Entré à l'Assemblée nationale fin 1981, après cinq ans d'assistanat, François Fillon fut, à 26 ans, le plus jeune député de la législature. Aussi, dès l'année suivante, selon Mediapart, le plus jeune employeur d'assistante parlementaire de son proche entourage. Penelope Fillon avait 27 ans, et au moins un an de proximité avec la sphère politique (elle épouse son assistant de mari en 1980). C'est moins la qualité de son travail ou ses compétences qui sont en cause, ou les montants de ses rémunérations, que les déclarations de son mari sur la date de son entrée en fonction. Au fil de la campagne, ce début de compagnonnage a reculé, pour François Fillon, de 1997 à 1986. Soit 11 ans. Pour Mediapart, c'est 15. Pour le site Fillon2017, mélangeant valeurs des francs et des euros (le calcul devrait supposer d'exprimer le total en "euros constants"), la moyenne mensuelle nette de ces rémunérations tombe à 3 677,73 euros nets (mais c'est bien le brut, cotisations de retraites et autres incluses, qui représente la facture des contribuables).

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Ajoutez quatre ans, et le compteur du #Penelopegate fléchit encore.

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Missions fumeuses

La différence entre 1986-1997 et la période débutant en 1982, c'est que lors de ces quatre ans, la nature des prestations diffère. Penelope Fillon est alors rémunérée pour des missions ponctuelles, des contrats temporaires d'études spécifiques. Sont donc cherchées les traces des rapports censés remis entre 1982 ou 1986, celles des déplacements ou actes de présence. Si des documents considérés falsifiés ont été retrouvés opportunément en cours de perquisitions, il semble que les investigations n'aient rien donné. Depuis la fin janvier et de fait plutôt tout début février dernier, l'enquête à charge et décharge a surtout alourdi les chefs de poursuite. D'abord élargis à deux des enfants du couple Fillon, puis à des faits d'escroquerie aggravée, faux et usages de faux. En regard, beaucoup de flou qui s'épaissit : en 16 ans d'activité, Penelope Fillon aurait beaucoup reçu (dans la cuisine du château), maintes fois accompagné son mari (à des remises de médailles), et peut-être expédié des pigeons voyageurs chargés d'avis et conseils divers (pas que du genre n'oublie pas d'acheter du pain).

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Pour l'instant, lors de ses présences aux meetings du candidat, on a cherché en vain le code secret gestuel ou facial attestant de son rôle de second prompteur. Effectivement, elle-même et ses avocats n'ont pas retrouvé beaucoup de traces écrites relatives à la période antérieure à 2007, ce qui se conçoit. "Qui garde des documents de ce genre datant d'il y a 10, 15 ou 20 ans ?", relatait-elle au JDD. Elle aurait pu ajouter "remontant à 25 ans". De quoi attendre paisiblement l'âge de 62 ans et un serein départ en retraite. Selon Penelope Fillon, son mari est le seul candidat d'expérience pour le poste. Encore faudrait-il qu'il soit soigneusement entouré de collaborateurs aptes à compenser sa si défaillante mémoire. Voici donc un nouveau trou de mémoire couvrant quatre ans. Mais une presse mal intentionnée, partiale, fait état d'un "nouveau mensonge" du candidat. Alors que François Fillon est très clair : "si j'avais le moindre doute sur ma culpabilité (sic), je ne serais pas candidat".

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Magistrats, avocats, policiers, journalistes, collaborateurs s'évertuent à lui remémorer les preuves de son innocence. La tâche est colossale : parfois, il faut lui guider la main pour qu'il retrouve la poche de ses costumes où a été glissée une enveloppe. Et voici que l'on apprend que Penelope Fillon souffre aussi, comme lui, depuis 35 ans, d'amnésie passagère (voire du syndrome de Korsakoff). Un trouble largement sous-diagnostiqué. Il ne s'agit en aucun cas "d'ambitieux sans scrupule, semblant entretenir un rapport très particulier à l'argent, mais aussi avec la vérité" (Mediapart), mais de patients qui pourront bénéficier de soins ambulatoires et d'un maintien au domicile du 55, Faubourg-Saint-Honoré, à bord des Falcon de la République et en leur modeste résidence secondaire sarthoise. Reste la question de la prise en charge de cet handicap mineur par la Sécurité sociale. Oui, comme l'indique le site Fillon2017, il faut "simplifier les nombreux dispositifs de franchise et de ticket modérateur pour donner plus de transparence et ainsi favoriser la responsabilisation des assurés". Trop complexe pour le couple Fillon et de nombreuses personnes atteintes de symptômes identiques. Mais la solidarité nationale y pourvoira. Comme elle l'a fait pour Penelope Fillon depuis 1980 et auparavant (en 1974, elle était assistante d'anglais au Mans). La France généreuse et solidaire sait accueillir ceux qui souffrent. François Fillon saura maintenir cette tradition qu'il épouse. Penelopegate, et alors ?