De nouvelles frictions entre l'Iran et les Etats-Unis sur le dossier nucléaire font trembler la situation au Moyen-Orient. Mais la diplomatie française refuse d'entendre parler de renégociation, par la nouvelle administration de Donald Trump, de l'accord sur le développement du nucléaire iranien, signé à Vienne en 2015, de crainte de voir l'arme atomique se développer dans cette sensible région du globe. C'est le président américain qui a commencé à mettre le feu aux poudres en refusant de "certifier" ce plan anti-nucléaire en Iran, qui doit normalement durer jusqu'en 2025, et conclu il y a deux ans par la communauté internationale.

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Pour lui, c'est au Congrès américain de reprendre le travail sur le texte pour le compléter. Pas sûr que cela fasse plaisir aux autorités iraniennes. Dans le même temps, d'autres signataires sont particulièrement inquiets, à l'image du Royaume-Uni, de la Chine, de l'Allemagne et de la Russie.

Notre ministre des Affaires Etrangères, Jean-Yves Le Drian, est même prêt à mener les négociations, comme il l'indique dans une interview accordée à l'Agence France Presse (AFP). Il souhaite que le Congrès américain refuse de revoir cet accord - qui invite l'Iran à encadrer son utilisation du nucléaire en échange d'une levée de sanctions - sous peine de refus de la part de la république islamique, et de prolifération de l'arme atomique dans un contexte rendu délicat par les velléités actuelles de la Corée du Nord.

Jean-Yves Le Drian monte au créneau

Pour le ministre français des Affaires Etrangères, "l'accord de Vienne est un bon accord" qui empêche l'Iran d'acquérir l'arme atomique, et qu'il serait dangereux de remettre en cause. Il souhaite que des négociations aient lieu avec l'Iran après 2025, afin de, peu à peu, faire tomber les termes du contrat.

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Mais Donald Trump refuse d'en entendre parler, et souhaite pérenniser l'accord au-delà de cette date butoir. Ce que refusent l'Europe, la Chine, la Russie et l'Iran, qui estiment qu'un accord doit être respecté à la lettre jusqu'à son terme.

Jean-Yves Le Drian ajoute être conscient du "rôle néfaste" joué par l'Iran au Moyen-Orient, "mais nous avons toujours considéré que l'accord nucléaire était un dossier spécifique". Le chef de la diplomatie française se rendra d'ailleurs sur place dans les prochaines semaines, afin de discuter "programme balistique" et "influence régionale". On pense particulièrement à la présence de l'Iran en Syrie, à travers ses soutiens du Hezbollah chiite libanais.

L'armée iranienne en ligne de mire

Sur un autre sujet, à la question de savoir si l'Europe pouvait un jour sanctionner l'armée iranienne des Gardiens de la Révolution, Jean-Yves Le Drian estime "que l'on peut en parler". Mais le ministre des Affaires Etrangères du gouvernement d'Edouard Philippe regrette les dernières décisions prises par l'administration de Donald Trump, comme le retrait des USA de l'Unesco et de l'accord de Paris sur le climat.

Des prises de position qui pourraient fragiliser les discussions entre les Etats-Unis et ses partenaires, jusque dans le dossier iranien. Enfin, Jean-Yves Le Drian regrette l'attitude du nouveau président américain, dont la communication est basée, selon lui, sur un permanent rapport de forces, des rivalités "et un déni de l'intérêt du multilatéralisme".

Parallèlement, en Iran, on réagit aussi aux déclarations et aux décisions de Donald Trump. Téhéran menace en effet de se retirer de l'accord anti-nucléaire qui le lie à la communauté internationale. Ce durcissement de la stratégie américaine face à la république islamique iranienne pourrait entraîner une levée de boucliers encore plus importante dans les prochaines semaines.