Le Nigéria avait encore en mémoire le terrible enlèvement de masse qui s'était produit dans un Lycée de la ville de Chibok en 2014. Certaines lycéennes sont d'ailleurs toujours entre les griffes de la secte djihadiste Boko Haram, qui sévit depuis plusieurs années dans le pays, et dans plusieurs autres Etats d'Afrique centrale, avec l'objectif d'y imposer la charia. Ce lundi, le groupe terroriste a encore frappé au sein d'une école de filles en réalisant un nouveau kidnapping. Plus de 110 lycéennes manquent actuellement à l'appel. En effet, sur les 926 adolescentes présentes au sein de l'école lors de l'attaque, 815 sont parvenues à rentrer à leur domicile.

Le président de la République Muhammadu Buhari a assuré que l'armée et la police nationale se mobilisaient pour retrouver les 111 étudiantes toujours portées disparues.

Les circonstances du drame

Lundi, lors de l'entrée des membres de Boko Haram dans l'enceinte de cet établissement de la commune de Dapchi, dans l'Etat de Yobé au nord-est du pays, c'était l'heure de la prière. "Nous étions dans la mosquée sur le point de commencer quand nous avons entendu des coups de feu", raconte Aisha, une lycéenne de 16 ans, dans des propos rapportés par l'Agence France Presse.

Elle qualifie cette expérience de "traumatisante" et raconte comment certaines de ses camarades, prises de panique, ont sauté les clôtures du Lycée pour atterrir dans la rue afin de s'engouffrer dans des voitures au hasard et se mettre à l'abri.

C'est justement parmi celles qui ont choisi la fuite dans des véhicules que se trouve le plus grand nombre de lycéennes manquantes à l'appel. Aisha craint que les voitures en question aient été conduites par des membres de Boko Haram qui avaient prévu ce type de réactions. D'autres étudiantes sont parvenues à se réfugier dans le bureau de la directrice de l'école jusqu'au départ des assaillants.

L'établissement a actuellement été fermé par les autorités pendant une semaine, mais le ministre de la Police régionale refuse, pour l'heure, de parler "d'enlèvement". Des parents inquiets pour le sort de leurs filles se sont rassemblés peu après les faits devant les portes de l'école pour demander des comptes et remettre en cause la sécurité au sein d'un lieu géré par l'Etat. "On nous a dit qu'elles s'étaient réfugiées dans d'autres villages, mais nous avons été dans tous ces villages mentionnés, en vain", déclare l'un des proches d'une disparue.

Le triste bilan des actions de Boko Haram

Depuis 2009 et le début de ses actions terroristes, Boko Haram a tué plus de 20.000 personnes, dont des milliers de femmes et d'enfants, et forcé 2,6 millions d'Africains à déménager pour trouver refuge dans des régions plus calmes.

Avec la disparition de 111 jeunes filles depuis lundi, le gouvernement du Nigéria craint de revivre le cauchemar de Chibok en 2014, lorsque 276 lycéennes avaient été enlevées par Boko Haram, qui signifie "l'éducation occidentale est un péché" en haoussa, un dialecte d'Afrique centrale parlé de la Côte d'Ivoire au Soudan. Depuis, entre 12 et 14 d'entre elles, selon les sources, ont officiellement rejoint le groupe djihadiste et prêté allégeance à l'Etat islamique. Les autres sont parvenues à s'enfuir ou ont été libérées suite à un accord passé entre le gouvernement nigérian et les ravisseurs.

En enlevant des civils, si possible jeunes, Boko Haram permet de se financer en encaissant des rançons. Selon l'Institut des Etudes Internationales du Nigéria, la manoeuvre incite le groupe terroriste à perpétrer d'autres kidnappings. L'argent perçu servirait notamment à acquérir des armes et des véhicules. Mais pour d'autres observateurs, les islamistes nigérians n'ont que ce moyen-là pour survivre au quotidien, avec l'espoir de prendre un jour le pouvoir dans la région.