque apprenant, pour être sûr qu'il ne décroche pas afin de l'emmener jusqu'au bout. Donc, de ce fait, nous étions très préparés.

En Île-de-France, au moment des grèves des transports en commun au début de l'année 2020, nous avions déjà basculé quelques formations en téléprésentiel. Ce qui fait que quand le confinement est arrivé, nous étions totalement prêts.

Là en ce moment, dès l'annonce du reconfinement, toutes nos écoles et toutes nos sessions, étaient passées en téléprésentiel. Ça représente à l'instant où je vous parle, plus de 500 personnes.

Le monde digital a été adopté par plusieurs entreprises et personnes qui ne s'y connaissaient pas forcément autant afin de faire face aux challenges professionnels de la crise. Est-ce que ce milieu a été boosté lors du confinement ? L'avez-vous ressenti lors de vos formations et au sein de votre clientèle ?

La crise de la COVID-19 a été un point de bascule pour un certain nombre d'entreprises qui n’avaient pas fait leur transformation numérique. Avec cette crise, nous sommes encore plus confrontés à la thématique du manque de compétences dans ces métiers-là.

Vous proposez des formations certifiantes. Qu'est-ce que cela signifie exactement ?

Au départ, les formations que nous donnions étaient des formations où nous nous étions orientés vers le retour à l'emploi.

Nous ne cherchions pas forcément à certifier ou à diplômer nos formations. Maintenant que l'école existe depuis 6 ans, nous avons commencé à proposer des formations reconnues par le Ministère du travail ou par les entreprises, de façon officielle. Toutes nos formations amènent à des niveaux bac+2 ou bac+3, avec des titres qui sont inscrits au répertoire national des certifications professionnelles ,ce sont des titres professionnels reconnus par l'Etat.

Il y a près de 50 écoles WebForce3 en France (dont une au Luxembourg). Il y aura également bientôt des écoles au Maroc. Quels sont les enjeux de ces nouvelles ouvertures ?

Fin novembre, nous ouvrirons notre première école à Tanger avec le soutien de l'agence allemande de coopération internationale qui s'appelle GIZ.

Nous allons également mettre en place une session de formation, probablement au début en téléprésentiel à cause du confinement, dans la région de Casablanca. Nous avons comme ambition de développer nos formations au Maroc, de la même manière qu'en France. C’est-à-dire avoir des écoles pas simplement à un seul endroit, mais dans tout le territoire national. À partir des gros centres, nous essaimerons autour, dans les villes moyennes, dans les quartiers prioritaires, au plus près des publics auxquels nous nous adressons et en accompagnant la transformation numérique du pays. Ensuite, nous continuerons vers l'Afrique subsaharienne.

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